Au FN, la Russie reconnaissante ?

Publié le par Libération

Au FN, la Russie reconnaissante ?

Mediapart publie les textos d'un responsable russe désireux de «remercier» le FN pour son soutien à l'annexion de la Crimée en mars 2014. Quelques mois avant que le parti ne reçoive des prêts d'origine russe.

Marine Le Pen face au président du Parlement russe, Sergeï Narychkine, à Moscou, en juin  2013

Marine Le Pen face au président du Parlement russe, Sergeï Narychkine, à Moscou, en juin 2013

Echange de bons procédés entre le Front national et le Kremlin ? Les textos d’un responsable russe, publiés mardi par Mediapart, font l’éloge de Marine Le Pen pour son soutien à l’annexion de la Crimée par la Russie, et concluent qu’il faudra «d’une manière ou d’une autre remercier les Français». Des échanges qui précèdent de quelque mois le versement de prêts d’origine russe au Front national, pour un total de 11 millions d’euros.

Obtenus, avec de nombreux autres documents, par le groupe de pirates Shaltaï Boltaï, ces SMS remontent à mars 2014. Ils proviennent du téléphone portable de Timur Prokopenko, chef adjoint du département de politique intérieure au Kremlin, anciennement en charge des médias et d’Internet. Ils sont adressés à un certain Kostia, qui pourrait être Konstantin Rykov, blogueur pro-Poutine et admirateur de Marine Le Pen disposant d’une résidence en France.

«Elle n’a pas trahi nos attentes»

Le 10 mars 2014, Prokopenko demande à son interlocuteur s’il peut faire venir Marine Le Pen en Crimée, en tant qu’observatrice du référendum à venir. «On en a extrêmement besoin, ajoute-t-il. J’ai dit à mon chef que tu étais en contact avec elle ????».

Le lendemain, nouvel échange : «A propos de Marine. C’est la campagne électorale pour les municipales, lit-on notamment, sans que l’on sache si Prokopenko est l’émetteur ou le récepteur de ce message. Elle est en tournée. Aujourd’hui ou demain, le Front national prendra officiellement position sur la Crimée. On saura alors si elle est prête (ce qui est peu probable) à venir en Crimée ou si l’un de ses adjoints viendra. J’aurai des détails ce soir.» 

Plus loin : «– Elle a parlé à Philippou (sic). Il réfléchit. – Quelqu’un du fonds t’a contacté sur les financements ? – Oui le vice-ministre des affaires étrangères lui téléphonera.»

Le 17 mars, enfin :«– Marine Le Pen a officiellement reconnu les résultats du référendum en Crimée ! – Elle n’a pas trahi nos attentes ;) – Il faudra d’une manière ou d’une autre remercier les Français. C’est important.»

«Société chypriote alimentée par des fonds russes»

Le jour même, Marine Le Pen estimait que les résultats du référendum rattachant la Crimée à la Russie étaient «sans contestation possible». C’est finalement son conseiller diplomatique, Aymeric Chauprade, qui s’était rendu sur place pour observer le scrutin – à titre personnel, avait tenu à préciser le FN. Le 12 avril, Marine Le Pen se rendait à Moscou pour y rencontrer le président de la Douma, Sergueï Narychkine, proche de Vladimir Poutine. Le 18 avril, Cotelec, microparti de Jean-Marie Le Pen, recevait 2 millions d’euros de la part d’une «société chypriote alimentée par des fonds russes», rappelle Mediapart. En septembre, ce sont 9 millions d’euros qui arrivent d’une banque moscovite.

Avant comme après cet épisode, Marine Le Pen s’est manifestée comme l’un des principaux soutiens de la Russie en France, plaidant pour l’approfondissement des liens entre les deux pays, voyant en Poutine un défenseur des «valeurs de la civilisation européenne». Contactée par le Monde, la présidente du FN a nié tout rapport entre ces prises de position et les financements obtenus de source russe.

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