Mémoire. La libération de Cahors s’est faite sans effusion de sang le 17 août 1944

Publié le par Marie-Cécile Itier

Mémoire. La libération de Cahors s’est faite sans effusion de sang le 17 août 1944

Le 17 août 1944, la ville de Cahors était libérée de l'occupation allemande. Depuis, ce jour est synonyme de fête pour les habitants. Mais que s'est-il réellement passé ce jour-la?

Le boulevard envahi par la foule le lendemain de la Libération. (Musée de la Résistance de Cahors.)

Le boulevard envahi par la foule le lendemain de la Libération. (Musée de la Résistance de Cahors.)

C’est dans une ville déjà débarrassée de l’occupant que les résistants sont entrés vers 15 h le 17 août 1944. Plusieurs groupes de FTP (résistants communistes) et Vény (socialistes) stationnaient dans les environs de la ville et ont repris la préfecture du Lot. Ils étaient plusieurs centaines et ont pris position à la caserne Bessières, promulguant l’état de siège. Les Allemands avaient quitté la ville en début d’après-midi, laissant derrière eux des véhicules inutilisables sabotés sur les allées Fenelon.

La ville occupée

L’armée allemande est arrivée le 11 novembre 1942 dans la ville de Cahors. Auparavant, la région était en zone libre, envahie par les Allemands suite au débarquement des forces anglo-américaines en Afrique du Nord. Emmanuel Carrère, animateur et guide à la Maison du Patrimoine de Cahors et par ailleurs passionné de cette période, possède des données très précises. « Ils sont arrivés à 16 h 05 par la rue de la Barre, explique-t-il. Ils se sont rendus à La Poste puis l’officier qui commandait le détachement a demandé une faction pour ses 250 soldats ». Ils ont investi plusieurs lieux de la ville : la caserne Bessières, le lycée de jeunes filles Clément Marot, le lycée de garçons Gambetta, l’école normale de la rue Victor Hugo (actuel hôtel des impôts). Des officiers ont également été logés chez des particuliers réquisitionnés. Début 1944, sous le commandement du Colonel Gelhof, ce sont 400 hommes de la Wehrmacht qui occupent la ville, appuyés par 50 Feldgendarme (police militaire), d’une vingtaine d’agents de la Gestapo et de 20 cheminots allemands qui faisaient fonctionner la gare. « Au mois d’avril 1944, des troupes venues de l’Est arrivent en renfort. Ils étaient surnommés les Mongols car il s’agissait d’ex-militaires de l’armée rouge faits prisonniers et engagés dans l’armée allemande, ils portaient l’uniforme vert de gris allemand mais avaient des origines asiatiques, avec les yeux bridés, la plupart venaient du Turkménistan, précise Emmanuel Carrère. Du coup, en avril 1944, ça fait environ 750 soldats stationnés à Cahors (la ville comptait alors environ 15 000 habitants NDLR). En revanche, aucun SS n’a séjourné dans la ville ». S’ils n’y sont pas restés, les SS et notamment la division Das Reich (tristement célèbre pour avoir perpétré le massacre d’Oradour-sur-Glanes) sont passés par la ville de Cahors et par le Lot. « Un régiment de reconnaissance était venu dans le Lot. Ils avaient un ordre très clair : terroriser la population pour qu’elle cesse de soutenir la résistance et éradiquer le maquis. Les SS étaient des soldats politisés, nazis, volontaires. Souvent très jeunes, de 17-18 ans, parfois moins, encadrés par des officiers fanatisés et sans scrupule. »

Depuis le débarquement, l’activité des maquis est en recrudescence dans le Lot. La RN20, sabotée, est inutilisable entre Cahors et Brive, le train Paris-Toulouse est coupé, de même que les télécommunications. Des centaines de résistants sont en faction autour de Cahors toujours occupée, et l’armée allemande quitte la ville le 17 août 1944 à 14 h 30 pour rejoindre Montauban.

Effusions de joie et…

Ce n’est que le lendemain, le 18 août (un vendredi), que les effusions de joie explosent dans la ville. C’est une journée de liesse. Des milliers de gens affluent sur le boulevard, brandissant des drapeaux tricolores et scandant « Vive De Gaulle ». On revit, on s’embrasse. Selon des témoignages de l’époque, les deux bordels de la ville ont fait le plein pendant 15 jours.

C’est aussi rapidement le début de l’épuration et des règlements de comptes. L’historienne Cécile Vaissié, auteure du livre « Cahors et le Lot sous l’occupation »*, a mené des recherches sur cette période. Tandis que les gens célèbrent la liberté retrouvée, elle cite dans un de ses articles le témoignage d’un militant FTP Roger Mendès qui retrace dans ses Mémoires « Nous entrons dans Cahors, c’est la chasse à la vermine, « miliciens et autres collaborateurs » […] ces tristes personnages vont avoir des comptes à rendre et n’auront plus leurs « amis » qui les ont abandonnés ». S’ensuivent alors des arrestations de miliciens ou de gens accusés de collaboration. Des femmes aussi, accusées de collaboration horizontale. S’il n’y a pas de preuve écrite, des témoins ont affirmé que des femmes ont été tondues, peut-être à la Libération, plus certainement en juin 1945. Le 19 août 1944, 69 hommes et 30 femmes ont ainsi été incarcérés à la prison du Château du Roy. Ce chiffre est par la suite monté à 186 hommes et 80 femmes au 31 octobre 1944. Parmi les premiers arrêtés, 15 hommes seront fusillés au cimetière, entre les tombes, le 20 août à 20 h 30. Parmi ceux-ci, des doutes ont été émis sur la légitimité de leur exécution. « Cela n’enlève rien à l’héroïsme des Résistants, poursuit Emmanuel Carrère, mais en cette période, des choses plus sombres ont eu lieu, des opportunistes en ont profité, d’anciens collaborateurs ont retourné leur veste au dernier moment pour s’afficher auprès des vrais résistants ». Le 14 septembre, 6 autres miliciens ont été condamnés à mort par le tribunal militaire. Il y a eu également de grands actes de courage et des héros : de nombreux Justes ont été dénombrés dans le Lot (51 Justes parmi les Nations ont été recensés dans le département), sans oublier d’illustres résistants comme Jacques Chapou (Capitaine Philippe puis Kléber), Hélène Metges, plaque tournante de la résistance à Cahors ou encore Jean Rougié, chirurgien en chef de l’hôpital de Cahors qui avait mis en place un service d’hospitalisation parallèle pour les maquisards et réfugiés ; l’hôpital de Cahors est d’ailleurs l’un des deux hôpitaux français à avoir reçu la médaille de la résistance. Une fois le Lot libéré, les maquisards lotois sont allés prêter main-forte dans d’autres régions et ont notamment participé à divers combats dans la Creuse et dans les Vosges.

* « Cahors et le Lot sous l‘Occupation : Résistance, collaboration, épuration » de Cécile Vaissié, édition Gascogne, juin 2016.

À voir

Le musée de la Résistance de Cahors existe depuis 25 ans et recèle une mine d’information sur la guerre, la Libération, la déportation… Il est ouvert tous les jours de 14 h à 18 h sauf les dimanches et jours fériés. Pour la première fois cette année, il sera ouvert pour les Journées du Patrimoine les 16 et 17 septembre et proposera des visites guidées à 15 h et à 16 h 30.

Louis Darquier de Pellepoix, le pire collabo cadurcien

Évoquer son nom est encore sensible dans la ville de Cahors. Pour Emmanuel Carrère « Louis Darquier de Pellepoix est sûrement le personnage le plus noir de toute l’histoire de Cahors ». Louis Darquier est né en 1897 à Cahors, rue du lycée (aujourd’hui rue Wilson). Fils du médecin Pierre Darquier, qui était maire de la ville durant la Première guerre mondiale de 1906 à 1919, il est devenu commissaire général aux questions juives sous le gouvernement de Vichy. En 1918, la famille part s’installer en région parisienne, à Neuilly, et Pierre Darquier sera remplacé à la tête de Cahors par Anatole de Monzie, reconnu comme pétainiste et qui fut le mentor du jeune Louis, qui s’affuble d’ailleurs la particule « de Pellepoix » pour se donner un air de noblesse.

Louis Darquier échoue en 1918 à ses examens pour devenir médecin, puis travaille sans succès. Antisémite viscéral, il se lance ensuite en politique au sein de l’extrême droite et défile avec l’Action française. Il fonde le Rassemblement antijuifs financé par le parti nazi. Devenu commissaire général aux questions juives, il est notamment responsable de la rafle du Vel d’Hiv auprès de René Bousquet, et de la déportation de dizaines de milliers de personnes. Il sera toute sa vie accusé de malhonnêteté, de détournements et de malversations, y compris par les autorités allemandes. En 1945, il disparaît de la circulation. Il sera retrouvé en Espagne, protégé par le gouvernement franquiste, et il y vécut jusqu’à sa mort en 1980, selon certains ne regrettant aucune de ses actions. Bien qu’il ait été condamné à mort par contumace le 2 décembre 1947 à Paris, la France ne demanda jamais son extradition.

Publié dans Articles de Presse

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