Une dispute aurait pu compromettre le Jour J

Publié le par L'Essentiel

Une dispute aurait pu compromettre le Jour J

Selon des documents déclassifiés mercredi au Royaume-Uni, la femme d'un agent double clé aurait pu faire rater le débarquement en Normandie.

Juan Pujol Garcia a dû contenir les velléités de sa femme

Juan Pujol Garcia a dû contenir les velléités de sa femme

Juan Pujol Garcia, nom de code «Garbo», était une des pépites du MI5, le service de renseignements intérieur britannique. «Le plus grand agent double de la Seconde Guerre mondiale, et peut-être de tout le XXe siècle», estime même l'historien britannique, Christopher Andrew. L'espion était à ce point efficace que le régime hitlérien lui a remis la Croix de fer.

Garbo s'est notamment illustré au cours de la vaste campagne de désinformation organisée pour tromper les Allemands quant au lieu et à la date choisis pour le débarquement du 6 juin 1944. Il leur avait transmis des informations indiquant que la Normandie «était une opération de diversion à grande échelle» et que le jour J se déroulerait en fait dans le Pas-de-Calais (nord de la France), écrit Tomas Harris, l'agent britannique chargé de son suivi, dans une note du 13 juin 1944 figurant parmi des documents rendus publics mercredi par les archives nationales britanniques.

«Extrêmement émotive et névrotique»

Il était même allé jusqu’à manipuler sa propre femme afin qu’elle ne fasse pas tomber sa couverture. Araceli Gonzalez, s’ennuyant à mourir à Londres, demandait sans cesse à rentrer au pays allant même, le 21 juin 1943, menacer son mari de le quitter et de se rendre à l'ambassade d'Espagne pour révéler ses activités au régime franquiste. Plus tard, un agent du MI5 la découvre «assise dans sa cuisine, les robinets de gaz grand ouverts».

Tomas Harris raconte comment Garbo monte alors un plan digne de sa réputation. Il fait croire à sa femme «extrêmement émotive et névrotique», qu'il a été arrêté en raison de son comportement, afin de la calmer et de l'empêcher de recommencer. Elle est même conduite dans un camp réservé aux interrogatoires pour rendre visite à Garbo et présentera ses excuses deux jours plus tard, jurant de ne «jamais faire quoi que ce soit qui puisse compromettre» son travail. «L'ingéniosité extraordinaire avec laquelle il a conçu et mené à bien ce plan a peut-être sauvé une situation qui aurait pu autrement se révéler ingérable», souligne Tomas Harris.

Après la guerre, l'espion se rend en Angola, simule sa mort, et part recommencer une nouvelle vie au Venezuela, où il meurt en 1988.

Publié dans Articles de Presse

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