Thierry Lévy, mort d'un géant du barreau

Publié le par Le Point par Aziz Zemouri

 Thierry Lévy, mort d'un géant du barreau

Le célèbre avocat pénaliste, qui a notamment défendu Patrick Henry, est mort lundi à l'âge de 72 ans. "Un modèle pour toutes les générations", selon Jérémie Assous.

 Thierry Lévy, mort d'un géant du barreau

Il avait prononcé l'éloge funèbre de Jacques Vergès. L'avocat Thierry Lévy, qui a mené un demi-siècle de combat pour la dignité de l'homme quel que soit son statut social, est décédé lundi 30 janvier des suites d'un cancer, selon Le Monde. « C'était l'incarnation de l'indépendance », a déclaré maître Jérémie Assous, qui a partagé plusieurs dossiers avec son éminent confrère. « Un modèle pour toutes les générations », a ajouté la robe noire de 39 ans.

Pour Arnaud Montebourg, qui avait débuté sa carrière d'avocat au cabinet de Thierry Lévy : « C'était un très grand avocat. Un immense orateur. Il m'a appris le courage professionnel et philosophique. Il fut mon seul et unique patron dans mon métier. Je lui dois tout ce que j'ai pu apprendre dans mon travail. » C'est Thierry Lévy qui l'avait mis en contact avec une partie civile de l'affaire Carrefour du développement, une des premières affaires politico-financières du premier septennat de François Mitterrand.

« Il dégageait une image un peu autoritaire, un comble pour un anarchiste ! »

Thierry Lévy était l'un des derniers avocats du barreau de Paris à avoir assisté à une exécution capitale. En 1972, il avait accompagné Claude Buffet à la guillotine installée dans la prison de la Santé à Paris. Son client avait été déclaré coupable avec son complice Roger Bontems de deux meurtres lors d'une tentative d'évasion à la centrale de Clairvaux.

Connu des professionnels de la Justice, tous métiers confondus, il avait acquis une nouvelle notoriété grâce à Frédéric Taddéi, sur le plateau de Ce soir ou jamais, l'émission diffusée sur France 3. Une partie de l'opinion avait pu découvrir les convictions de l'avocat à la voix gutturale. « C'est un choc. C'était un homme délicieux, pas uniquement un grand avocat. Son livre le plus personnel Lévy oblige (Grasset) est un chef d'œuvre. Derrière son apparence austère, il faisait preuve d'un humour sans pareil. Il dégageait une image un peu autoritaire, un comble pour un anarchiste ! » a expliqué l'animateur.

Hostile au tout-sécuritaire

Réfractaire à la dernière pensée à la mode, il était hostile à la fois au tout-sécuritaire, à la victimisation comme à la « bouc-émissarisation », il est allé jusqu'à réclamer l'abrogation de la loi Gayssot au nom de la liberté d'expression. Comme Jacques Vergès, il ne reculait pas devant les causes « désespérées ». « Quand Patrick Henry l'a sollicité, il a répondu oui pour le défendre alors qu'un autre ténor avait refusé », se souvient Dominique Rizet, célèbre chroniqueur judiciaire et consultant à BFM. « Il ne disait jamais non a priori. Il était même prêt à défendre Salah Abdeslam [le suspect-clé des attentats de Paris et Saint-Denis, NDLR]. »

Thierry Lévy menait également un combat pour améliorer les conditions de détention – il a dirigé l'Observatoire international des prisons (OIP) – et refusait par principe de défendre des parties civiles dans les affaires criminelles. « Il était hostile à la perpétuité réelle et contre les peines tunnels », se rappelle un jeune retraité de la magistrature.

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