Biographie. Jorge Semprún, le vrai du faux

Publié le par Julie Clarini, Journaliste au Monde

Biographie. Jorge Semprún, le vrai du faux

Soledad Fox livre une classique enquête sur l’auteur espagnol de langue française, essayant de démêler la vie vécue de l’invention.

Jorge Semprún. Jeanne Detallante

Jorge Semprún. Jeanne Detallante

Rien n’est plus malaisé, pour le biographe, que l’artiste qui est passé maître dans l’art de se raconter et qui, ce faisant, a pris soin de brouiller les pistes. Avec Jorge ­Semprún (1923-2011), remarque Soledad Fox, « nous en savons beaucoup sur ce qu’il a dit avoir fait, mais très peu sur ce qu’il a réellement fait, ou sur ses motivations ». L’auteur espagnol de langue française, qui connut la consécration avec L’Ecriture ou la vie (Gallimard, 1994), fut tour à tour exilé, résistant, déporté à Buchenwald, témoin, militant communiste, espion, avant d’embrasser une carrière de ministre de la culture en Espagne.

Ne se laissant pas séduire par cette vie d’aventures, en effet romanesque tant elle mêle audace et brio, l’auteure, directrice d’un centre de recherches au Williams College, aux Etats-Unis, restitue avec sérieux le résultat de ses propres enquêtes. Classique, l’ouvrage suit les grandes étapes de l’existence de Semprún, depuis le départ de Madrid, avec sa famille, en 1936, à la déception sur laquelle se clôt son expérience politique dans le gouvernement de Felipe Gonzalez, et son retour à Paris.

Questions épineuses

Entre-temps, il aura été ce jeune homme à la beauté fulgurante, formé à la philosophie, qui s’engagea dans la Résistance, survécut au camp de concentration et fut envoyé comme agent clandestin du Parti communiste en Espagne, puis qui devint, dans les années 1960, un écrivain talentueux, notamment inspiré par l’expérience concentrationnaire (Le Grand Voyage, Gallimard, 1963). L’enchevêtrement entre la vie vécue et l’invention, Semprún semblait parfois l’assumer pleinement, parfois le contester radicalement.

Peu enlevée, la biographie de Soledad Fox aborde néanmoins avec honnêteté les questions épineuses posées par les récits de l’écrivain et son rapport à la vérité, ne laissant par exemple planer aucun doute sur son rôle dans l’exclusion du PCF, en 1950, de ses camarades Marguerite Duras, Dionys Mascolo et Robert Antelme.

Publié dans Articles de Presse

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