Alfred Rosenberg : le journal du criminel de guerre nazi refait surface

Publié le par Le Point Philippe Sprang

On le croyait disparu à tout jamais, il a été découvert presque par hasard aux États-Unis. Ces 400 pages seraient un document historique "considérable".

 

Alfred Rosenberg lors du procès de Nuremberg en 1946

Alfred Rosenberg lors du procès de Nuremberg en 1946

"C'est vraiment, une aubaine", explique l'historien François Kersaudy (1) lorsque nous lui apprenons la découverte du journal d'Alfred Rosenberg. C'est aux États-Unis, dans la ville de Buffalo, dans l'État du Delaware près de New York que les 400 pages du journal de Rosenberg ont été retrouvées. Les historiens n'y croyaient plus. Le Mémorial de l'Holocauste de Washington évoque une découverte "considérable pour l'étude de la période nazie, y compris l'Holocauste".

Alfred Rosenberg, figure éminente du régime nazi, auteur du Mythe du vingtième siècle et souvent présenté comme l'un des théoriciens du IIIe Reich, prône un retour aux valeurs allemandes. Il condamne le marxisme, le libéralisme et l'idéologie judéo-chrétienne. Pour lui, il faut lutter contre le judaïsme et les écoles chrétiennes et parvenir à un ordre germanique. Il exalte le nationalisme et s'efforce de montrer que c'est le génie aryen qui a fécondé la civilisation européenne et lui a donné son génie esthétique. Antisémite, il est aussi antibolchevique, l'ancien étudiant en architecture ayant supporté les forces antirévolutionnaires en Russie d'octobre 1917. Hitler en fera l'idéologue du parti. À lui l'instruction intellectuelle et idéologique du parti.

Des éclairages sur le voyage de Hess en Angleterre

Dans ces carnets, Rosenberg évoquerait notamment ses relations avec les autres dignitaires du Reich comme Goering ou Himmler. "C'était un idéologue fumeux que moquait Goering qui avait été mis de côté par Hitler qui ne savait pas trop quoi en faire. Il l'avait notamment mis à la tête des territoires de l'Est. Il devra endosser tous les massacres qui y seront perpétrés et les Russes demanderont sa tête à Nuremberg. Il avait par ailleurs un de ses représentants à la conférence de Wannsee en 1942, la réunion qui décide des moyens à mettre en oeuvre pour la solution finale", précise François Kersaudy. Les carnets apporteraient des éclairages sur le déplacement de Rudolf Hess en Angleterre et sur les réactions des Alliés aux pillages des biens culturels.

Jusqu'à présent, tout le monde se doutait que c'était Robert Kempner, procureur américain à Nuremberg, qui avait emporté les carnets Rosenberg dont il citait des extraits dans ses mémoires. C'est finalement l'ancienne secrétaire de Kempner qui les détenait et les aurait ensuite confiés à un universitaire du nom de Herbert Richardson. Il faudra attendre novembre 2012 pour qu'une information amène les services des douanes et de l'immigration (ICE) à retrouver le journal de Rosenberg, qui a été pendu le 16 octobre 1946.

(1) Professeur à l'université de Paris I Panthéon-Sorbonne, auteur de nombreux ouvrages sur Churchill, Hitler ou Goering il vient de publier chez Perrin Les secrets du IIIe Reich 

Publié dans Articles de Presse

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