Deux Egon Schiele volés par les Nazis rendus à sa propriétaire

Publié le par Le Figaro par Alicia.Paulet

Deux Egon Schiele volés par les Nazis rendus à sa propriétaire

Après des décennies de contentieux, l'Autriche et le musée Leopold vont enfin remettre deux œuvres majeures de l'artiste autrichien à l'héritière d'un collectionneur juif, spolié et déporté durant la Seconde Guerre mondiale.

Deux dessins d'Egon Schiele, «Garçon assis avec les mains croisées» et «Autoportrait aux coudières» vont prochainement être restitués à sa propriétaire, Eva Zirkl

Deux dessins d'Egon Schiele, «Garçon assis avec les mains croisées» et «Autoportrait aux coudières» vont prochainement être restitués à sa propriétaire, Eva Zirkl

«C'est un jour très heureux qui met fin à plusieurs années de conflit», s'est félicité le ministre de la Culture, Josef Ostermayer, lors d'une conférence de presse à Vienne. Deux dessins d'Egon Schiele, Garçon assis avec les mains croisées et Autoportrait aux coudières, vont prochainement être restitués à sa propriétaire, Eva Zirkl.

Exposées depuis plus de dix ans au musée Leopold à Vienne, les deux œuvres vont être acheminées aux États-Unis, lieu de résidence de l'héritière de Karl Mayländer. Ce collectionneur juif, déporté à Lodz (Pologne) par les nazis en 1941, était un ami proche du peintre, décédé en 1918, à l'âge 28 ans. Il lui avait acheté de nombreuses toiles et lui avait même commandé un portrait en 1917.

Eva Zirkl réclamait depuis plus de 15 ans la restitution de cinq dessins d'Egon Schiele, une des principales figures de l'art viennois du début du XXe siècle, qu'avait acquises après-guerre le collectionneur autrichien Rudolf Leopold.

Après une longue procédure juridique, la femme âgée aujourd'hui de 95 ans, a réussi à récupérer deux des cinq œuvres de l'artiste grâce à une médiation gouvernementale. Les trois autres dessins restant la propriété du musée Leopold.

L'Autriche coupe la poire en deux

«Ce jugement de Salomon permet de lever l'ombre qui planait sur le musée Leopold», a déclaré Josef Ostermayer. «C'est une solution formidable. Je suis très heureuse que l'héritière puisse encore jouir de ces œuvres. L'argent ne l'intéressait pas», a pour sa part confié la représentante de la Communauté israélite d'Autriche, Erika Jakubovits, qui défend les intérêts de Eva Zirkl. Le musée avait proposé un dédommagement financier mais l'héritière de Karl Mayländer avait refusé leur offre.

Le compromis «va permettre d'ouvrir une nouvelle page avec la Communauté israélite, avec qui nous partageons beaucoup d'intérêts communs, concernant notamment l'histoire des œuvres», s'est de son côté réjoui Hans-Peter Wipplinger, le nouveau directeur du musée.

Adoptée en 1998 par le Parlement autrichien, une loi a permis la restitution progressive par Vienne de quelque 10.000 œuvres issues des collections publiques et identifiées comme volées sous le Troisième Reich. Parmi celles-ci, la spectaculaire collection Rothschild, restituée dès 1999.

L'Autriche a régulièrement traîné des pieds pour restituer des œuvres réclamées par des héritiers de collectionneurs juifs, contestant parfois l'existence même d'une spoliation. En 2006, la collection Bloch-Bauer avait ainsi dû être arrachée par les ayants droit devant un tribunal arbitral.

Publié dans Articles de Presse

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