Affaire Grégory : l'ex-juge Lambert retrouvé mort à son domicile

Publié le par Yohan Blavignat

Affaire Grégory : l'ex-juge Lambert retrouvé mort à son domicile

Premier juge d'instruction de l'affaire Grégory, l'ancien magistrat âgé de 65 ans avait été la cible des médias pour sa gestion de l'enquête. Il a été retrouvé mort par asphyxie à son domicile du Mans. Il s'agirait d'un suicide.

Affaire Grégory : l'ex-juge Lambert retrouvé mort à son domicile

Connu pour avoir été entre 1984 et 1987 le premier juge d'instruction dans l'affaire Grégory - qui vient d'être relancée plus de trente ans plus tard -, l'ancien magistrat Jean-Michel Lambert a été retrouvé mort mardi soir à son domicile du Mans. Selon des sources proches du dossier, confirmant une information du Parisien, son corps a été retrouvé dans son bureau avec un sac plastique noué sur la tête à l'aide d'un foulard. La police judiciaire d'Angers a été saisie et le parquet du Mans a ouvert une enquête pour déterminer les circonstances du décès.

Il y a «peu de place au doute» sur le fait que ce décès, soit un suicide, a déclaré mercredi à l'Agence France-Presse, une source proche de l'enquête. Selon cette même source, une autopsie doit avoir lieu.

D'après les premiers éléments de l'enquête, le corps de l'ancien magistrat de 65 ans a été découvert par une voisine alertée par son épouse qui, depuis la veille, n'avait plus de nouvelle de lui. Les premières constatations n'indiquent aucune trace d'effraction ou de lutte dans son appartement. Aucune lettre n'a été retrouvée au domicile, selon une source proche du dossier.

Surnommé «le petit juge», Jean-Michel Lambert était âgé de 32 ans lorsque, le 16 octobre 1984, le cadavre du petit Grégory, 4 ans, fut retrouvé ligoté dans la Vologne. Il s'agissait de son premier poste. Propulsé sous les projecteurs, il a longtemps été désigné comme l'un des responsables du fiasco judiciaire de l'une des énigmes criminelles les plus marquantes en France, avant de retomber dans l'anonymat des prétoires et de se consacrer à l'écriture.

«Par amour de la justice»

L'avocat des époux Villemin, Me Thierry Moser, s'est déclaré mardi soir «catastrophé» en apprenant la nouvelle. «Je garderai de lui le souvenir d'un homme qui a été confronté à un dossier difficile, qu'il n'a pas su maîtriser, et qui a été pris dans un vertige irrépressible», a-t-il ajouté. «Quelles que soient les causes de ce qui semble être un suicide, je n'ai aucune animosité envers lui. Je critique les conclusions qu'il a tirées de son instruction mais je ne critiquerai jamais l'homme», a poursuivi Me Moser, qui défend depuis le décès de Grégory les intérêts des parents de l'enfant, Jean-Marie et Christine Villemin. Cette dernière, inculpée et écrouée par le juge Lambert, avait été innocentée dans les années 1990.

D'une personnalité souriante et affable, l'ex-magistrat ne s'attardait que rarement sur l'affaire Grégory. En 2014, alors jeune retraité, il s'était confié «une dernière fois» au Figaro sur cette enquête qui a marqué sa vie. S'il ne s'était pas appesanti sur les critiques des médias lui reprochant d'avoir bâclé l'enquête et commis plusieurs erreurs de procédure menant à l'annulation de certaines pièces du dossier, il tenait à rappeler qu'il était le seul juge d'instruction sur Épinal (Vosges) et qu'il n'avait jamais eu autant de dossiers à traiter: «229 exactement. Grégory était le 180.»

Depuis, il tentait de tourner la page. La course à pied et l'écriture de romans policiers l'ont aidé à se reconstruire. «J'ai rédigé des milliers d'ordonnances, des milliers de jugements, ma vie ne se résume pas à l'affaire Grégory», indiquait-il, même s'il reconnaissait y penser régulièrement.

Jean-Michel Lambert était devenu magistrat «par amour de la justice», disait-il. Une justice qui a relancé ces dernières semaines cette affaire à laquelle son nom était souvent rattaché.

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