Yves Bertrand, le "caméléon"

Publié le par France Info Jean Leymarie

Pendant douze ans, il a collectionné les secrets - et même pendant quarante ans, car Yves Bertrand a passé toute sa carrière au sein des renseignements généraux. Une vie entière à collecter des informations, les indiscrétions, les rumeurs et les ragots. Le visage fermé, le regard sombre, Yves Bertrand voulait tout savoir : "C'est ma mission", disait-il. Il y avait pris goût dès les années 1970, quand il était jeune commissaire de police. A l'époque, il était chargé de suivre les mouvements révolutionnaires. Il faisait des fiches, déjà. Il n'a jamais cessé.

 

Yves Bertrand, le "caméléon"

Yves Bertrand était un homme de droite, proche des Chiraquiens. Pourtant, en 92, c'est la gauche qui le nomme à la tête des RG. Le fonctionnaire façonne sa réputation. Il se définit comme un "démineur". Il a des alliés dans la majorité, dans l'opposition. Entre 1992 et 2004, il travaille avec huit ministres de l'intérieur, de droite et de gauche. Il se voit comme un serviteur de la République, pas comme un partisan. Ses détracteurs ont une autre explication : selon eux, Yves Bertrand sait se rendre indispensable. Il est surnommé "le caméléon".

Ses secrets, il ne les livre pas seulement aux politiques. Il les distille aussi aux journalistes. Il fournit des scoops, parfois vrais, parfois faux. Yves Bertrand est un manipulateur, capable de jouer les uns contre les autres. J'ai retrouvé deux citations dans une enquête du Nouvel Observateur : " Nous avons le devoir de répercuter une rumeur, dit-il en 2008, fût elle infondé ou partiellement exacte ". Et cette autre phrase sur les journalistes, toujours attribuée à l'ex-patron des RG : " les journalistes, c'est comme les punaises, une fois qu'on s'en est servi, on les jette ".

Yves Bertrand a l'habitude de tout noter. Il remplit des pages entières : des informations, glanées ici ou là; des rumeurs sur des affaires politico-financières, des " brouillons ", dit-il. Mais cette manie finit par se retourner contre lui. Ses fameux carnets se retrouvent au coeur de l'affaire Clearstream. Nicolas Sarkozy est persuadé qu'Yves Bertrand a comploté contre lui avec Dominique de Villepin. En 2004, le patron des RG est écarté. Il s'est fait beaucoup d'ennemis.

Ces dernières années, Yves Bertrand se décrivait comme une " victime ". Il avait pris ses distances avec le monde politique. Ca ne l'avait pas empêché de saluer Marine Le Pen, " quelqu'un de respectable ", selon lui. 

Publié dans Articles de Presse

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