Martinez Emmanuel

Publié le par Roger Cousin

Emmanuel Martinez (Emmanuel Michele Martinez) (1er janvier 1882 - 15 octobre 1973) est un dirigeant italien d'hôtels de luxe, et fondateur de l'Hôtel Martinez sur la Croisette à Cannes en 1927.

Emma Digard avec son compagnon, Emmanuel Martinez, en 1931

Emma Digard avec son compagnon, Emmanuel Martinez, en 1931

Emmanuel Michele Martinez nait le 1er janvier 1882 à Palerme en Italie, fils aîné du baron italien Giovanni Martinez et de Giuseppa Labiso Costanza, issue d'une ancienne famille noble d'origine espagnole. Il se marie à Paris à la mairie du XVIIe arrondissement avec Marie Maldiney le 6 avril 1909. Dans les années 1920, il rencontre à l'hôtel Carlton de Paris dont il est devenu le président du conseil d'administration, Emma Digard (Le Havre 1890- Paris 1977), une riche héritière qui deviendra sa maîtresse et sa plus proche confidente (plus de deux cents lettres originales, de la correspondance d'Emmanuel et Emma, existent encore de nos jours). Celle-ci adoptera d'ailleurs la fille unique d'Emmanuel Martinez, Suzanne, née d'une relation qu'il a eue avec l'une de ses employées. 1909, Martinez commence sa carrière à Londres. Il est directeur du Piccadilly Hôtel (aujourd'hui, Hôtell Méridien sur Oxford Street).

1913, Henry Ruhl, propriétaire de l'hôtel Ruhl à Nice, lui confie la direction de l'hôtel Ruhl à Vichy en Auvergne. 2 août 1914 - Mobilisation.Témoignage de Martinez: "Quand la Mobilisation fut décrétée, les Administrateurs de l'hôtel quittèrent Vichy précipitamment, en emportant la caisse." L'hôtel est réquisitionné le 29 août. Pendant la durée de la guerre, Martinez fait installer un hôpital auxiliaire dans l'hôtel. Les blessés de guerre et les gueules cassées y sont soignés. Il fait de même à Cannes. 1915, Pierre Bermond, administrateur de l'hôtel Ruhl et des Anglais à Nice, choisit Emmanuel Martinez pour la gestion du Ruhl. 1917, Martinez signe un bail à loyer de 40 ans, avec la Sté Immobilière de la Méditerranée, pour des immeubles connus sous le nom de "Cercle de la Méditerranée". Bail renouvelé en 1920 et 1922 avec Alfred Donadei, homme politique et propriétaire de palaces à Nice. Mème année, Martinez avec Jules Schreter, de Paris,créent : société en commandite simple, "Sté Martinez et Cie". gérante de l'hôtel Savoy de Nice.

Juillet 1917, Tribunal de Commerce, Nice. "Déclaration: Emmanuel Martinez, hôtelier, demeurant à Nice, 3 rue Halévy, déclare prendre pour titre pour mon Hôtel, Restaurant, Grill room, Thé, Bar, que je me propose d'installer dans les locaux de l'ancien Cercle de la Méditerranée, Nice, dont je suis le propriétaire, celui de "Savoy". Je déclare m'en réserver en outre l'exclusivité. Je me réserve également le nom de "Savoie" qu'est la traduction en français du titre "Savoy". Juillet 1917. Journal L'Éclaireur Nice": "M. Martinez, qui vient de quitter la direction du Ruhl, à Nice, va ouvrir un établissement de thé, au "Savoy", avec la clientèle choisie qui est la sienne." Juin 1923. Casino Municipal. Le Tréport. M. H.Potié, directeur. à M. Martinez, directeur général du Carlton Hôtel, Champs-Élysées, Paris. "...Il espère que M. Martinez sera intéressé par l'affaire des "Terrasses". Cette affaire est susceptible de devenir très intéressante, dirigée avec la compétence que vous possédez dans ce genre d'exploitation." Décembre 1923. "La Riviera Hôtelière et Touristique" Article " Chambre Syndicale des Hôteliers." ... Administrateurs-Conseil: Martinez (Hôtels Ruhl, Savoy, France, Royal.)

Le 23 juin 1924. M. Ch. Palméro, Architecte, Nice, à M. Martinez, Propriétaire du Carlton, Paris. Concerne "l'Hôtel Royal à Beaulieu". "Palméro lui dit qu'à 700,000 frs ce serait une bonne affaire, surtout entre vos mains. ... Il est à son entière disposition à 350,000 frs chacun. ..." Le 27 février 1925. Martinez charge Schreter & Bermond de négocier avec M. J. Mercier, à Lausanne (Suisse), la vente à son profit d'un immeuble situé à Nice 45 Promenade des Anglais. De 1920 à 1927, Martinez est directeur-général des plus grands palaces de Nice : l'hôtel Ruhl, l'hôtel Royal, l'hôtel France, l'hôtel Savoy et l'hôtel Impérial et dirige également la restauration du casino municipal de Nice, l'hôtel Westminster de la rue de la Paix à Paris et le Grand Hôtel de Cabourg. Les publicités sur les hôtels Ruhl et Savoy inondent les journaux et les magazines de l'époque : L'Eclaireur de Nice - édition anglaise, le Guide Illustré de la Côte d'Azur; Stations Estivales & Excursions Alpestres, Hôtels & Pensions de la Côte d'Azur, édition anglaise pour les États-Unis et l'Angleterre. Août 1926. Hôtel Royal, Dieppe. M. H. Trub(?) à M. Martinez, Hôtel Carlton, Champs-Élysées, Paris. Confidentiel. " Vous écris confidentiellement. Notre société a l'intention de vendre ou de louer, pour une durée de 21 ans, l'hôtel Royal à Dieppe. Est-ce que cela vous intéresserait ?"

6 mai 1927: Comité d'Organisation du Gala de la Reconnaissance - en faveur des "Gueules Cassées 14-18". Le Président, Colonel Picot, remercie M. Martinez pour son grand support. Grâce à lui, ils ont obtenu 200,000 Frs au gala de Nice. Le 12 novembre 1927. Le Secrétaire-Général de la "Société des Courses de Cannes" vient solliciter Martinez. S'il accepte d'offrir une subvention d'au moins 10,000 Frs pour le prochain meeting, la Sté des Courses serait prête à l'affecter à un prix de 20,000 Frs qui porterait le titre de "Prix de l'Hôtel Martinez". De 1921 à 1929, Martinez est nommé administrateur délégué, puis président du conseil d'administration de l'hôtel Carlton de Paris sur l'avenue des Champs-Élysées où il créera son célèbre Café Anglais (l'hôtel devient plus tard la vitrine d'Air France, puis Nespresso). Fort de l'énorme crédit du nom « Martinez » dans le monde international de l'hôtellerie de luxe, depuis le début du siècle, Emmanuel Martinez décide de construire son propre palace sur la Côte d'Azur. Le 27 avril 1927, les statuts de la « Société des Grands Hôtels de Cannes » sont déposés chez Maître Félix Gazagnaires, notaire à Cannes. L'objet de la société est : « art.3. La construction, la mise en valeur et l'exploitation d'un Hôtel-Restaurant de grand luxe, sis à Cannes, Boulevard de la Croisette. » Martinez en est majoritaire avec 3300 actions sur 5000. Secrétaire-Général de la nouvelle société, il recrute Marius Bertagna, ancien secrétaire particulier d'Alfred Donadei.

Le 22 septembre 1927, il achète sur la Croisette à Cannes, la « Villa Marie-Thérèse », alors propriété d'Alphonse de Bourbon. Le 17 septembre 1927, Martinez dépose sa demande de permis de construire à la mairie de Cannes, accompagnée de sept plans. Il prend l'architecte niçois Charles Palméro de Nice, avec ses collaborateurs Mayer et Morillon. Puis il confie la construction de l'hôtel à un entrepreneur de Marseille : la Sté D'Anella et Frères, qui a gagné l'appel d'offres. Les fournisseurs sont : pour la fondation - la Sté des Pieux Franki (490 pieux de 9 à 10 mètres supportant chacun 95 tonnes !) ; pour les fours alimentaires : les établissements Sablyet ; pour les fours alimentaires : Porcher de Paris; pour les installations sanitaires : Frigorine, Paris. Encore d'autres fournisseurs : Tosy-Dujardin, Lille ; Guerin-Pouyat-Elite, Paris ; La Centrale Linière, Paris. Martinez confie la totalité de l'ameublement du nouvel hôtel à la Maison Waring & Gillow de Londres. Le 13 janvier 1928. Ministère du Travail. Administration de la Mutualité et de la Prévoyance Sociale. Pour le Ministre. à M. Grinda, Député. "... Je m'empresse de vous faire savoir qu'une Médaile de bronze vient de lui (nda. Martinez) être accordée."

Le 18 juin 1928. Farman Automobiles, Billancourt, Seine. Le Chef du Service Commercial.Division Voitures, à l'Hôtel Carlton, 110 Champs-Élysées. Paris. "Connaissant la Clientèle Sélecte qui fréquente votre Maison, nous nous permettons de vous adresser une documentation concernant notre fabrication..." Le 8 novembre 1928. "Comité des Régates Internationales de Cannes" à M. Martinez, Hôtel Martinez, Cannes. "M. Lapeyrous-Vaucresson escompte que M. Martinez participera au gros effort pour intensifier les Régates de Cannes." Le 13 février 1929. Le Ministre du Commerce et de l'Industrie à Monsieur le Ministre des Affaires Étrangères. " ... Je ne verrai, en définitive, aucun inconvénient à ce qu'une suite favorable soit réservée à la proposition de nomination au grade de Chevalier de la Légion d'honneur dont M. Martinez se trouve être l'objet." Le 20 février 1929, Emmanuel Martinez ouvre son nouvel établissement au Gotha du monde entier. Deux étages seulement, dus à des retards dans la livraison de l'entrepreneur. Dès l'ouverture, le Prince de Galles y loue une suite à l'année. Puis ce sont des Maharadjahs qui se disputent la plus belle suite : le Prince de Kapurthala du Penjab et celui de Raj-pee'pla du Goujarat ; chacun demandant un étage entier pour leur suite.

À l'occasion de l'ouverture de l'hôtel, Martinez sort un livre Les 5 Capitales destiné à la vente, pour le plaisir de sa clientèle de luxe. Y sont décrites les villes de Berlin, Londres, Rome, Paris ... et Cannes. Il y a des photos couleur du hall, du bar, du restaurant, du grill room, de la salle des fêtes, d'un salon, d'une chambre. Le tout est accompagné de jolies aquarelles de la Côte d'Azur. Le livre est protégé par un maroquin en cuir brun, avec imprimé en lettres d'or : Hôtel Martinez, en dessous des armoiries Martinez. Le 28 février 1929. Hôtel Martinez. Salle des fêtes : Grand Gala des Ailes (de France). Avec le krach de la bourse de New York, les 24 et 29 octobre 1929, la riche clientèle anglo-saxonne déserte la Côte d'Azur pendant quelques années. Le 15 décembre 1930, assemblée générale de la société des Grands Hôtels de Cannes. Martinez fait écrire sur le compte rendu : " M. Martinez demande qu'il soit, une fois pour toutes, établi qu'il n'a jamais cédé ni vendu son nom pour la dénomination de l'hôtel, et qu'il entend en cas de déconfiture de l'hôtel récupérer ses droits sur son nom." 5 juin 1931, Dépôt des statuts de la "Sté Fermière de l'Hôtel Martinez à Cannes", chez Me J, Bourdel. Notaire à Paris. La gestion de l'hôtel Martinez étant dans une passe difficile, Martinez créé cette société à qui il loue les biens de la Sté des Grands Hôtels de Cannes5.

Exposition internationale de Paris, 1937. Martinez ouvre un restaurant de luxe, "Le Roi Georges", Cours Albert Ier, Quai de la Conférence. Le 19 mai 1937. "L'Entraide des femmes françaises", Paris. La Présidente Fondatrice, Mme Thalheimer à M. Martinez, Hôtel Lotti, rue Castiglione, Paris. "... prier de me donner un rendez-vous afin que nous nous mettions d'accord pour organiser le dîner des "Trois Cents", dans votre restaurant de luxe Parc des attractions.... L'Intransigent a besoin de commencer sans retard sa campagne de presse ..." Le 24 mai 1937. Martinez répond a Mme Thalheimer. Il lui décrit l'établissement de luxe : " "Le restaurant est placé dans l'axe des Fontaines Lumineuses, les plus importantes du monde. Et le clavier permettant de les faire fonctionner se trouve à l'intérieur du restaurant de luxe. Il peut contenir plus de 500 personnes confortablement installées. Dans la partie inférieure une salle entièrement couverte, et dans une péniche sur la Seine permettant d'y installer 1500 personnes pour consommer. Le spectacle dont jouissent ces locaux est absolument féérique, en dehors des Fontaines Lumineuses qui constituent la principale attraction. ... Le restaurant communique avec le Palais de la Femme par une passerelle. Des Thés dansant auront lieu de 4h à 7h, avec des attractions et des Orchestres inégalables. ..."

Le 25 mai 1937. "Mondanités. La Revue de la Société Française. Le Directeur des Mondanités, Secrétaire Général du Gardénia, le Comte de Realcamp à M. Martinez, Hôtel Lotti. Paris. " Nous vous confirmons notre accord verbal concernant l'organisation d'un Dîner de Gala du Gardénia, à l'occasion de l'inauguration de votre restaurant "Roi Georges". c'est-à-dire le lendemain du vernissage." Le 25 octobre 1937. Tabarin Casino Variety. Nice. M. Melat (?) à M. Martinez, Restaurant du Roi Georges, Cours Albert Ier, Paris. Personnelle et Confidentielle. "Baudoin voudrait vendre son auberge "La Bonne Auberge" sur la route de Nice-Antibes. Il en demande 750 000 frs. Il vous donne tout : le terrain, l'immeuble, tout le matériel meublant, la verrerie, l'argenterie. Cuisine richement installée. etc, etc, ... Si vous pouvez trouver un acheteur à ce prix et prendre l'affaire en gérance ... Je reste le Roi des Racolleurs et je saurai vous emmener du monde chic." Durant la Seconde Guerre mondiale, le palace est réquisitionné et occupé tour à tour par l'Armée française, l'Armée italienne (Commission d'armistice, dirigée par le neveu du Maréchal Badoglio), la Wehrmacht après l'occupation de la zone libre en 1942. Malgré l'occupation de son hotel, et durant cette période trouble, Emmanuel Martinez mari sa fille unique à l'un des membres d'un réseau d'évasion pour les aviateurs anglais et autres personnes en danger sur le territoire francais6. Plusieurs familles juives sont également cachées dans les caves du Martinez en attendant que le gendre d'Emmanuel organise leur fuite.

Après le débarquement de Provence et la libération de cette partie de la France en 1944, l'hôtel est occupé par l'United States Army Air Forces, dont le général Doolittle. À la Libération, Emmanuel Martinez est accusé d'avoir vendu toutes ses actions de la Sté des Grands Hôtels de Cannes à celui que la presse appelle alors l'« Empereur du marché noir », Mandel Szkolnikoff dit « Monsieur Michel ». Cet affairiste, bien que considéré durant l'Occupation comme « juif apatride » (né en Bielorussie, il a vécu en Pologne, en Belgique avant de s'installer en France dans les années 1930) a accumulé une fortune considérable en revendant du textile et d'autres biens à la Kriegsmarine puis aux SS durant la guerre. Il a massivement investi cette fortune dans l'immobilier (plus d'une cinquantaine d'immeubles dans le quartier des Champs-Élysées) et dans des hôtels de luxe, principalement sur la côte d'Azur sans qu'il soit très clair s'il investissait pour lui, pour des intérêts particuliers allemands ou les deux. Après avoir évité d'être assassiné à Milan, par un groupe de Partisans français déguisés en soldats américains ; puis être resté deux jours en prison à cause d'officiers français, Martinez se rend à Rome. Là, il obtient la protection des Américains et celle d'une femme, grande résistante italienne. Ruiné et obligé de travailler, il parvient à joindre Londres, retrouve ses anciens associés de "Letheby & Christopher (Exibitions) Ltd." Sté de traiteurs de luxe. Il était déjà avec eux, avant la guerre, en 1939. Il recommence à vivre, petit à petit, Modestement.

Fin 1944, il est condamné en France pour collaboration et son hôtel mis sous séquestre par le comité départemental de confiscation des Profits Illicites. La gestion de l'hôtel passe alors entre les mains des Domaines. Cela sera le début de l'"affaire du Martinez" Emmanuel Martinez, ainsi que ses deux sociétés sont condamnées (en dernier rang !) en solidarité de la condamnation de Michel Szkolnikoff, à une confiscation et amende d'un total de 3 milliard 9, augmentée d'intérêts moratoires à raison de 1% par mois. Une dette perpétuelle, par le mécanisme des intérêts moratoires, est alors mise en place par le ministère des finances. En effet, c'est l'Etat (Trésor Public des Alpes Maritimes) qui gère l'hotel et donc doit verser à l'Etat (Trésor Public du 16e arrondissement de Paris) les bénéfices récoltés par la gestion de l'hotel. Cependant, ces versements étant très rares (aucun versement durant 17 ans et peu de versements par la suite), la dette Szkolnikoff, due au Trésor Public à Paris, reste donc impayée mais est imputée toutefois de 1% par mois. C'est comme cela qu'est organisée la dette perpétuelle (voir enquête de la Brigade Financière Francaise établie pour l'affaire Martinez 2011).

Réfugié à Londres, il se présente - libre et sans fers - devant la Haute Cour de Justice de Lyon, en 1949. Il est acquitté de collaboration avec l'ennemi. Plusieurs témoignages démontrant qu'il a aidé des Britanniques, des Résistants et des juifs à échapper aux Allemands. Mais son hôtel reste confisqué. Le Martinez ne lui sera pas rendu malgré 28 ans de procédures contre l’État, faute de l'accusation qui persiste «  d'avoir vendu son hôtel, pendant la guerre, à l'un des plus grands collaborateurs, avec les nazis, de l'époque ». Emmanuel Martinez meurt le 15 octobre 1973 à Gênes en Italie, à l'âge de 91 ans, ruiné, après 28 années de procédures judiciaires et sans avoir récupére son hôtel.

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