Massacre de Maillé : l'enquête classée sans suite

Publié le par La Nouvelle République par Raphaël Chambriard

Massacre de Maillé : l'enquête classée sans suite

Faute de disposer d’accusés et de preuves, la justice allemande ne peut donner de suite à l’enquête sur Maillé. Après plus de douze ans de recherches.

Le 25 août 1944, jour de la Libération de Paris, 123 personnes ont été tuées à Maillé et des bâtiments incendiés par des soldats allemands.

Le 25 août 1944, jour de la Libération de Paris, 123 personnes ont été tuées à Maillé et des bâtiments incendiés par des soldats allemands.

Au malheur s'ajoute le silence : après plus de douze ans d'investigations sur le massacre du 25 août 1944 (jour de la Libération de Paris) de Maillé, en Indre-et-Loire en limite de la Vienne, la justice allemande vient de classer l'affaire sans suite. Elle enquêtait pour 32 parties civiles représentées par Me Marc Morin, du barreau de Tours, pour que ce crime finisse par livrer sa vérité, et, accessoirement, des noms.

Pour ce faire, les survivants et leurs familles ont suivi les recherches menées par la justice allemande car en Allemagne, les crimes de guerre, tout comme les crimes contre l'humanité, sont imprescriptibles, quand, en France, ils sont prescrits après trente ans. Une législation qui montre que l'Allemagne ne cherche pas à protéger ses anciens criminels nazis.

Dans son courrier à Me Morin, le parquet compétent, basé à Dortmund, écrit : « Aucun auteur encore en vie n'ayant pu être identifié, j'ai classé l'enquête sans suite […] » Le plus précisément possible, il revient sur le drame pour estimer entre 60 et 100 le nombre de soldats incriminés, « appartenant à des unités non identifiées à ce jour. » Une différence importante par rapport à Oradour-sur-Glane où le rôle de la division SS Das Reich a été clairement établi. « Sur les 14 inculpés pour participation au massacre de Maillé mentionnés sur une liste faisant partie des documents de la Commission des crimes de guerre des Nations Unies du 8 janvier 1945, quatre ont pu être identifiés ; ils étaient toutefois soit décédés, soit tombés durant la Seconde Guerre mondiale, poursuit le parquet. Les autres n'ont pu être identifiés. »

"Aucun auteur encore en vie n'a pu être identifié "

Lors de ses investigations, le magistrat allemand a néanmoins établi une liste de 11 unités présentes dans le secteur, près de Saumur et de Tours, en août 1944. Le nom de la 17e division de SS, souvent citée, revient. Mais « les enquêtes n'ont révélé aucun indice qui permettrait d'affirmer que la 1. Batterie SS-Flack Abteilung 17 a participé au massacre de Maillé. » « Pour les enquêtes qui ont porté sur d'autres crimes commis à Châtellerault et ses environs ainsi que dans le département de la Vienne et de la Charente, l'identification des auteurs des crimes n'a pas été possible non plus. Les survivants identifiés des unités y ayant éventuellement participé n'ont pu faire aucune déclaration sur les crimes. Ils ont nié toute participation aux crimes. L'appartenance à l'unité concernée ne suffit pas à prouver une participation aux crimes, d'autant plus qu'il n'est pas certain que l'unité ait participé à l'assassinat des Français. D'autres moyens de preuve ne sont pas établis. »

Au nom des victimes, Me Morin va entamer un recours devant le parquet général à Hamm (Rhénanie du Nord-Westphalie), en lien avec un cabinet allemand. Une dernière chance pour faire la lumière sur ce drame peu connnu en France. « Notre conviction et notre espoir est qu'un survivant pris de remords au soir de sa vie parle, témoigne. En raison de son grand âge, il n'ira pas en prison mais au moins, un procès pourrait avoir lieu, pour porter la parole des victimes, et ne jamais oublier », espère Me Morin.

en savoir plus

Maire de Maillé, Bernard Eliaume a suivi chacune des étapes de l'enquête de la justice allemande mais aussi les recherches journalistiques. Un documentaire, « Un crime sans assassin », avait été tourné par Christophe Weber. Le maire se souvient aussi d'un article publié dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung et d'une conférence à Stuttgart, à laquelle ont assisté des policiers allemands. Ces éléments ont servi au procureur allemand de Dortmund pour se lancer dans des investigations. Il était même passé par le parquet français, dans le cadre d'une commission rogatoire internationale, pour des auditions.

Publié dans Articles de Presse

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