Pour les déportés oubliés du Japon, le 8 mai 1945 n'a pas arrêté les tortures

Publié le par La Dépêche

Pour les déportés oubliés du Japon, le 8 mai 1945 n'a pas arrêté les tortures
Agnès Albert Aly, soldat français de Martinique, vient d'être reconnu, 70 ans après, «Mort en déportation» dans un camp japonais en Indochine

Agnès Albert Aly, soldat français de Martinique, vient d'être reconnu, 70 ans après, «Mort en déportation» dans un camp japonais en Indochine

71 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les commémorations du 8-Mai ne concernent pas les déportés des camps japonais en Indochine, qui subirent un calvaire jusqu'en septembre 1945.

Alors qu'en France, les cloches de toutes les paroisses ont sonné le 8 mai 1945 la victoire des alliés et la capitulation de l'Allemagne nazie, l'heure n'était pas à la liesse à Hanoï et dans toute l'Indochine française. Dans le camp de Hao Binh tenu par les Japonais, alliés de l'Allemagne et en guerre contre le «péril blanc», des centaines de prisonniers français, enfermés dans des cages à tigre, ont continué jusqu'en septembre à être victimes de tortures et décapitations.

Cet épisode tragique de la guerre sort lentement de l'oubli, à la faveur, aujourd'hui, des commémorations du 8-Mai, et grâce aux efforts de François Cartigny, un expert judiciaire retraité en Lot-et-Garonne, à Escassefort.

Déshumanisés

«D'après mes estimations, 2 500 militaires et 500 civils sont morts dans les camps japonais, les prisons ou les ghettos qu'ils avaient institués après le 9 mars 45, date du coup de force du Japon contre l'Indochine française», explique François Cartigny. Seulement une estimation ? «Oui, car contrairement aux camps des Allemands où était tenu le registre des déportés, les Japonais n'établissaient pas la liste de leurs victimes : ils ne les considéraient pas comme des humains.»

Les traitements indignes qu'ils subirent en témoignent : torturés, enfermés à plusieurs dans des cages, obligés de rester assis en tailleur toute la journée sans s'adosser, nourris d'une poignée de riz par jour et d'une louche d'eau à laper, comme des chiens, les prisonniers avaient une durée de survie de quelques semaines…

«Et les morts étaient jetés à l'extérieur du camp, leur corps livré aux bêtes», poursuit l'historien d'Escassefort, devenu au fil des ans militant pour la reconnaissance des victimes des camps en Indochine.

Ses efforts viennent d'être couronnés de succès avec la mention, pour la première fois, de «mort en déportation» accordée à deux soldats de Martinique décédés en Indochine en 1945 : Agnès-Albert Aly et Onésime Vernes. D'autres devraient suivre.

71 ans après ces drames, l'honneur rendu l'est pour l'Histoire, et pour les familles. «Après la guerre, elles n'ont pas été informées des circonstances de la mort de leurs proches, ni des droits honorifiques qui leur revenaient», déplore François Cartigny.

Pour les prisonniers des Japonais, le calvaire des survivants s'est achevé le 2 septembre 1945, quand l'Empereur Hirohito a signé la capitulation du Japon. Il aura fallu deux bombes atomiques pour le décider.

A Paris, les «champs» piétonnisés

À l'occasion des festivités du 8 -mai, l'avenue des Champs-Élysées sera complètement piétonne ce dimanche. La piétonnisation de l'une des avenues les plus célèbres au monde se poursuivra après la fin des cérémonies, qui commémorent la victoire des Alliés en Europe lors de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi le souvenir du massacre de Sétif, en Algérie ou encore, cinq siècles auparavant, la libération d'Orléans par Jeanne d'Arc en 1429.

En normandie

Un mémorial pour les victimes civiles

Avec 30 millions de morts militaires pour 35 millions de morts civils, la Seconde Guerre mondiale marque un tournant : pour la première fois dans l'histoire des guerres modernes, le nombre de victimes civiles dépasse celui des morts militaires.

Longtemps cette souffrance des civils restera muette face à la sublimation du héros militaire et la nécessité de reconstruire rapidement. C'est pour rendre hommage à ces millions de civils qu'en Normandie, la Communauté de Communes du Pays de Falaise et la Ville de Falaise se sont associées pour créer un Mémorial des Civils dans la Guerre.

Situé près du château Guillaume-le-Conquérant, dans un bâtiment de la Reconstruction, ce nouveau musée qui ouvrira ses portes au public demain, le 9 mai, traitera de la vie quotidienne des populations civiles pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il s'appuiera sur un contenu scientifique exigeant, conçu par le Mémorial de Caen, et une scénographie innovante qui placera l'expérience émotive au cœur de la transmission de la mémoire.

La création de ce mémorial en Normandie s'explique aisément : la bataille du débarquement, qui débute le 6 juin 1944, a vu s'affronter, durant près de trois mois, deux millions de soldats au milieu desquels survit un million de civils. 150 000 Normands ont été contraints de quitter leurs habitations et l'on estime que 20 000 sont morts dans cette bataille, essentiellement en raison des bombardements.

Mémorial de Falaise, Normandie, tél.02.31.06.06.45. www.mémorial-falaise.fr

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