La tombe de Pétain a toujours fait polémique

Publié le par Ouest France

La tombe de Pétain a toujours fait polémique

La tombe du maréchal Pétain a été profanée à L'Île-d'Yeu (lire dimanche Ouest-France). Du vandalisme survenu la veille de la date anniversaire de sa mort. Les explications d'un historien.

Maurice Esseul se replonge dans ses archives pour comprendre les enjeux.

Maurice Esseul se replonge dans ses archives pour comprendre les enjeux.

L'histoire

La présence, sur L'île-d'Yeu, de l'ancien chef du régime de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale a toujours fait débat. Après sa captivité, sa sépulture avait déjà été dégradée, en 2007, mais surtout sa dépouille avait été enlevée en 1973. Depuis, des rumeurs circulent régulièrement. Samedi, des actes de vandalisme ont été commis, une enquête a été ouverte.

Maurice Esseul, l'un des principaux historiens de l'île, rappelle les faits. Ses archives sont précieuses: « Le 23 juillet 1945, le maréchal Pétain est traduit devant la Haute Cour de justice et condamné à la peine capitale. Peine commuée, par le général de Gaulle, en détention perpétuelle, en raison de son âge avancé. D'abord interné au fort du Portalet (Pyrénées-Atlantiques), il débarque à L'Île-d'Yeu pour purger sa peine. »

Gardée secrète, son arrivée à la Citadelle fait jaser. Les gens ont aussi besoin d'être rassurés : « De sa fenêtre, Pétain ne voit pas l'Atlantique », titre la Résistance de l'Ouest. Le fort de la Pierre-Levée a abrité nombre de prisonniers politiques, mais ce détenu embarrassant attire les journalistes, d'autant que de fausses nouvelles circulent: « Pétain a-t-il été victime d'un attentat ? », peut-on lire le 23 mars 1946.

Le 10 février 1948, France-Dimanche annonce qu'un commando de Canadiens se prépare à le libérer. Quelques jours plus tard, on craint une attaque du fort par des communistes ! Sauf que les gendarmes mènent bien la garde, y compris lorsque Pétain est ensuite assigné à résidence dans une maison privée, pour raisons de santé.

Vie et mort rocambolesques

Après six ans de captivité, il décède le 23 juillet 1951, à 95 ans, et est enterré au cimetière de Port-Joinville, « au cours d'une cérémonie solennelle dans l'église Notre-Dame du Port, avec la présence d'une foule considérable et de nombreuses personnalités », précise Maurice Esseul.

En effet, plus de 400 journalistes couvrent l'événement, mais ce n'est rien comparé à l'opération réalisée, douze ans plus tard, par un commando proche de l'extrême droite. Une « mission secrète » qui prend l'ampleur d'une affaire d'État : « En pleine nuit, la tombe est profanée et le cercueil enlevé. Après une rapide enquête diligentée par les services français des Renseignements généraux, ce dernier est retrouvé trois jours plus tard, dans un garage de la banlieue parisienne : les responsables voulaient le ramener à Verdun ou à Douaumont. »

Le rapatriement du cercueil a alimenté de nouvelles rumeurs, toutes infondées, car Philippe Pétain a bel et bien été inhumé, à nouveau officiellement, dans son caveau d'origine.

Des nostalgiques de cette période trouble de l'histoire viennent encore se recueillir sur sa tombe. L'Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain (ADMP), elle, demande son transfert. Cette demande a été refusée par les gouvernements successifs pour éviter toute réhabilitation.

Publié dans Articles de Presse

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