Otto Skorzeny ou la très improbable reconversion d'un officier nazi en tueur d'élite israélien

Publié le par Atlantico

Otto Skorzeny ou la très improbable reconversion d'un officier nazi en tueur d'élite israélien

Otto Skorzeny, commando spécial SS, fut nommé "l'homme le plus dangereux d'Europe" par les Alliés. Aujourd'hui, le quotidien israélien Haaretz révèle que dans les années 1960 il a travaillé pour le Mossad.

Otto Skorzeny ou la très improbable reconversion d'un officier nazi en tueur d'élite israélien

"L'homme le plus dangereux d'Europe". Otto Skorzeny était de ces personnages de roman que la Seconde Guerre Mondiale a produit à foison. Grand, blond, balafré sur le côté du visage depuis une partie d'escrime à l'adolescence, on n'y aurait pas cru s'il était personnage de film. Et pourtant, ce nazi de la première heure, issu d'une famille militaire autrichienne, a bien existé. En 1939, il s'engage dans la division SS Leibstandarte, la garde personnelle de Hitler. Très vite, il se distingue par ses coups d'éclat et devient une légende des opérations spéciales.

Hitler, qui s'entretient directement avec lui, lui confie ses missions les plus délicates.

C'est par exemple lui qui fut responsable de l'extraction de Benito Mussolini, gardé prisonnier après la chute de son Gouvernement. Il a mené un commando qui s'est introduit dans sa prison de nuit avec des planeurs… Pas un tendre, donc.

Autre coup d'éclat : après le Débarquement, il réunit une équipe de commandos anglophones, ils endossent des uniformes américains volés et même des chars d'assaut volés, s'introduisent derrière les lignes alliées et les attaquent par derrière pour semer la confusion.

Et en tant que Waffen SS qui a aussi été actif sur le front de l'Est, il a très probablement participé à la Solution Finale et à des massacres de Juifs, même s'il n'y a pas de preuves formelles et qu'il n'en fait pas état dans ses mémoires. Après la guerre, il est arrêté et fait partie des inculpés aux procès de Nuremberg, mais après deux ans… il s'évade. A ce jour, personne ne sait comment. Selon certaines rumeurs, c'est l'OSS, ancêtre de la CIA, qui l'aurait fait sortir en échange de bons et loyaux services.

Les missiles égyptiens

Et pourtant, c'est à lui que le Mossad a fait appel. Une histoire révélée pour la première fois par le quotidien israélien Haaretz, qui a eu accès aux archives secrètes du Mossad et à certains des agents de cette opération. Le problème : une équipe de scientifiques allemands qui travaille en Egypte sur un programme de missiles balistiques. Suite moins connue d'un épisode connu de la guerre : le programme de missiles allemand, qui a failli faire plier le Royaume-Uni, et dont les Etats-Unis et l'Union soviétique se sont arrachés les scientifiques. Wernher von Braun, le plus brillant, finira par travailler pour la NASA et concevoir la fusée qui emmènera les astronautes américains sur la Lune…

Mais certains scientifiques sont restés en Allemagne, et d'autres pays ont cherché à les recruter. Notamment l'Egypte, qui dans les années 1960 est un ennemi d'Israël, et pour laquelle une équipe de scientifiques allemands travaille sur un programme secret de missiles balistiques. Heinz Krug, chef de l'équipe, a refusé une offre de von Braun de venir aux Etats-Unis travailler avec lui. Pour les Israéliens, il n'y a pas de doute : si Krug et ses collègues préfèrent travailler pour l'Egypte que pour les Etats-Unis et pour l'URSS, c'est aussi par convictions nazies, et parce qu'ils voient dans leur travail de production de missiles, dont la cible prioritaire serait forcément Israël, une continuation de la Shoah…

Il faut se souvenir de ce qu'Israël était à l'époque. Pays encore plus petit qu'aujourd'hui, beaucoup plus pauvre, dont tous les voisins, plus grands, sont des ennemis déclarés dont la propagande d'Etat appelle à l'extermination jour après jour. Et se souvenir de ce qu'était le Mossad, le service de renseignement israélien : la plupart de ses agents étaient des anciens de la guerre d'indépendance, souvent rescapés de la Shoah et ayant perdu des membres de leur famille dans la Shoah. Pour protéger le petit Etat juif entouré d'ennemis, dont l'existence est la seule garantie contre un nouvel Holocauste, tout était envisageable. La devise de l'armée et des services de sécurité israélienne : "en brera", "pas le choix". Certains pays peuvent se permettre de perdre un conflit ; pour Israël, une défaite, et c'est l'extermination. Et quand on est tout petit, le culot et l'audace gagnent tout.

Pour empêcher les scientifiques allemands de collaborer avec les Egyptiens, le Mossad commence par l'intimidation. Lettres anonymes, coups de fil au milieu de la nuit… Mais ça ne suffit pas. Il faut trouver un moyen de s'approcher d'eux, et pour cela trouver un homme en qui ces scientifiques auront confiance. Bref, le Mossad a besoin… d'un nazi.

Joe Raanan, un des meilleurs "agents traitants" (les espions qui sont chargés de recruter d'autres espions, correspondants et agents doubles ou triples) du Mossad, est au départ choqué par l'idée. Joe Raanan est né Kurt Weisman, Juif autrichien, rescapé de la Shoah où il a perdu toute sa famille, et s'est distingué dans la guerre d'indépendance d'Israël avant d'être recruté par le Mossad. Comme beaucoup de cette génération de pionniers de l'Etat d'Israël, il a troqué son nom germanique pour un nom hébreu. L'idée de travailler avec un ancien SS est difficile à avaler. Mais il s'y résout.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article