Exhumation : le mystère du soldat allemand disparu depuis 1944

Publié le par La Dépêche

Exhumation : le mystère du soldat allemand disparu depuis 1944

Différents ambassadeurs de l'Histoire et de la mémoire s'étaient donné rendez-vous hier au bord du Viaur pour ce qui devait être l'exhumation d'un soldat allemand porté disparu depuis 1944, qui serait tombé en dessous de la commune de Tanus et dont les restes reposeraient non loin du viaduc.

C'est dans le mur qui borde le canal passant sous la centrale électrique du CERC à Tanus que se trouverait la dépouille du soldat Allemand

C'est dans le mur qui borde le canal passant sous la centrale électrique du CERC à Tanus que se trouverait la dépouille du soldat Allemand

«On attend Gaby qui est allé chercher la barque» annonce Jean Costuméro à l'arrivée sur les lieux des fouilles. L'historien tarnais est présent au bord du Viaur pour cette exhumation et commence à spéculer avec les autres protagonistes sur le parcours de ce soldat allemand, qui reposerait derrière un mur en pierre. Pour Corinne Delage, du pôle des sépultures de guerre de l'Office national des anciens combattants, l'exhumation d'un soldat allemand serait une première dans le département du Tarn : «il se peut qu'il y ait eu des morts directement rapatriés ou enterrés dans des cimetières provisoires mais c'est bien la première sépulture sauvage que l'on retrouve».

Entre pierres et eau

Il aura fallu le soutien logistique de la barque de Gaby Arcé, pêcheur sur le Viaur, pour tenter d'accéder à l'endroit où reposerait le soldat. Sur sa barque verte, il a embarqué Julien Hauser, représentant du VDK association gérant les sépultures de guerre allemandes, en charge des fouilles. Les quelques broussailles sur le mur surplombant l'eau ont repoussé les fouilles une première fois de quelques minutes le temps de dégager et d'apercevoir la désormais fameuse partie du mur où giserait le soldat allemand. Mais intervient alors un nouveau problème. Le mur datant de 1934, est dans un état prêt à s'effondrer, d'autant plus que les ossements seraient à sa base. Un éboulement qui menace si jamais quelques pierres viennent à être ôtées.

Le représentant du VDK a donc pris la décision de reporter l'échéance à une date ultérieure. Il faudra donc revenir mais Alexandre Broniszewski dont sa société est propriétaire des lieux avertit : «l'eau remontera d'un mètre ou plus en octobre et le corps sera inaccessible jusqu'à mai».

Pour éviter de casser tout le mur, la solution aurait été trouvée de descendre un échafaudage. Cela aura un coût certain pour ce «bel acte de paix». L'association allemande VDK va solliciter des entreprises locales pour réaliser cette opération dans les prochaines semaines ou prochains mois voire même l'année prochaine. Le soldat allemand inconnu n'est pas près de revoir la lumière du jour, encore moins de retrouver sa famille. Une fois retrouvé, il pourrait prendre le chemin de Marseille où sa plaque militaire serait reconstituée puis direction l'Allemagne où la dentition et les ossements pourraient permettre son identification et une mise en relation ensuite avec les archives très précises de l'armée allemande.

Retrouvé grâce à un pêcheur

«Mon père était pêcheur et moi aussi, on venait souvent ici et il fallait nettoyer cet endroit dans le canal de la minoterie» raconte Gaby Arcé. «En nettoyant, j'ai retrouvé deux balles de revolver». Le propriétaire d'alors, M. Tayac, venait souvent boire le café chez les parents de Gaby et un jour il lui a parlé de cette petite découverte. C'est de là que Gaby a appris l'histoire de ce soldat allemand.

La version de M.Tayac est alors la suivante : la colonne allemande serait descendue du village et ce soldat en moto serait passé par ce chemin où il aurait été abattu par des maquisards en embuscade dans l'après-midi. Ils auraient ensuite jeté sa moto à l'eau puis auraient enterré le soldat pendant la soirée.

Exécuté en 1944

Or pour l'historien jean Costuméro ces faits ne seraient pas justes dans le sens où il n'y avait pas de maquis répertorié à cet endroit mais la thèse de la colonne allemande circulant sur la route serait d'une probabilité puisque ce gendarme à moto aurait pu se déplacer entre la garnison d'Albi et de Rodez, dont on ne connaît pas non plus l'appartenance. Il aurait été exécuté entre janvier et juillet 1944 sans date précise. L'inhumation dans un mur reste encore inexpliquée, cela fait partie encore des mystères autour de cette passionnante histoire qui n'en a pas fini de s'écrire.

Quant à la moto, M.Broniszewski tient à avertir les éventuels curieux que, avec les différentes crues depuis 70 ans, les objets ont été emportés bien plus en aval de l'actuelle centrale électrique.

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