Jean Combet, courageux successeur de Camille Blanc à la mairie d’Evian

Publié le par Le Messager

Jean Combet, courageux successeur de Camille Blanc à la mairie d’Evian

Il y a cinquante-cinq ans disparaissait le populaire maire d’Evian, Camille Blanc, assassiné par des terroristes de l’OAS pour avoir accepté d’accueillir les pourparlers devant mettre fin aux combats en Algérie. On évoque moins souvent son successeur immédiat, qui a accepté de poursuivre le travail malgré les menaces.

Jean Combet, courageux successeur de Camille Blanc à la mairie d’Evian

Aux premières heures du 31 mars 1961, une voiture explose dans la petite impasse entre la mairie d’Evian et l’hôtel Beau-Séjour, tenu par Camille Blanc. Quelques instants plus tard, alors que le maire est descendu dans son salon pour téléphoner, une seconde charge, posée sur sa fenêtre, explose et lui ôte la vie. Dans la rue règne alors un silence de mort. « Tout le monde avait compris ce qui s’était passé, raconte un témoin, mais personne n’osait aller voir. »

En tant que secrétaire général de la mairie, Jean Combet est logé dans l’hôtel de Ville. Réveillé par l’attentat, il passe un coup de téléphone et descend, le premier, sur les lieux du drame. Il est alors évident que Camille Blanc a payé au prix fort son engagement pour la tenue de pourparlers de paix à Evian, et que l’assassinat porte la signature de l’OAS. Le maire défunt savait que sa prise de position le mettait en danger ; il recevait régulièrement des menaces de mort. Dans ces conditions, qui aurait le courage de lui succéder ?

Une nouvelle élection du maire est organisée le 30 avril. Personne n’ose se présenter, jusqu’à ce qu’un volontaire se dévoue. Deux jours avant le scrutin, Le Messager constate : « Une seule candidature est officielle : celle de M. Jean Combet, secrétaire général de mairie, désigné à l’unanimité par les 20 conseillers de la majorité. » Il est élu au conseil municipal avec 88,86 % des voix des Evianais, et le conseil l’élit maire par 21 voix sur 23.

Successeur et bâtisseur

Mais qui est Jean Combet ? Agé de 54 ans, il n’est pas un inconnu : président du club de gymnastique L’Avenir évianais depuis 1945, ancien résistant, il a participé à la libération de la ville et siégé en tant que premier adjoint au sortir de la guerre, avant de démissionner pour occuper le poste de secrétaire général de mairie. A ce titre, il était depuis des années le plus proche collaborateur de Camille Blanc. Au lendemain de son élection, notre journal rappelle : « Il a toujours témoigné d’un tranquille courage aux heures les plus difficiles de son existence. »

Du courage, il va lui en falloir encore, jusqu’à la conclusion des Accords d’Evian, un an plus tard. Lui aussi reçoit des menaces sérieuses, qu’il cache à sa famille. Des tueurs se présentent même à sa porte (lire ci-dessous). Lors des négociations, des CRS surveillent sa maison. Un soir, ses enfants rentrant du cinéma se trouvent ainsi face au pistolet-mitrailleur menaçant d’un CRS de garde… et réveillé en sursaut par leur retour.

La guerre d’Algérie terminée, Jean Combet peut poursuivre l’œuvre de développement de la station entamé au côté de Camille Blanc. Evian lui doit ainsi, notamment, la promenade sur le quai Baron-de-Blonay, le lycée Anna-de-Noailles, le port des Mouettes, le boulodrome, des logements HLM, la modernisation de l’éclairage public, la création d’un centre de cures thermales et d’un service de dialyse rénale à l’hôpital, mais aussi le grand centre nautique qui porte aujourd’hui son nom.

UN HOMME D’ENGAGEMENTS ET DE CONVICTIONS

1907 : Naissance de Jean Joseph Combet le 12 juillet 1907 à Groisy-le-Plot, près d’Annecy, de parents originaires du village de Notre-Dame-de-Bellecombe (Savoie). Son père Jean-Marie, douanier, s’installe à Evian, où Jean effectue toute sa scolarité.

1923 : au décès de son père, c’est sa mère Clémentine qui s’occupe d’élever les trois garçons et trois filles du couple. Avec caractère et volonté, elle travaille énormément, afin de donner à tous ses enfants un métier.

1930 : après s’être engagé pour plusieurs années et avoir effectué son service militaire dans l’artillerie coloniale en Indochine (comme son père avant lui s’était engagé pour servir à Madagascar), Jean Combet rentre à Evian et devient secrétaire de mairie.

1940 : en décembre, il est destitué de son poste à la mairie par le gouvernement de Vichy pour appartenance à la franc-maçonnerie.

1942 : il épouse Simone Floret, dont il aura trois enfants. A cette époque, il enchaîne de multiples petits boulots pour subvenir aux besoins de sa famille… en parallèle de ses activités de résistant. Dénoncé, il doit prendre le maquis.

1944 : Jean Combet participe à la libération de sa ville. Il est nommé secrétaire du comité cantonal de Libération nationale à Evian. Il est élu au conseil municipal en 1945, au poste de premier adjoint, mais démissionne en 1946 pour devenir secrétaire général de la mairie.

1961 : il succède à Camille Blanc, et reste maire d’Evian jusqu’à sa défaite aux élections municipales de 1971. Elu socialiste (SFIO), il entretient avec Georges Pianta, son homologue de Thonon, pourtant d’un bord opposé, des relations de grande amitié et de respect.

1964 : Jean Combet est élu conseiller général du canton d’Evian, et réélu jusqu’en 1982, date à laquelle il se retire pour raisons de santé.

1982 : il s’éteint six mois plus tard, le 29 août, à l’âge de 75 ans.

LES TUEURS SONNENT A LA PORTE DE LA MAISON

Au moment des Accords d’Evian, Claude Combet, la fille du maire, avait une quinzaine d’années. Elle garde des souvenirs de cette période particulièrement tendue. « Il m’arrivait d’aller fouiller dans le bureau de mon père, raconte-t-elle avec malice, et je voyais bien qu’il nous cachait des messages de menaces. Mais il ne nous en parlait jamais. »

Un jour, on sonne à la porte de la villa familiale. « Mon père n’était pas à la maison, alors nous sommes allés ouvrir », se souvient-elle. Deux hommes se tiennent sur le seuil. « Ils ont expliqué à ma mère qu’ils souhaitaient voir monsieur Combet pour lui vendre un aspirateur. Comme il n’était pas là, ils ont demandé s’ils pouvaient repasser en soirée. Ma mère a dit oui. »

Le soir, les deux hommes sont de retour. Les enfants sont à la maison, avec leur mère, mais Jean Combet n’est toujours pas rentré de la mairie. « Ma mère les a fait entrer, et leur a proposé de patienter. Je me souviens qu’ils ont échangé un regard entre eux, et l’un d’eux a dit à ma mère : On reviendra plus tard. Vous avez une belle famille... Puis ils sont repartis. »

La menace est à peine voilée, mais les deux individus ne reviennent pas. « Quinze jours après, en lisant les journaux, nous les avons reconnus : ils venaient d’être arrêtés comme tueurs de l’OAS. »

OUVERTURE D’ESPRIT ET INTERETS MULTIPLES

Homme d’un naturel ponctuel et souriant, Jean Combet aimait le Chablais et s’y intéressait de bien des manières. Membre de l’Académie chablaisienne, réputé pour l’importance et la qualité de sa bibliothèque, il avait à la fin de sa vie le projet d’écrire une histoire d’Evian. Tout socialiste qu’il était, il s’intéressait aussi beaucoup à saint François-de-Sales.

Profondément humaniste, il avait choisi de s’investir dans bien des domaines. Il était ainsi délégué départemental de l’Education nationale, responsable du club sportif L’Avenir évianais, administrateur de l’office départemental des HLM, et naturellement investi dans la promotion de sa ville, siégeant comme vice-président de l’Association nationale des maires des stations thermales, climatiques et touristiques, et de la Fédération thermale et climatique du Sud-Est, trésorier de France-Congrès et administrateur de la Fédération européenne des villes de congrès. On lui doit aussi le jumelage d’Evian avec Neckargemund.

Maintes fois décoré (Légion d’honneur, Croix de guerre du combattant volontaire 1939-1945, Croix du combattant volontaire de la Résistance, Mérite militaire, Mérite agricole, Mérite sportif, Palmes académiques…) Jean Combet était également correspondant de presse, notamment pour Le Messager.

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