Le gangster Jo Attia, enfant de la Richardais

Publié le par Le Pays Malouin par Lisiane Bouchalais (CLP)

Le gangster Jo Attia, enfant de la Richardais

Personnage hors normes, tour à tour boxeur, collabo, déporté puis truand, membre du célèbre « gang des tractions »… Saviez-vous que le célèbre Jo Attia a vu le jour à La Richardais.

Le gangster Jo Attia, enfant de la Richardais

Sa naissance et son enfance à La Richardais

Le 10 juin 1916, à 3 heures du soir, nait, au Haut Chemin à La Richardais, un certain « Brahim, Victor, Joseph, Marie Attia », fils de Brahim Attia, un Tunisien qui reviendra marqué à vie par la Grande Guerre et de Léontine Hamoniau, une repasseuse des environs.

Dans le livre « Jo Attia, mon père «, sa fille Nicole revient sur la jeunesse bretonne de celui-ci : « Il a deux sœurs aînées, Raymonde et Denise, qui mourront de maladie à 19 et 21 ans. Sa mère, une Léontine, petite femme trapue et robuste, ne doit pas rechigner à la tâche pour pouvoir élever ses trois gosses. La première guerre terminée, le père revient, pour peu de temps. La vie des tranchées ou peut être son tempérament font qu’il est instable, insouciant. Il boit aussi beaucoup. Dès le matin, il a la tête dans le calva. À midi, son grand numéro, c’est de lancer son long couteau à larges lames contre les poutres ou les boiseries… »

Le petit Jo grandit, insouciant de ces problèmes. « Il a déjà une réputation de bagarreur : pas pour chercher la castagne, mais pour défendre ceux qu’on dérouille parce qu’ils sont plus petits, plus chétifs. Jo est déjà bien bâti. Il n’aime pas l’injustice et sait se servir de ses poings ». Sa mère décide de partir avec ses deux filles en région parisienne où elle croit trouver un travail plus facile. Jo, alors âgé de 7 ans, restera encore quelque temps à La Richardais avec sa grand-mère maternelle.

Quelques années plus tard, il sera placé chez des paysans, loin de sa Bretagne natale. « Jo a dix ans quand il tombe chez un vrai Tenardier en Isère. Pendant deux ans, son sordide patron le fait travailler comme un adulte mais le nourrit davantage de taloches que de soupe. Il rejoindra sa famille à Lyon dans un état physique lamentable : affamé, le corps marbré de coups, sale ».

La boxe et les bataillons d’Afrique

A Paris, Jo rencontre « Le Notaire », escroc et faussaire qui voit en lui un espoir de la boxe, mais qui refuse de le laisser se coucher devant un adversaire. Le Notaire en meurt et Jo raccroche les gants. En 1936, à 19 ans, Jo rejoint les Bat d’Af (Bataillons d’Afrique) à Tataouine pour y effectuer son service militaire. C’est dans cette école « du vice et du crime » qu’il rencontre Pierre Loutrel dit « Pierrot le Fou » avec lequel il se lie d’amitié.

La déportation

Durant la Seconde Guerre mondiale, Attia avait commencé à travailler pour les nazis. Il fit partie de la bande de la rue Lauriston en tant que membre de l’équipe de Charles Cazauba, lieutenant d’Henri Lafont, chef de la Carlingue (la Gestapo française). Il était en particulier chargé de la distribution de faux tickets d’alimentation. Il aurait même permis l’arrestation de tout un réseau de résistants, soit une quinzaine de personnes au total. Cependant, Attia menait un jeu trouble et semble s’être rapidement rapproché de la Résistance.

Arrêté par les Allemands, il sera ensuite déporté. Après un passage par le camp de Neue Bremen, le déporté politique « n°34483 » « à abattre à vue » bon pour le crématoire sous le triangle rouge, arrive à Mauthausen le 27 août 1943. « Il évite la mort d’un paquet de déportés plus frêles, par son courage physique et son énergie et aide, sans le savoir, ses prochains alliés, comme le futur ministre gaulliste de la Justice, Edmond Michelet, et le colonel Beaumont, futur patron du contre-espionnage, entre autres. Il eut un comportement exemplaire ».
Après la guerre, il sera décoré de la Légion d’honneur par Charles de Gaulle.

Mon fils, que tu m’en fais faire des soucis…

Sa carrière de gangster

Patron du » Gavroche » à Paris, rue Joseph-de-Maistre, à peine libéré des camps, il rejoint le « gang des Tractions avant » composé de Pierrot le Fou, Abel Danos, Georges Boucheseiche, René la Canne, Riton le tatoué et Jo Attia. Les hold-up se succédèrent à un rythme de folie, jusqu’au jour où Pierrot se blessa mortellement et fut clandestinement enterré par ses amis. Jo Attia sera aussi impliqué dans l’enlèvement de Ben Barka et dans l’affaire du colonel Antoine Argoud, opérations controversées imputées aux services spéciaux français sous l’ère gaulliste. Dans les moments difficiles qu’il devait traverser au cours de sa longue carrière de gangster, on prétend qu’il vint parfois de mettre au frais à La Richardais, notamment à la Théaudais et rue de la Paix où il aurait eu une planque.

La prison

Jo Attia fut, à plusieurs reprises, incarcéré à Fresnes durant les années soixante, à cause d’escroqueries et de menaces. Ses peines étaient assorties d’interdiction de séjour à Paris. Il fera en tout 21 ans de détention. Ses « relations » lui valurent la plus grande indulgence de la justice, d’où son surnom de « roi du non-lieu ».

Le 8 avril 1952, Jo Attia emprisonné à Fresnes depuis 1947, épouse Andrée-Marguerite Chissadon. Il a pour témoin son avocat, maître Carboni. Sa fille Nicole est présente. À l’issue des célébrations, Jo Attia est menotté, comme à son arrivée, et regagne Fresnes dans un fourgon cellulaire.

L’homme tatoué

Jo, 1.90m, est tatoué de la tête aux pieds : chaînes brisées sur les chevilles, un portrait de femme dans le dos, une guillotine sur le bras gauche et une prostituée sur le droit. On peut encore lire sur son corps : « Mauvaise tête mais bon cœur », « Fais Gaffe » et « Je t’ai vu » sur les genoux. Sur son visage, un cafard, c’est à dire trois points. Sur le poitrail, trois têtes coupées : cette représentation, nommée « Cœur de Voyou », signifiait « J’ai cru, j’ai aimé, j’ai souffert ».

La maladie

Malade d’un cancer de la gorge, il bénéficia d’une tolérance policière pour se faire soigner à l’hôpital de Villejuif. Il meurt après 5 ans de souffrance, le 22 juillet 1972, à Paris 15 ème. Il est enterré au cimetière d’Orsay.

Sources

  • Marcel Bazzoli, avocat à la cour de Paris, collection Philippe Zoummeroff ; « Mon père, Jo Attia » par Nicole Attia et wikipedia.
  • Jo Attia, dit « le boxeur », célèbre truand parisien dans les années 40 à 60.

Publié dans Articles de Presse

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