Cinq ans de prison pour un ancien gardien de camp nazi

Publié le par Libération par Nathalie Versieux, Berlin, de notre correspondante

Cinq ans de prison pour un ancien gardien de camp nazi

L'Allemand Reinhold Hanning avait été en poste durant deux ans à Auschwitz

Reinhold Hanning pendant son procès devant la cour de Detmold, le 17 juin 2016

Reinhold Hanning pendant son procès devant la cour de Detmold, le 17 juin 2016

Un tribunal de Detmold, au centre de l’Allemagne, a condamné vendredi dans l’après-midi Reinhold Hanning à cinq ans de prison. Cet ancien gardien d’Auschwitz, âgé de 94 ans, a été reconnu coupable de «complicité dans l’extermination d’au moins 170 000 Juifs». «Vous avez travaillé près de deux ans à Auschwitz et avez ainsi soutenu le génocide», a estimé la juge Anke Grudda. Hanning avait travaillé dans le camp d’Auschwitz entre 1942 et 1944. Au moins 170 000 personnes sont décédées dans le camp pendant cette période.

Ouvrier d’usine, Reinhold Hanning a 18 ans lorsqu’il s’enrôle chez les Waffen SS. Blessé au front, il est muté à Auschwitz en 1942, en charge de la garde du camp. Son unité se rend également régulièrement à Birkenau (la partie du camp où se trouvaient les chambres à gaz) à l’arrivée de nouveaux convois de prisonniers. La plupart des détenus sont envoyés dans les chambres à gaz dès leur descente du train. Hanning a bien reconnu avoir travaillé à Auschwitz mais a toujours nié avoir participé à l’assassinat des prisonniers.

Repentance

L’ancien gardien, mutique et comme absent de son procès lors des premières audiences, a fini par écouter avec attention les récits poignants des nombreux témoins – survivants ou descendants de survivants – venus des Etats-Unis, du Canada ou d’Israël. Dans une confession de 25 pages lue fin avril par ses avocats, il a finalement fait preuve de repentance, à la différence des autres vieillards jugés au cours des dernières années pour des faits similaires. «J’ai honte d’avoir laissé cette injustice se produire et de ne rien avoir fait pour l’empêcher», écrit l’ancien soldat, ajoutant n’avoir «jamais pu parler d’Auschwitz ni à ma femme, ni à mes enfants, ni à mes petits-enfants». Hanning assure avoir à deux reprises demandé à être envoyé au front pour «échapper à ce cauchemar», décrivant l’exécution des prisonniers et le fonctionnement des chambres à gaz.

Longtemps, la justice allemande s’est désintéressée des anciens gardiens de camp. La Cour fédérale de justice avait estimé en 1969 que la simple appartenance au personnel des camps ne pouvait suffire pour justifier une condamnation. La participation personnelle de l’accusé à un crime spécifique devait être prouvée.

«Petits rouages»

Les choses ont changé avec le procès de John Demjanjuk, ancien gardien du camp de Sobibor condamné en 2011 à la prison ferme et décédé en détention. «Avec ce verdict, la justice allemande estimait que la machinerie de l’Holocauste n’aurait pu fonctionner sans tous les petits rouages» qu’étaient les gardiens de camp, explique Jens Rommel, chef de la cellule de Ludwigsburg, créée en 1958 pour traquer les anciens nazis.

En 2015, Oskar Gröning, ex-comptable d’Auschwitz, avait été condamné à quatre ans de prison pour complicité dans l’assassinat de 300 000 personnes.

Deux autres procès pourraient avoir lieu dans les prochains mois, contre un ancien gardien et une ancienne télégraphe d’Auschwitz. La centrale de Ludwigsburg enquête par ailleurs toujours contre plusieurs anciens gardiens des camps de Bergen-Belsen, Neuengamme et Stutthof.

Publié dans Articles de Presse

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