Le Procès Eichmann

Publié le par Mémoires de Guerre

Après la Seconde Guerre mondiale, Adolf Eichmann, qui avait dirigé le bureau des Affaires juives de l'Office central de sécurité du Reich et organisé les déportations vers Auschwitz, s'enfuit d'Autriche et parvint en Argentine, où il vécut sous le nom de Ricardo Klement. En mai 1960, des agents du Mossad, le Service de renseignement israélien, s'emparèrent d'Eichmann en Argentine et le transportèrent à Jérusalem pour qu'il soit jugé par un tribunal israélien. L'accusé témoigna à l'abri d'un box protégé par une vitre à l'épreuve des balles.

Adolf Eichmann, haut fonctionnaire SS chargé de la déportation des Juifs d’Europe. Allemagne, 1943.
Adolf Eichmann, haut fonctionnaire SS chargé de la déportation des Juifs d’Europe. Allemagne, 1943.
Adolf Eichmann, haut fonctionnaire SS chargé de la déportation des Juifs d’Europe. Allemagne, 1943.
Adolf Eichmann, haut fonctionnaire SS chargé de la déportation des Juifs d’Europe. Allemagne, 1943.

Adolf Eichmann, haut fonctionnaire SS chargé de la déportation des Juifs d’Europe. Allemagne, 1943.

Le procès Eichmann suscita l'intérêt de la communauté internationale, et révéla au monde entier l'ampleur des atrocités nazies. Les témoignages de survivants de la Shoah, en particulier ceux de combattants des ghettos tel que Zivia Lubetkin, l'une des dirigeantes de l'insurrection du ghetto de Varsovie, attirèrent l'attention sur la résistance juive. Le procès permit une plus grande ouverture en Israël ; de nombreux survivants de la Shoah se sentirent enfin capables de raconter leur histoire et leurs souffrances.

L'acte d'accusation, rédigé par le procureur général d'Israël, Gideon Hausner, comportait quinze chefs d'accusation, dont ceux de crimes contre le peuple juif et de crimes contre l'humanité.

Les accusations contre Eichmann étaient multiples. Après la Conférence de Wannsee (le 20 janvier 1942), Eichmann avait coordonné les déportations de Juifs d'Allemagne et d'ailleurs en Europe de l'Ouest, du Sud et de l'Est, vers les camps de mise à mort (par le biais de ses représentants Aloïs Brunner, Theodor Dannecker, Rolf Günther et Dieter Wisliceny). Eichmann avait dressé les plans de déportation jusque dans les moindres détails. Travaillant avec d'autres organismes allemands, il géra aussi la confiscation des biens des déportés et s'assura que ses services pourraient en profiter. Il géra également des dispositions pour la déportation de dizaines de milliers de Tsiganes.

Eichmann fut aussi accusé de participation à des organisations criminelles - les Sections d'assaut (SA), les Services de sécurité (SD) et la Gestapo qui avaient été déclarées comme étant des organisations criminelles pendant le procès de Nuremberg de 1946).

Déclaré coupable de tous les chefs d'accusation, Eichmann fut condamné à mort. Il fut pendu le 1er juin 1962. Son corps fut incinéré et ses cendres dispersées dans la mer, au-delà des eaux territoriales d'Israël. 

Ce fut la seule fois dans l'histoire de l'Etat d'Israël que la peine capitale fut appliquée. Le procès Eichmann marqua un tournant dans la mémoire de la Shoah. Il permit de présenter à l'opinion internationale l'ampleur de la Shoah.

Photo d’Adolf Eichmann prise après-guerre avec sa fausse carte d’identité argentine. - The Jacob Rader Marcus Center of the American Jewish Archives

Photo d’Adolf Eichmann prise après-guerre avec sa fausse carte d’identité argentine. - The Jacob Rader Marcus Center of the American Jewish Archives

La recherche des coupables

Même après les procès de Nuremberg qui suivirent la fin de la guerre, les recherches se poursuivirent pour retrouver ceux qui avaient commis des crimes durant la Shoah. Un petit pourcentage seulement de ces criminels fut traduit devant la justice. Cependant, les crimes contre l'Humanité ont été déclarés imprescribtibles.

Le 11 mai 1960, trois membres des Services de sécurité israéliens capturèrent Adolf Eichmann près de Buenos Aires, en Argentine, où il se cachait depuis 1950. Ce fut la fin de dix ans de recherches pour capturer celui-ci, qui avait été une figure clé de la mise en oeuvre de la "Solution finale". Un tribunal israélien à Jérusalem condamna Eichmann pour de multiples accusations, et notamment pour crimes contre le peuple juif. Il fut condamné à mort et exécuté ; c'est la seule fois qu'Israël appliqua la peine de mort.

Les Etats-Unis également, par l'intermédiaire de l'office spécial d'investigation (Office of Special Investigations : OSI), au sein du Département de la Justice, traquèrent les criminels nazis. D'après la loi américaine, les tribunaux des Etats-Unis ne disposent pas de la juridiction nécessaire pour juger des personnes pour des crimes commis hors du pays, sauf si ces crimes ont été commis contre des citoyens américains. C'est pourquoi, l'OSI décida d'agir contre les criminels de guerre nazis au titre de la violation des lois américaines sur l'immigration et sur la naturalisation. En 21 ans d'existence, l'OSI enquêta sur des centaines de cas et chercha à retirer la nationalité américaine ou à expulser des Etats-Unis plus de 117 criminels de guerre nazis. La vaste majorité d'entre eux étaient des Lituaniens, des Lettons, des Ukrainiens et des Allemands de souche qui avaient émigré aux Etats-Unis peu après la guerre à partir des camps de personnes déplacées en Allemagne et en Autriche. L'OSI est toujours actif aujourd'hui.

Simon Wiesenthal, à titre privé, gère à Vienne un centre de documentation sur les criminels nazis. Parmi les principaux nazis qu'il a aidé à retrouver, se trouve Franz Stangl, qui fut le commandant des camps de Treblinka et de Sobibor, Gustav Wagner, commandant adjoint de Sobibor, Franz Muerer, commandant du ghetto de Vilno, et Karl Silberbauer, le policier qui arrêta Anne Frank.

En 1971, une autre personnalité engagée dans la chasse aux nazis, Beate Klarsfeld, retrouva Klaus Barbie ("le boucher de Lyon"), qui était le chef de la Gestapo de Lyon. Après la guerre, Barbie avait travaillé pour les renseignements militaires américains en Allemagne. En 1951, il s'était installé en Bolivie sous le pseudonyme de Klaus Altmann. Pendant son procès qui eut lieu en France en 1987, Barbie fut accusé, entre autres atrocités, d'être responsable d'une rafle contre l'UGIF (l'Union générale des Juifs de France) à Lyon, durant laquelle quelque 85 Juifs furent arrêtés et déportés au camp d'Auschwitz, situé en Pologne. Le 4 juillet 1987, Barbie fut déclaré coupable de crimes contre l'Humanité et condamné à la prison à perpétuité.

Josef Mengele, le célèbre médecin SS qui se livra à des expériences médicales sur des prisonniers à Auschwitz, fut l'objet de plusieurs décennies de recherches. En 1949, il bénéficia de l'asile en Argentine. En 1960, l'Allemagne de l'Ouest demanda son extradition. Il s'échappa vers le Brésil, et de là, put rejoindre le Paraguay. Son sort resta inconnu pendant des années. Selon certaines informations, il se serait noyé au Brésil en 1979. En 1985, l'analyse de restes humains suspectés d'être ceux de Mengele confirma qu'il était bien décédé.

La recherche et les procès des criminels de la Shoah soulevèrent des questions morales complexes, ainsi que des problèmes de droit et de juridiction internationaux. A la fin de leur vie, la grande majorité des criminels nazis avaient échappé à leur châtiment.

On estime que 5 000 criminels furent jugés sur 100 000. Paul Touvier, le chef de la Milice de Vichy, fut jugé à Versailles en 1991 et condamné à la prison à vie. En 1997, Maurice Papon, au titre de secrétaire général de la Préfecture de Gironde, qui avait ordonné quatre rafles de Juifs, fut condamné à 10 ans de prison. Il avait fait une brillante carrière jusqu'au poste de Secrétaire d'Etat au Budget.

Le banc de la défense et les avocats de la défense se consultent pendant le procès du docteur. Nuremberg, Allemagne, du 9 décembre 1946 au 20 août 1947. - US Holocaust Memorial Museum

Le banc de la défense et les avocats de la défense se consultent pendant le procès du docteur. Nuremberg, Allemagne, du 9 décembre 1946 au 20 août 1947. - US Holocaust Memorial Museum

Les procès des criminels de guerre

Au début de l’hiver 1942, les gouvernements des puissances alliées annoncèrent leur détermination de punir les criminels de guerre nazis. Le 17 décembre 1942, les dirigeants des États-Unis, de Grande-Bretagne et d’Union soviétique publièrent la première déclaration conjointe mentionnant officiellement l’extermination en masse des Juifs européens et décidant de poursuivre en justice les responsables de violences à l’encontre de populations civiles.

La Déclaration de Moscou d’octobre 1943, signée par le président américain Franklin D. Roosevelt, le Premier ministre britannique Winston Churchill et le dirigeant soviétique Joseph Staline, stipulait qu’après l’armistice, les individus jugés responsables de crimes de guerre seraient extradés dans les pays où les actes avaient été commis, et jugés d’après les lois de la nation concernée. Les grands criminels de guerre, dont les crimes n’étaient pas circonscrits à un lieu géographique précis, seraient passibles de peines infligées conjointement par les gouvernements alliés. Le procès des principaux responsables allemands devant le Tribunal militaire international (TMI) se déroula à Nuremberg. Ce fut le plus célèbre des procès devant des juges représentant les puissances alliées.

Entre le 18 octobre 1945 et le 1er octobre 1946, le TMI jugea 22 "grands" criminels de guerre accusés de complot, de crimes contre la paix, de crimes de guerre et de crimes contre l’Humanité. Le tribunal définit les crimes contre l’Humanité comme étant des "assassinat, extermination, asservissement, déportations ou persécutions pour des raisons politiques, raciales ou religieuses". Douze des accusés reconnus coupables furent condamnés à mort, dont Hans Frank, Hermann Göring, Alfred Rosenberg et Julius Streicher. Le TMI prononça trois peines de prison à vie et quatre peines de prison allant de 10 à 20 ans. Trois des accusés furent acquittés.

Officiels nazis de haut rang comparaissant devant le Tribunal militaire international. Nuremberg, Allemagne, 1945

Officiels nazis de haut rang comparaissant devant le Tribunal militaire international. Nuremberg, Allemagne, 1945

Sous l’égide du TMI, les tribunaux militaires américains menèrent, à Nuremberg, douze autres procès d’officiers supérieurs allemands à Nuremberg. Ces procès sont souvent désignés collectivement par l’expression "autres procès de Nuremberg". Les membres de la Gestapo (police secrète de l’État allemand), les SS, ainsi que des industriels allemands furent jugés pour leur rôle dans l’application des lois de Nuremberg : "aryanisation", assassinats en masse de Juifs dans les camps de concentration, meurtres perpétrés par les Einsatzgruppen (unités mobiles d'extermination), déportations, travail forcé, vente de Zyklon B et expériences médicales.

L’immense majorité des procès pour crimes de guerre après 1945 impliquait des fonctionnaires et des officiers de rang inférieur : gardes et commandants des camps de concentration, policiers, membres des Einsatzgruppen et médecins qui avaient participé à des expériences médicales. Ces criminels de guerre furent jugés par des tribunaux militaires dans les zones britannique, américaine, française et soviétique de l’Allemagne et de l’Autriche occupées, ainsi qu’en Italie.

D’autres accusés furent jugés dans les pays où ils avaient commis leurs crimes. En 1947, un tribunal de Pologne condamna à mort Rudolf Hoess, le commandant du camp d’Auschwitz. des procès eurent lieu en Allemagne de l’Ouest, plusieurs Nazis furent condamnés à des peines légères, sous prétexte qu’ils avaient obéi aux ordres de leurs supérieurs, ce qui fut considéré comme une circonstance atténuante. Un certain nombre de criminels nazis reprirent rapidement une vie normale dans la société allemande, notamment dans le monde des affaires.

Les efforts des chasseurs de Nazis (comme Simon Wiesenthal et Beate Klarsfeld) ont permis la capture, l’extradition et le jugement d’un certain nombre de Nazis qui s’étaient enfuis d’Allemagne après la guerre. Le procès d’Adolf Eichmann, organisé à Jérusalem en 1961, captiva le monde entier.

De nombreux criminels de guerre ne furent cependant jamais jugés ou punis. La chasse aux criminels de guerre nazis continue, encore aujourd'hui.

Hermann Goering se tourne pour parler à Karl Doenitz lors du procès de Nuremberg. Rudolf Hess et Joachim von Ribbentrop sont assis à la gauche de Goering. Nuremberg, Allemagne, 26 novembre 1945

Hermann Goering se tourne pour parler à Karl Doenitz lors du procès de Nuremberg. Rudolf Hess et Joachim von Ribbentrop sont assis à la gauche de Goering. Nuremberg, Allemagne, 26 novembre 1945

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