Commandos Kieffer

Publié le par Mémoires de Guerre

Bien qu'ils n'aient jamais porté ce nom, les médias français - relatant l'hommage qui leur a été rendu lors du 70e anniversaire du débarquement - les ont désigné ainsi : les commandos Kieffer .

Les membres du Commando Kieffer

Les membres du Commando Kieffer

Ce sont les hommes du 1er bataillon de fusiliers marins commandos créé au printemps 1942 en Grande-Bretagne par la France libre et commandés par le capitaine de corvette Philippe Kieffer. Ils étaient intégrés à la Special Service Brigade britannique au sein du Commando Interalliés numéro 10. 177 d'entre eux se sont illustrés en participant au débarquement de Normandie, seuls représentants de la France à débarquer sur les plages, puis dans les combats qui ont suivi en Normandie et aux Pays-Bas. Le 1er bataillon de fusiliers marins commandos était fort de deux Troops (troupe) de combat et d’une 1/2 Troop d’appui (K-Guns). Sur les 177 commandos qui débarquèrent le 6 juin, 10 furent tués le jour même, et 24 seulement terminèrent la campagne de Normandie sans avoir été blessés, après 78 jours de déploiement alors qu'ils ne devaient initialement combattre que 3 ou 4 jours. 27 furent tués au combat. Oubliés pour des raisons politiques, les commandos survivants ne recevront la Légion d'honneur que soixante ans plus tard. Les commandos marine de la marine nationale française sont les héritiers du 1er bataillon de fusiliers marins commandos. Création et différentes dénominations :

  • juin 1941 : 1re Compagnie de Fusiliers Marins Français
  • mai 1942 : 1re Compagnie Fusiliers Marins Commandos
  • juin 1943 : 1er Bataillon Fusiliers Marins Commando
  • juillet 45 : dissolution de l'unité

Dès 1940, Winston Churchill décide la création d'une force d'assaut de 20 000 hommes. L'État-major britannique fait rapidement le constat qu'il lui manque de petites unités légères et mobiles, capables de mener des actions de renseignement ou de destruction derrière les lignes ennemies sur les côtes de l'Europe occupées, du rivage atlantique français jusqu'au nord arctique de la Norvège. C'est la création des unités «commandos». Le nom est repris du nom d'unités légères sud-africaines pendant la Seconde Guerre des Boers. Philippe Kieffer qui a rejoint le 19 juin 1940 les Forces françaises libres en Grande-Bretagne et sert comme officier de liaison du 3e Bataillon de Fusiliers Marins de langue espagnole, est impressionné par les méthodes des commandos britanniques, en particulier le raid mené par les commandos anglais sur les îles Lofoten le 4 mars 1941.

Début janvier 1942, devenu commandant d'une compagnie d'instruction (initialement de 25 hommes) adossée au 3e BFM, l'enseigne de vaisseau Kieffer déploie les efforts nécessaires pour rendre opérationnelle sa compagnie, constituée de marins de toutes spécialités. Après un mois d'existence il sollicite des formations au sein d'unités britanniques pour préparer ses hommes à mener des "coups de mains en opérations combinées avec l'armée ou les commandos". La compagnie d'instruction, durant son stage chez les Royal Marines d'Eastney au mois de mars 1942, se fait remarquer par son zèle, sa soif d'apprendre et son comportement général dont le crédit est attribué à la valeur de son officier commandant. L'idée d'un emploi opérationnel de type commando commence à germer chez Kieffer ; le concept d’intégration d'étrangers aux commandos britanniques commence à circuler. Anticipant cette dynamique, la compagnie d'instruction est dissoute le 23 mars 1942 pour laisser place à la Compagnie de Fusiliers Marins Français, qui quitte sa base de Camberley pour rallier le camp d'entrainement HMS Royal Arthur de Skegness.

Le 30 mars 1942, Winston Churchill valide la proposition de Lord Louis Mountbatten, chef des opérations combinées, de créer un commando de forces alliées. Les Britanniques sont intéressés par l'apport d'hommes susceptibles d'opérer en Europe occupée, connaissant le pays et la langue des habitants. Ce commando sera constitué de "troops" constituées de Français, Polonais, Belges, Néerlandais, Norvégiens, Yougoslaves. Les discussions se tiennent au plus haut de la hiérarchie et font l'objet d'une correspondance fournie entre le général de Gaulle et Lord Mountbatten. Dès le 2 avril 1942, l'état-major des FNFL signifie l'acceptation de placer l'enseigne de vaisseau Kieffer et ses hommes sous autorité britannique et le formalise par un ordre ultérieur établissant à Skegness, un centre d'instruction préparatoire au stage commando d'Achnacarry. La Compagnie Fusiliers Marins Commandos voit le jour officiellement. Fin avril, après un mois d'entrainement 298 des 31 hommes sont retenus pour suivre le stage commando. Le 22 mai 1943, à l'issue du redoutable stage au "Dépôt Commando", ils seront détachés au sein du commando numéro 2 à Ayr pour entrainement, avant d'intégrer officiellement le 16 juillet 1942 en tant que "troop 1", le Commando Interalliés Numéro 10 dont le commandement a été confié au lieutenant colonel D.S. Lister M.C. La troop 1 est basée à Criccieth, Pays de Galles.

Un fait notable dans la constitution de la Compagnie Fusiliers Marins Commandos puis de la Troop 1: elle fut rejointe par plusieurs groupes de volontaires de l'armée de terre dont le premier fut en juin 1942 celui du lieutenant Charles Trépel qui deviendra par la suite le commandant de la Troop 8, deuxième troupe française. En 1943, le 1er Bataillon Fusiliers Marins Commando (1er BFMC) est constitué de trois Troops la No 1, la No 8 du capitaine Charles Trépel et la Troop d'appui (K-Guns). Environ un tiers de ces commandos sont originaires de Bretagne. La formation a lieu avec les commandos britanniques (les bérets verts) au château d'Achnacarry en Écosse. Ce château et les terres environnantes situés dans les Highlands ont été mis à disposition de la Special Service Brigade par le propriétaire, Sir Donald Walter Cameron of Lochiel, chef du clan Cameron. Le cadre est austère et sauvage et la formation particulièrement rude. Philippe Kieffer et ses hommes seront parmi les premiers étrangers à être formés dans ce centre d'entraînement dirigé par le lieutenant-colonel C.E. Vaughan. Les nouveaux arrivants doivent ainsi parcourir 30 km à pied de la gare au château, puis, passer devant des tombes fictives de soldats soi-disant morts pendant l'entraînement. Le bataillon français ainsi formé est placé sous le commandement de Lord Lovat qui dirige la 1re brigade de commandos.

Cette rigueur de l'entraînement tient à la difficulté et la dangerosité des missions qui leur sont confiées derrière les lignes ennemies. Ainsi le 18 octobre 1942, Hitler ordonne d'abattre tous les commandos faits prisonniers. Le 14 juillet 1943, une compagnie des futurs commandos défile dans les rues de Londres. Le 19 août 1942, 15 fusiliers marins commando français de la 1re compagnie sous les ordres de l'officier de 2e classe des équipages Francis Vourch, participent au raid sur Dieppe, (opération Jubilee), aux côtés des commandos britanniques et canadiens. Des commandos français participent au raid sur la plage de Wassenaar en Hollande, au cours duquel six d'entre eux, dont le capitaine Charles Trepel, sont tués. En mai 1944, quelques semaines avant le débarquement, ils reçoivent leur propre insigne (écu de bronze chargé du brick de l’aventure et barré du poignard des commandos avec dans le coin sénestre la croix de Lorraine et souligné d’une banderole portant l’inscription "1er Bllon F.M.Commando "). Il est cousu sur le béret vert porté « à l’anglaise », c’est-à-dire sur le côté gauche. Le dessin est dû à l’un d’entre eux, le quartier-maître Maurice Chauvet. Le bataillon est alors incorporé au sein du commando no 4 de la Brigade des forces spéciales.

Dans les jours qui précèdent le débarquement, les photos des objectifs sont distribuées aux commandos sans précision du lieu. Mais comme certains des commandos français sont originaires de Normandie, ils reconnaissent les sites prévus, ce qui suscite l'inquiétude de l'État-major anglais, qui décide alors de les cantonner dans leur camp avec interdiction de sortie jusqu'au débarquement. Les 177 hommes ont été répartis en deux « troops » et une section de mitrailleuses « K Gun ». Promu capitaine de corvette (d'où son appellation commandant car c'est l'appellation réglementaire des officiers supérieurs de la marine nationale, mais aussi car c'est l'officier chef de corps, commandant l'unité) à la veille du Jour J, Philippe Kieffer débarque le 6 juin en Normandie à la tête de 176 hommes du 1er bataillon de fusiliers marins commandos fort de deux Troops de combat et d’une 1/2 Troop d’appui (K-Guns). Ils débarquent de la barge 527 et 523 à 7h32 sur la plage Sword à Colleville-Montgomery à l'est du dispositif allié. Sur ce secteur, ils sont les premiers à débarquer, les barges avec les commandos britanniques les ayant laissé passer en tête comme initialement prévu( afin qu'ils débarquent sur le sol de leur patrie les premiers). Leur objectif est La Brêche, à 500 mètres à l'ouest de Riva Bella.

Malgré des pertes significatives, ils s’emparent d’une pièce de 50 mm encuvée qui avait mis à mal la péniche LCI 523 (1re Troop), puis de l'ex-Casino de Riva-Bella, avant de s’enfoncer dans les terres par Colleville et Saint-Aubin-d'Arquenay pour faire jonction à Pegasus Bridge (Bénouville) avec les troupes aéroportées britanniques de la 6e DAP. Ils y arrivent vers 16 h 30. Ils occupent alors les lisières du Plain vers 20 h 00. Au soir du 6 juin, le 1er BFMC aura perdu presque 25 % de ses effectifs : outre les blessés mis hors de combat et évacués, dont le capitaine de corvette Kieffer touché deux fois dans la journée, deux officiers et huit hommes sont tués :

  • 4 sur la plage : second-maître Raymond Dumanoir (qui avait déjà participé à l'opération Jubilee), matelot Raymond Flesch, quartier-maître Josephe Letang, matelot Jean Rousseau ;
  • 2 sur l'actuel boulevard Winston Churchill : lieutenant (armée de terre) Augustin Hubert, matelot Marcel Labas ;
  • 4 face au casino : quartier-maître Jean Lemoigne, médecin de 1re classe Robert Lion, matelot Émile Renault, matelot Paul Rollin.

Avec le régiment canadien de la Chaudière, composé de Québécois, il fut la seule unité francophone à participer aux opérations. Les commandos français vont combattre jusqu’au 27 août 1944, puis le bataillon est renvoyé en Grande-Bretagne au repos et pour être recomplété. En novembre 1944, au cours de la bataille pour libérer l'Escault (nécessaire pour utiliser le port d'Anvers), le 1er BFMC est débarqué sur l’île de Walcheren en Hollande et il prend Flessingue dans le cadre d’une opération combinée des commandos britanniques.

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