Claude Rich, disparition d'un monstre sacré

Publié le par La Dépêche

Claude Rich, disparition d'un monstre sacré
Claude Rich et son épouse Catherine lors de la 38e soirée des César en février

Claude Rich et son épouse Catherine lors de la 38e soirée des César en février

Sourire gourmand, parfois féroce, œil malicieux… disparu jeudi soir, Claude Rich incarnait l'élégance et appartenait au cercle fermé des comédiens faisant «partie de la famille».

Il passait souvent à la maison après dîner, le dimanche. Juvénile génie de l'insolence, Claude Rich surgissait ainsi régulièrement dans la télé du salon, au milieu des Tontons. Des Tontons Flingueurs, évidemment. En quête de l'«anti-accord absolu», il était le toujours fulgurant Antoine Delafoy face à Monsieur Fernand de Montauban. Bref, Celui là-même qui commençait à «les briser menues» à Lino Ventura. Dire la valeur du monstre en devenir, accédant à la notoriété.

Répliques cultes d'Audiard dont il distillait les piques avec l'élégance du fleurettiste face au catcheur, port de jeune premier déjà assorti de ce sourire inimitable, cet œil pétillant, cet humour ravageur à voix de velours, cette distance pince-sans-rire… Les Tontons… La première image qui revenait, hier, en apprenant la mort à 88 ans de Claude Rich «des suites d'une longue maladie» et en tentant de remonter le temps, afin de situer le moment où, au fil de ses multiples rôles de gendre, de père, d'inspecteur, de général, de cardinal, de duc, de président ou… de druide Panoramix en Mission Cléopâtre, il était devenu «de la famille», au fil des générations.

Au théâtre dans une cinquantaine de pièces comme au cinéma, dans 80 films. Tout en se demandant si ce n'était pas plutôt avec le Martin d'Oscar ou le médecin-major du Crabe Tambour qu'on en avait fait un familier. Claude Rich… Comédien et géant qu'on n'avait en fait jamais vu vieillir.

Mûrir. Blanchir. Et arpenter ces rôles complexes qu'offre l'âge. Oui. De Lautner à Bonitzer en passant par Molinaro, Resnais, Truffaut, Schoendoerffer, Tarvernier, Blier ou Scola, entre autres grands. Mais pas vieillir, justement du fait de son œil et de son sourire. à jamais espiègles et aristocratiques, mais avec ce je-ne-sais-quoi d'inquiétant pouvant aller jusqu'au diabolique.

Car s'il jouait avec une visible délectation les grands méchants de comédie, en Clovis de Crassac dans La Fille de d'Artagnan, il pouvait aussi être un salaud redoutable en Bonny, dans L'Affaire Stavisky.

Passionné d'histoire, Claude Rich avait aussi collectionné les grands personnages à l'instar de Talleyrand dans Le Souper qui lui avait valu un César en 1993, de Mazarin au théâtre dans Le Diable rouge ou encore de Léon Blum, Galilée et Voltaire à la télévision. «Immense acteur, par l'élégance et l'intelligence de son jeu», a résumé la ministre de la Culture, Françoise Nyssen.»

La bande du conservatoire

Claude Rich était un homme de théâtre ayant su servir le répertoire, le répertoire anglais, notamment avec Pinter et qui, auteur, avait aussi écrit et joué ses propres pièces, mais il était aussi indissociable de «la bande des six» avec laquelle il avait appris le métier, celle du Conservatoire national d'art dramatique où il était inséparable de Jean-Paul Belmondo, Pierre Vernier, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Michel Beaune et Bruno Cremer, disparu il y a sept ans cet été.

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