Aux États-Unis, l’autre Dunkirk n’a jamais oublié Dunkerque

Publié le par Olivier Dufourg

Aux États-Unis, l’autre Dunkirk n’a jamais oublié Dunkerque

Dunkirk est le nom anglais donné à Dunkerque. C’est aussi le nom d’une ville de 12 500 habitants située dans l’état de New York, aux États-Unis, qui avait initié un mouvement de solidarité sans précédent au profit de « notre » Dunkerque au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Dunkerque n’est plus que ruines. À des milliers de kilomètres de là, un petite ville des États-Unis, elle aussi nommée « Dunkirk », lui vient en aide. Photo repro La Voix

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Dunkerque n’est plus que ruines. À des milliers de kilomètres de là, un petite ville des États-Unis, elle aussi nommée « Dunkirk », lui vient en aide. Photo repro La Voix

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Dunkerque n’est plus que ruines. Une cité dévastée, meurtrie. À des milliers de kilomètres de là, les habitants d’une petite ville des États-Unis située sur la rive du lac Érié, elle aussi nommée « Dunkirk », décident de lui venir en aide.

Pourquoi un tel élan de solidarité ? Parce qu’au XIXe siècle, le nom de Dunkerque avait inspiré un homme d’affaires américain de passage dans la cité de Jean Bart, qui avait constaté des similitudes entre les ports des deux villes. Autour de 1818, de l’autre côté de l’Atlantique, dans l’état de New York, la ville de Dunkirk était née.

15 millions d’aide humanitaire

Des vêtements, de la nourriture, des animaux, des produits pharmaceutiques, des meubles, des voitures d’enfant, des couvertures, etc., soit une aide humanitaire alors estimée à 15 millions de francs (une somme colossale à l’époque) : voilà le fruit de la collecte organisée par les habitants de Dunkirk au profit des Dunkerquois, et qui avait donné lieu, le 29 novembre 1946, aux États-Unis, à un « Dunkirk-to-Dunkerque Day » (traduisez : la journée où Dunkirk se mobilise pour Dunkerque).

«  Un moment très médiatisé, qui fut diffusé à la télé et sur toutes les radios du pays. L’ambassadeur de France, la veuve de Roosevelt, ainsi que les acteurs Charles Boyer et Simone Simon, dont le père avait été tué en Allemagne, y ont assisté. Ce jour-là, à Dunkirk, les rues étaient noires de monde  », se souvient Albertine Jakubowicz, née Omez, une Tourquennoise aujourd’hui âgée de 91 ans et installée à Dunkirk depuis 1946.

Seul hic aujourd’hui : depuis 1962 et le déplacement d’une délégation de Dunkirk pour assister au tricentenaire du rachat de Dunkerque par Louis XIV, ce lien si fort qui unissait les deux villes s’est, pour des raisons que l’on ignore, progressivement distendu. Pour finalement tomber aux oubliettes. Mais depuis la sortie du film de Christopher Nolan, le maire actuel de Dunkirk, Willie Rosas, n’aspire qu’à rétablir ce lien, «  symbole de paix et de fraternité  », selon lui. «  M. Rosas a demandé à la Warner de lui envoyer des affiches du film et en a tapissé la ville  », illustre Sean Kirst, journaliste au Buffalo News, le journal local. Il ajoute : «  J’ai 57 ans et j’ai grandi à Dunkirk. Lorsque j’étais enfant, le souvenir du «Dunkirk-to-Dunkerque Day» restait très fort. Les habitants des deux villes n’arrêtaient pas de se rendre visite ! Il est vraiment dommage que ce lien, très puissant et basé sur un amour partagé de la liberté, soit aujourd’hui oublié. Le renouer serait formidable.  » Va-t-il renaître de ses cendres ? De l’autre côté de l’Atlantique, on ne rêve que de ça.

Vers un jumelage ?

Plus aucun contact officiel, plus aucune cérémonie entre Dunkerque et Dunkirk depuis des décennies. Cela ne signifie pas que la cité de Jean Bart a oublié l’immense générosité manifestée par les habitants de Dunkirk, sa ville-sœur, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Comme le laisse entendre Patrice Vergriete, maire de Dunkerque, il est fort probable que les deux villes renouent un lien officiel. «  Nous avons récemment eu un contact avec Dunkirk. Nous allons laisser passer la période estivale mais dès la rentrée, nous reprendrons ce contact pour essayer d’organiser des échanges.  » Et aboutir, à terme, à un jumelage ? «  Oui, c’est une possibilité qui est envisagée  ».

Albertine, 91 ans, se souvient

Le 29 novembre 1946, jour du Dunkirk-to-Dunkerque Day, elle avait 21 ans. Et elle y était... « Elle », c’est Albertine Jakubowicz, née Omez, 91 ans. Née à Tourcoing le 28 novembre 1925 (elle a donc célébré son 21e  anniversaire la veille de l’événement !), elle venait régulièrement passer ses week-ends sur la plage de Malo, enfant. Et en 1946, elle a épousé un militaire américain basé dans sa ville natale.

Aux États-Unis, l’autre Dunkirk n’a jamais oublié Dunkerque

Installée à Dunkirk depuis son mariage, Albertine, aujourd’hui veuve et mère de quatre enfants (dont un décédé), venait tout juste d’arriver à Dunkirk lorsqu’elle assista au Dunkirk-to-Dunkerque Day. «  Comment oublier ? Tout New York et tout Dunkirk étaient là ! Toute cette solidarité, cela m’a fait d’autant plus plaisir qu’avant d’arriver aux États-Unis, j’étais retournée à Dunkerque. Tout ce que j’avais vu, en dehors de la statue de Jean Bart restée debout, c’était une ville complètement détruite. Quelle tristesse...  »

Comme tous les habitants de Dunkirk, Albertine, qui a participé à plusieurs échanges entre les deux villes, ne souhaite qu’une chose : «  Que ce lien puisse être renoué  ». Et de l’un de ses voyages à Dunkerque, elle se souvient : «  Si vous avez la photo d’un déplacement en 1962 (le tricentenaire du rachat de Dunkerque par Louis XIV, photo ci-dessus), je suis dessus, juste derrière le maire de Dunkirk (au-dessus du « D » de Dunkirk sur la banderole, ndlr). J’en avais profité pour aller voir ma mère à Tourcoing, m’acheter des sabots à Ostende, et à Dunkerque, nous avions participé à un très grand dîner !  » Albertine conclut : «  Je me souviens aussi d’un ancien maire de Dunkerque, M. Prouvoyeur. Il est toujours vivant ? Passez-lui le bonjour !  »   

Publié dans Articles de Presse

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