Paul Lombard, chef d’orchestre de la plaidoirie s’est éteint

Publié le par La Marseillaise par Maëva Gardet-Pizzo

Paul Lombard, chef d’orchestre de la plaidoirie s’est éteint

L’éloquent avocat marseillais, dont la voix pour une justice plus humaine raisonne encore dans nombre de mémoires, est mort dimanche à l'âge de 89 ans.

« Loin des yeux, loin du cœur est un adage stupide », écrivait le ponte dans son Dictionnaire amoureux de Marseille

« Loin des yeux, loin du cœur est un adage stupide », écrivait le ponte dans son Dictionnaire amoureux de Marseille

«Avec le décès de Paul Lombard, Marseille et son barreau perdent l’une de leurs grandes voix. », a déclaré le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin à l’annonce du décès de l’avocat marseillais, dimanche, à l’âge de 89 ans. « Paul Lombard a associé son talent oratoire à bon nombre des plus grands dossiers judiciaires de la fin du XXème siècle. Amoureux de notre ville où il est né et dont il fut longtemps l’un des ténors, il s’en fit toujours l’avocat » a-t-il ajouté, rendant hommage à un chef d’orchestre de la plaidoirie que la cité phocéenne n’est pas près d’oublier.

Marseille. C’est là que Paul Lombard naît en 1927 et qu’il forgera ses armes, faites de douceur et de conviction. Après avoir étudié au lycée Thiers, Me Lombard se lance en 1952 dans la carrière d’avocat qui fera de lui un ténor du barreau. Le métier d’avocat est pour lui une évidence. « J’ai beau réfléchir, à aucun moment je n’ai eu envie de faire un autre métier » confiera-t-il.

« Le sang se lave avec les larmes, non avec le sang »

Le droit à la défense pour tous orchestre sa vie. Selon lui, « un procès sans défense est une forme endimanchée de vengeance ». Il met son éloquence au service d’une justice plus humaine où la peine de mort n’a pas sa place. En 1976, il est l’un des avocats de Christian Ranucci dans la célèbre affaire du pull-over rouge. Il se lance alors dans une mémorable plaidoirie  : «N’écoutez pas l’opinion publique qui frappe à la porte de cette salle. Elle est une prostituée qui tire le juge par la manche, il faut la chasser de nos prétoires car, lorsqu’elle entre par une porte, la justice sort par l’autre (…). Le sang se lave avec les larmes, non avec le sang. Tant que la peine de mort existera, la nuit régnera dans la cour d’assises. » Las, sa plaidoirie ne suffit pas à arrêter la lame de la guillotine s’abattant sur la nuque de Ranucci, ce matin du 28 juillet 1976, à la prison des Baumettes. Face caméra, l’avocat qui a accompagné l’homme jusqu’à son dernier souffle raconte alors : « Je me souviens des bruits horribles qui viennent saigner le silence. Un premier bruit. Sourd. C’est le corps du supplicié que l’on met en place. Un second bruit de catastrophe. C’est le couteau qui s’abat. Et puis, peut-être le plus atroce, le bruit du sceau d’eau que l’on lance sur la machine pour laver le sang du jeune homme ».

Le dernier monstre sacré

Sa posture droite, ses mains qui s’agitent, son regard bleu et perçant, sa façon d’espacer les mots pour mieux les faire résonner : tout est au service de ce qu’il défend. « Paul était le dernier monstre sacré du barreau, assure Me Gilles-Jean Pontejoie, ami de Paul Lombard. Il incarnait l’éloquence, la seule qui vaille, c’est-à-dire l’éloquence de la séduction. ».

La carrière du ténor est rythmée par une série d’affaires qui marqueront l’histoire judiciaire : les affaires du petit Grégory, Albertine Sarrazin ou encore Fourniret-Olivier. Homme de culture, il s’occupe également de la succession de grands peintres tels que Picasso, Bonnard ou Chagall. Après plus de soixante années de métier, il laisse le souvenir d’un homme brillant et raffiné. Me Baratelli, son associé, le décrit comme « un des plus grands avocats qui alliait plusieurs passions : la plaidoirie et la littérature, l’histoire et le droit.»

Celles-ci ont nourri une dense bibliographie sur la justice, mais aussi sur Marseille pour laquelle il éprouve un amour que ses années parisiennes n’ont su altérer.

Dans son Dictionnaire amoureux de Marseille, « ville insoumise et insolente », il écrit : « Loin des yeux, loin du cœur est un adage stupide. L’éloignement n’est pas le dissolvant de l’amour, mais sa cristallisation. Il permet de résister aux foucades du cœur et des modes ».

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