Jean-Michel Lambert : le "petit juge" de l’affaire Grégory

Publié le par Blandine Costentin

Jean-Michel Lambert : le "petit juge" de l’affaire Grégory

Jean-Michel Lambert a été retrouvé mort mardi 11 juillet à son domicile de la Sarthe. A jamais connu comme "le petit juge" de l’affaire Grégory, relancée depuis juin 2017, il était régulièrement désigné comme l’un des responsables du fiasco judiciaire.

 Le juge Lambert pendant l'enquête sur l'assassinat de Grégory Villemin. © Maxppp - Archives Le Républicain lorrain

Le juge Lambert pendant l'enquête sur l'assassinat de Grégory Villemin. © Maxppp - Archives Le Républicain lorrain

Le corps du juge Jean-Michel Lambert a été retrouvé au soir du mardi 11 juillet, chez lui, au Mans. Il avait un sac plastique sur la tête et les enquêteurs soupçonnent un suicide. Le juge Lambert avait 65 ans. Cette mort intervient alors que l’affaire Grégory, dont il a été le premier juge d'instruction, est relancée par de nouvelles interpellations. Sa manière de diriger l’enquête pendant deux ans lui avait été lourdement reprochée.

Des décisions contestées

Grégory Villemin est retrouvé mort, pieds et mains liés, le 16 octobre 1984 dans la rivière Vologne (Vosges). Quand l'affaire débute, Jean-Michel Lambert vient d'arriver au tribunal d’Epinal. Il est âgé de 32 ans, c’est sa première grosse affaire. Il manque donc d’expérience et son instruction est confuse.

Le juge Lambert prend une succession de décisions, parfois contradictoires et lourdes de conséquences : le 5 novembre 1984, il inculpe Bernard Laroche, sur la foi, entre autres, du témoignage de sa belle-sœur Murielle Bolle. Il laisse l’adolescente de 15 ans rentrer chez elle et deux jours plus tard, elle se rétracte. Certains, notamment dans le cadre de l'enquête relancée en 2017, affirme que la jeune fille a cédé aux pressions de sa famille.

En février 1985, Bernard Laroche est remis en liberté, mais toujours inculpé et sans protection policière. Le père de Grégory, Jean-Michel Villemin, menace de le tuer et passe à l’acte. Le 29 mars 1985, Bernard Laroche est abattu d'un coup de fusil.

Jean-Michel Lambert, avec à sa droite, Christine Villemin, en 1985. © AFP - Patrick Hertzog

Jean-Michel Lambert, avec à sa droite, Christine Villemin, en 1985. © AFP - Patrick Hertzog

Puis, Jean-Michel Lambert, baptisé "le petit juge" par la presse, est persuadé de la culpabilité de la mère de Grégory. Il inculpe Christine Villemin en juillet 1985. Elle est innocentée en 1993. Dès 1986, le juge Lambert est dessaisi de l'enquête et remplacé par le juge Simon, celui qui l'accablerait dans des cahiers, révélés en juillet 2017.

Des relations ambigües avec la presse

Dès le début, l'affaire suscite un immense emballement médiatique. Le juge Lambert communique beaucoup avec les journalistes, multiplie les confidences, au mépris du secret de l'instruction. Ses relations avec la presse étaient "trop proches et trop fréquentes", regrette l'avocat des Villemin, Me Moser, par ailleurs "bouleversé" par la mort du magistrat. Une trop grande proximité avec la presse qui ne lui avait pas évité de cinglantes critiques. "Cette affaire crée une pression médiatique hors normes, hors du commun, surhumaine", constate Me Stéphane Giuranna, le défenseur des grand-oncle et grand-tante de Grégory Villemin.

Un bouc-émissaire ?

"On a cherché à faire de moi le bouc émissaire", regrettait en juin Jean-Michel Lambert, sur France 2. "C'est difficile de rendre une bonne justice", expliquait-il déjà en 2014 au micro de France Bleu Maine, au moment de prendre sa retraite de magistrat (il n'avait plus jamais exercé en tant que juge d'instruction). Revenant sur sa gestion de l'affaire Grégory, il explique qu'il n'était "pas trop jeune, mais débordé. J'avais des centaines de dossiers à traiter".

Jean-Michel Lambert en 2014. © AFP - Jean-François Monier

Jean-Michel Lambert en 2014. © AFP - Jean-François Monier

A cause des errements de l'enquête, l'Etat a dû verser au début des années 2000 des dommages et intérêts à Marie-Ange Laroche et Murielle Bolle, puis aux époux Villemin. Mais dans leur décision, les juges estimaient que le juge Lambert ne pouvait pas représenter à lui seul tout l'exercice de la justice.

Dans des écrits révélés ces derniers jours, le deuxième magistrat instructeur de l'affaire, le juge Simon, se montre particulièrement virulent à l'égard de son prédécesseur. Jean-Michel Lambert affirmait lui que cette affaire l'avait "bouffé, meurtri, marqué à vie". Après plusieurs romans policiers, son livre de souvenirs s'intitulait : "De combien d'injustices suis-je coupable ?" Il avait été l'invité de France Bleu Maine le 1er octobre 2014 pour en parler :

Publié dans Articles de Presse

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