Affaire Robert Boulin : la thèse de l'assassinat politique ressurgit

Publié le par Le Nouvel Observateur par Guillaume Stoll

Affaire Robert Boulin : la thèse de l'assassinat politique ressurgit

Deux nouveaux témoignages accréditent la thèse de l'assassinat en 1979 du ministre du Travail, et non celle du suicide.

Robert Boulin, ministre du Travail, le 26 septembre 1979, un mois avant sa mort

Robert Boulin, ministre du Travail, le 26 septembre 1979, un mois avant sa mort

L’une des plus grandes affaires politico-judiciaires de la Ve République connaît de nouveaux développements potentiellement explosifs. Plus de 36 ans après la mort mystérieuse de Robert Boulin, alors ministre du Travail de Raymond Barre, de nouveaux témoins accréditent la thèse de l’assassinat politique. Ces témoignages, révélés mercredi 8 juin par "20 Minutes" et France Inter, ont été recueillis par la juge d’instruction de Versailles (Yvelines), Aude Montrieux, laquelle avait rouvert le volumineux dossier en septembre à la demande de la famille Boulin.

Le corps inanimé de Robert Boulin avait été retrouvé le 30 octobre 1979 dans un étang de la forêt de Rambouillet, près de Paris.

Une première information judiciaire avait conclu à un suicide mais la fille de l'ancien ministre a toujours été persuadée qu'il avait été assassiné alors que son nom était pressenti pour succéder à Raymond Barre à Matignon. Dans les années 1980, la famille Boulin avait déposé plainte pour homicide volontaire. Un non-lieu avait finalement été rendu en 1992.

"J’ai pensé qu’il avait été battu"

Alors, Robert Boulin s'est-il suicidé, comme le raconte la version officielle, ou a-t-il été assassiné pour l'empêcher de révéler des secrets d'Etat ? La deuxième hypothèse prend à nouveau corps. Jamais auditionné au cours de l’enquête initiale, le médecin réanimateur qui accompagnait les pompiers de Rambouillet au moment de la découverte du corps, est formel, lorsqu’il est interrogé par la juge le 19 janvier dernier :

"Tout de suite, ce qui nous a sauté à l’idée, c’est qu’il était dans l’eau mais pas dans la position d’un noyé. On avait l’impression qu’il avait été placé mort dans l’eau […] Un pompier a même fait la remarque : 'Tiens, on a l’impression qu’on l’a apporté dans une malle.' […] Il était presque à genoux. On aurait dit qu’on le sortait d’une malle. Vu sa position dans l’eau, ce n’était pas possible que ce soit un suicide. [...] Il avait des ecchymoses sur le visage, des éraflures…"

"C’est donc qu’il avait le visage hors de l’eau ?", lui demande alors la magistrate lors de son audition.

Réponse du médecin : "Oui, hors de l’eau. Ce qui n’est pas courant pour un noyé […] J’ai pensé qu’il avait été battu. J’ai vu une bagarre, un truc […]."

Las, les doutes du médecin ne seront jamais versés à l’enquête lancée à l’époque. "Nous avons été mis à l’écart tout de suite. Visiblement, nous n’étions pas les bienvenus", déplore-t-il aujourd’hui.  

Comme le souligne "20 minutes", ce témoignage corrobore les déclarations du gendarme qui avait été le premier à découvrir le corps du ministre.

Boulin aperçu dans une voiture avec deux hommes 

Un autre témoin capital semble en mesure de faire vaciller la version officielle. Cet homme, qui est probablement l'un des derniers à avoir vu en vie Robert Boulin, raconte avoir croisé la route d'une Peugeot 305 dans la petite ville de Montfort-l’Amaury, située à seulement quelques kilomètres de l’étang où a été retrouvé le corps du ministre. 

Dans ce  véhicule, le témoin dit avoir vu Robert Boulin accompagné de deux mystérieux hommes.  

"J’ai nettement reconnu le passager qui était M. Boulin. […] Il y avait le chauffeur. M. Boulin, à la droite du chauffeur et une autre personne à l’arrière. […] Ce n’étaient pas des personnes détendues et gaies. Ils avaient des visages assez fermés. […] [Les deux personnes dans le véhicule du ministre] étaient plus jeunes que M. Boulin. Ils avaient des cheveux plutôt foncés, pas blancs", raconte-il à la juge lors de son audition le 17 décembre dernier.

Et le témoin ne doute pas : 

"Je suis sûr de l’heure, de l’endroit et de la personne."

Ces deux témoignages inédits versés au dossier ne sont peut-être pas les derniers. D'autres personnes sont attendues dans le bureau de la juge d'instruction Aude Montrieux.

De quoi réjouir la fille de Robert Boulin qui se bat depuis de nombreuses années pour faire la lumière sur cette sombre affaire. Son avocate veut d'ailleurs croire que le temps fera son oeuvre : "Dans une affaire d’Etat comme celle-là, le temps qui passe permet aussi aux personnes de ne plus avoir peur de témoigner. Tout reste à dire, à faire et à révéler."

Publié dans Articles de Presse

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