Enseigner la Shoah aux profs

Publié le par La Dépêche recueilli par Gérald Camier

Enseigner la Shoah aux profs

Enseignement et formation - Université d'été

Marie Vaislic, déportée à l'âge de 14 ans

Marie Vaislic, déportée à l'âge de 14 ans

Elle ne pourra être présente à l'université d'été organisée durant trois jours à Toulouse par le Mémorial de la Shoah et l'académie de Toulouse, mais Marie Vaislic, déportée à l'âge de 14 ans, ne cesse de dire l'indicible dans les collèges et les lycées.

Elle s'appelait alors Marie Rafalowitch. Une jeune fille âgée de 14 ans, qui ignorait qu'elle était juive, fille de deux émigrés polonais, lorsqu'elle est montée dans le convoi 81, le 30 juillet 1944, en gare Raynal à Toulouse, la gare marchandise de la gare Matabiau. Elle vivait dans une ferme du Tarn-et-Garonne avant d'être dénoncée par un voisin à la Gestapo. Elle fut déportée dans deux camps allemands où elle «a côtoyé la mort» durant dix longs mois, d'abord à Ravensbrück puis dans le camp d'extermination de Bergen-Belsen où l'armée britannique la libère le 15 avril 1945. Elle avoue avoir mis plus de cinquante ans avant de raconter son histoire, mais c'est devenu à ses yeux une obligation de mémoire. Elle est souvent sollicitée par le Mémorial de la Shoah à Paris – «Et pas assez à Toulouse !», regrette-t-elle – pour témoigner devant des collégiens et des lycéens.

Quand vous intervenez devant des collégiens et des lycéens, vous ne racontez que votre histoire personnelle ?

Oui. Nous sommes tous les deux, mon mari et moi. Lui a eu un autre parcours que le mien puisqu'il a été déporté pendant deux ans à Auschwitz-Birkenau. Mais je raconte tout ce que j'ai vu. Il fut un temps, j'avais un peu oublié, alors que progressivement, maintenant, tout est revenu. Je suis aussi revenu deux fois à Bergen-Belsen, la dernière fois il y a trois ans quand j'ai écrit mon livre. C'était le camp où je pensais ne plus jamais ressortir. Où j'étais à deux doigts que ma vie se termine. J'ai voulu revoir ce camp. Mais ce qui est terrible, c'est qu'il n'y a rien à voir. Le camp a été brûlé au lance-flammes par les Anglais qui m'ont libérée. On ne peut pas oublier. Je vais vous dire mon matricule : le 49 595, ce qui signifie que 49 595 personnes étaient déjà entrées dans le camp avant moi.

Comment réagissent les élèves en vous écoutant ?

Ils sont très intéressés, mais à une condition, c'est ce que j'ai remarqué : c'est que le travail des professeurs d'histoire soit passé avant nous. Pour qu'ils soient bien préparés à recevoir nos paroles. Aujourd'hui, ils sont encore plus réceptifs lorsque mon mari parle d'Auschwitz, de tout ce qu'il a vu et il est très émotif. Il est resté tout seul de toute sa famille, on le sent dans sa voix. Ce que moi j'ai souffert, ils n'ont pas besoin de le savoir ou d'une manière superficielle. Lors de la dernière intervention au Mémorial, tous les enfants d'une école catholique ont écrit des mots formidables. Qu'ils avaient été touchés par nos propos, mais je ne veux pas me laisser aller sur le chemin de l'émotion.

Vous avez confié être plus sollicitée par le Mémorial de la Shoah à Paris que par l'académie de Toulouse ?

Oui, c'est vrai, mais je ne sais pas pourquoi. Mais cela va changer. Comme je fais partie de l'association du camp de Bergen-Belsen, qui nous a aidés à faire un DVD où je témoigne avec neuf personnes qui ont vécu la libération du camp, j'ai rencontré des personnes à la mairie de Toulouse, au conseil départemental, au conseil régional et de l'académie de Toulouse dans l'objectif de diffuser ce DVD. Nous serons donc invités à présenter ce DVD lors de la prochaine commémoration au musée de la Résistance en présence d'enseignants.

L'antisémitisme, toujours présent, vous inquiète ?

C'est quelque chose que je ne comprends pas. Comment les gens peuvent être à ce point fermés, avec tout ce qui s'est passé. Quand on voit ce qui se passe dans le monde, c'est à croire qu'ils n'ont rien compris. Comme si nous étions allés dans ces camps pour rien.

Première université d'été

Aujourd'hui et jusqu'à mercredi au lycée Saint-Sernin à Toulouse, le Mémorial de la Shoah à Paris et l'académie de Toulouse organisent la première université d'été sur l'enseignement de la Shoah, le génocide des Juifs, à l'adresse des professeurs de lycée. La question du rôle de l'école dans la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, plus que jamais d'actualité, sera entre autres abordée à travers les interventions de Gilles Clavreul, délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme. Ce séminaire réunira, durant trois jours, universitaires, inspecteurs pédagogiques régionaux, formateurs et enseignants issus des académies de Toulouse, Bordeaux et Montpellier.

Publié dans Articles de Presse

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