73e anniversaire du D-Day. Jean Beck se souvient du 6 juin 1944 à la pointe du Hoc, il y était !

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73e anniversaire du D-Day. Jean Beck se souvient du 6 juin 1944 à la pointe du Hoc, il y était !

En 1944, Jean Beck avait 19 ans. Il raconte la guerre telle qu’il l’a vécue à la pointe du Hoc, depuis la ferme de ses parents. 73ans après, il s’en souvient comme si c’était hier.

Jean Beck coiffé d’un Stetson offert par un Américain en visite dans les années 70. En haut : les Allemands ont réquisitionné le château Saint-Pierre pendant plus de deux ans, laissant juste une pièce à la famille Beck. En bas : Jean Beck et son épouse, Christiane.

Jean Beck coiffé d’un Stetson offert par un Américain en visite dans les années 70. En haut : les Allemands ont réquisitionné le château Saint-Pierre pendant plus de deux ans, laissant juste une pièce à la famille Beck. En bas : Jean Beck et son épouse, Christiane.

Sur une carte postale montrant une vue aérienne de la pointe du Hoc et ses trous de bombes caractéristiques, Jean Beck, 92 ans, pose son doigt sur une petite tache blanche à l’arrière. C’était la ferme de son père, le château de Saint-Pierre, à 600 mètres à vol d’oiseau de la batterie allemande.

Jean Beck se rappelle de ce matin de 1940 où un camion pénétra dans la cour. À son bord, cinq Allemands armés de mitraillettes. « Ils arrivent dans la cuisine où j’étais avec ma grand-mère, je revois encore son bonnet de coton blanc. Et voilà qu’ils nous demandent de leur faire un repas avec une cannette et des frites ! Ma grand-mère s’en va plumer un canard rouennais. On leur sert le repas avec du cidre… Ils sont partis très correctement en payant ! », s’étonne encore Jean Beck qui précise qu’ils n’étaient pas des SS, et qu’ils se montraient toujours polis, payant le lait et les œufs…

Bombardements et batailles volantes

    « C’était trois ou quatre mois avant le jour J : Jean Beck n’oubliera jamais cette fois où, en compagnie de son ami Ernest, ils ont entendu un vrombissement : « c’était une douzaine de forteresses qui arrivaient en plein jour ! Il faisait un ciel magnifique ! Derrière eux des petits points noirs… on les croyait escortés par des chasseurs… mais c’étaient des bombes qu’ils larguaient sur la pointe du Hoc ! »

Jean Beck a vu des combats aériens entre la Royal Air Force et les Allemands juste au-dessus de la mer, vers l’ouest. Il raconte cette fois où il labourait avec sa charrue Brabant le long des falaises : « Il y a eu un des avions qui a piqué au raz de la mer et remonté juste au-dessus de la falaise. De peur, les chevaux sont partis avec la charrue, je me suis mis à plat ventre. Je me rappelle très bien, c’était à quelques mètres, j’ai vu les herbes hautes d’à peine 20 cm se coucher, l’avion est passé au-dessus de ma tête, il n’y avait pas deux mètres ! plutôt que de la peur, j’ai ressenti de l’excitation d’avoir vu ça ! ».

Le jour du 6 juin 1944

Cette nuit-là, Jean Beck est réveillé par son père : « Il y a le feu à la pointe du Hoc ! ». Ils se réfugient tous dans le pressoir, il faisait à peine jour. « En sortant dans la cour, il y avait une incroyable odeur de poudre. Il n’y avait plus de toiture, le désastre ! Tout était détruit par les éclats de bombes. On a dû abattre un veau blessé, on a vu notre belle percheronne blanche avec laquelle je labourais, éjectée par-dessus la haie. J’ai vu un éclat passer à trois mètres de moi, roussissant l’herbe en faisant le bruit d’un couteau qui fend l’air ! ».

    « Après les bombardements, la famille reprend ses esprits devant un café dans la cuisine… lorsque soudain cinq Rangers y font irruption avec des mitraillettes. « Je n’oublierai jamais leurs yeux ! ils criaient German ! German ! On a levé les mains ! ils se sont adoucis en nous voyant. Ils ont pris du café avec un petit coup de calva et sont repartis ».

Il faudra cinq longues années de travaux avant que la famille Beck puisse réintégrer la ferme. 

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