Davutoğlu Ahmet

Publié le par Mémoires de Guerre

Ahmet Davutoğlu, né le 26 février 1959 à Taşkent, est un homme politique turc, membre et président du Parti pour la justice et le développement (AKP). Ministre des Affaires étrangères de 2009 à 2014, il est Premier ministre depuis le 29 août 2014.

Davutoğlu AhmetDavutoğlu Ahmet

Originaire d'une famille pieuse de Konya, Davutoğlu fait ses études secondaires au lycée allemand d'Istanbul. Il passe un doctorat de sciences politiques. Il s'oriente ensuite vers une carrière universitaire et occupe plusieurs postes à l'étranger, notamment à Kuala Lumpur en Malaisie, à l'université internationale de l'islam. Il rédige une thèse sur la critique du monde occidental et sur l'alternative civilisationnelle de l'islam. Dans La Profondeur stratégique, un livre publié en 2001 devenu un best-seller, il prône une Turquie contemporaine se posant en héritière de l'Empire ottoman. Il y critique l'alignement en toutes circonstances de la politique étrangère turque sur l'Occident, l'alliance « contre nature » avec Israël. Il affirme que la Turquie doit abandonner le modèle de l'État nation kémaliste pour regagner une profondeur stratégique naturelle, profondeur que forme l'arc islamique du Maroc à l'Indonésie.

À partir de 2002, il est conseiller diplomatique des Premiers ministres Abdullah Gül et Recep Tayyip Erdoğan, gagnant auprès de ce dernier une grande influence, considéré comme un « ministre des Affaires étrangères de l'ombre », gérant les dossiers diplomatiques importants et surnommé le « Kissinger de la diplomatie turque ». Lors d'un remaniement ministériel effectué par Erdoğan le 1er mai 2009, il prend la succession d'Ali Babacan en tant que ministre des Affaires étrangères. Aux législatives de 2011, il devient député de la province de Konya. Le 21 août 2014, Erdoğan, récemment élu à la présidence de la République, annonce qu'il le nommera Premier ministre. Ahmet Davutoğlu accède à la présidence du Parti pour la justice et le développement (AK PARTI) le 27 août.

Cette nomination entre dans le cadre d'un changement institutionnel important. Auparavant, le président avait des prérogatives largement protocolaires et le Premier ministre assumait la réalité du pouvoir. Erdoğan, qui souhaite présidentialiser le régime, détient donc réellement le pouvoir, Premier ministre puis président. Ahmet Davutoglu est donc présent comme un « dauphin alibi », même s'il joue un rôle d'éminence grise auprès du nouveau président. Le 28 août 2014, il est nommé Premier ministre par le nouveau président Erdoğan et entre en fonction le lendemain. Le 6 septembre, il obtient un vote de confiance du Parlement par 306 voix pour et 133 contre. Après les législatives de juin 2015 il remet à Recep Tayyip Erdoğan la démission de son gouvernement le 9 juin 2015. Ce dernier est remplacé le 28 août 2015 par un gouvernement provisoire où Davutoğlu est nommé Premier ministre directement par décret présidentiel.

Le 1er novembre 2015, son parti remporte la majorité absolue aux législatives anticipées. Le 17 novembre 2015, il est chargé de former un nouveau gouvernement par le président de la République, Recep Tayyip Erdogan. Le 24 novembre suivant, il forme son gouvernement. Politiquement, Ahmet Davutoğlu est décrit comme un musulman conservateur et un nationaliste. Sur le plan international, la « doctrine Davutoğlu » est celle du « zéro problème avec les voisins », une diplomatie multidimensionnelle entre le Moyen-Orient, l'Europe et le monde russe. Dans un entretien au Monde en 2011, il explique que l'objectif d'une telle politique est de faire de la Turquie une zone stable et prospère dans la région ainsi que de désamorcer les conflits entre la Turquie et ses voisins mais aussi entre voisins de la Turquie eux-mêmes en jouant un rôle de médiateur. Par ailleurs, s'il défend à partir de 2003 l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne et plaide pour une résolution du problème chypriote, rapidement celui-ci n'est plus sa priorité. En 2009, il commence à privilégier les relations diplomatiques avec le monde arabe et l'Iran, signant un accord de libre-circulation avec la Syrie. Il entretient une diplomatie « discrète, mais réelle » avec les Frères musulmans.

Si la diplomatie turque soutient les Printemps arabes de 2011, ses positions se font plus ambiguës, notamment vis-à-vis de son aide à des groupes armés rebelles syriens pendant la guerre civile, y compris des djihadistes. Ahmet Davutoğlu voyait en effet le régime de Bachar el-Assad tomber rapidement, mais le maintien de celui-ci, l'éloignement de la Turquie de l'UE, l'échec de son rôle de médiateur à force de sectarisme en ne favorisant que les sunnites et son engagement pro-Hamas participent à isoler la Turquie de la scène internationale. Les gains diplomatiques de la Turquie des dernières années sont perdus en quelques mois, notamment vis-à-vis de l'Égypte d'Abdel Fattah al-Sissi, de l'Irak et de l'Iran effrayés de voir le pays de Davutoğlu agiter l'étendard confessionnel sunnite. Paradoxalement, la Turquie se retrouve dans le camp des puissances occidentales contre le régime syrien.

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