“Cher ami”… Les lettres secrètes de Gandhi à Hitler exhumées

Publié le par Louise Hermant

“Cher ami”… Les lettres secrètes de Gandhi à Hitler exhumées

Assassiné il y a 70 ans par un extrémiste hindou, Mohandas Karamchand Gandhi, apôtre de la non-violence, avait tenté de convaincre Adolf Hitler d’arrêter la guerre en lui écrivant.

 Mohandas K. Gandhi, guide spirituel et apôtre de la non-violence. (Creative Commons)

Mohandas K. Gandhi, guide spirituel et apôtre de la non-violence. (Creative Commons)

“Cher ami”… C’est par ces mots que Gandhi choisit d’écrire à Adolf Hitler. Ou quand le pacifisme s’adresse à la barbarie. Deux lettres méconnues que le journaliste et écrivain Gilles van Grasdorff publie dans son nouveau livre, Les Vies cachées de Gandhi. Le magazine L’Express en publie quelques extraits.

“Croyez-vous que cela en vaille le prix ?”

Dans la première lettre, écrite le 23 juillet 1939, Gandhi supplie “son ami” de ne pas faire le choix de la guerre. “Aujourd’hui, il est clair que vous êtes la seule personne au monde capable d’empêcher que n’éclate une guerre qui verrait l’humanité ramenée à l’état sauvage. Croyez-vous vraiment, quel que soit le but que vous cherchez à atteindre, que cela en vaille le prix ?”

Une lettre courte et courtoise, pour tenter de stopper l’impensable. “Quoi qu’il en soit, je vous prie de me pardonner, si j’ai commis une erreur en vous écrivant” s’excuse le père de l’indépendance de l’Inde, terminant son texte par la formule “Je reste votre ami sincère”.

“… pas le monstre décrit par vos opposants”

Dix jours plus tard, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l’Allemagne nazie. Gandhi reprend malgré tout sa tentative de convertir Adolf Hitler à la non-violence le 24 décembre 1940. Il précise cette fois : “Que je m’adresse à vous en tant qu’ami n’est pas une simple formalité. Je n’ai pas d’ennemi. Depuis ces trente-trois dernières années, mon entreprise dans l’existence a été d’obtenir l’amitié de toute l’humanité en me liant avec le genre humain, quelle que soit sa race, sa couleur ou sa croyance.”

Il assure également n’avoir “aucun doute” sur son “courage” ainsi que sur sa “dévotion”. “Nous ne croyons pas non plus que vous êtes le monstre décrit par vos opposants.” Pour Gandhi, ce sont ses actes qui sont “monstrueux” et “étrangers à toute dignité humaine”. Il poursuit : “Nous avons trouvé dans la non-violence une force qui, organisée, peut sans nul doute convenir pour lutter contre une combinaison des forces les plus violentes au monde. Dans la technique de non-violence, il n’existe pas, comme je vous l’indiquais, quelque forme de défaite. C’est ‘agis ou meurs sans tuer ni faire souffrir’”.

Dans un ultime appel, Gandhi implore le Führer d’arrêter la guerre “au nom de l’humanité” : “Vous ne perdrez rien en présentant tous vos différends avec l’Angleterre devant un tribunal international de votre choix. Si vous gagnez la guerre, cela ne signifiera pas que vous aviez raison. Cela prouvera seulement que votre pouvoir de destruction était plus fort. Alors qu’un avis d’un tribunal impartial montrera autant qu’il est humainement possible qui était dans son droit.” Les écrits de Gandhi sont restés sans réponse.

Les Vies cachées de Gandhi, Gilles Van Grasdorff, Editions du Cerf, 384 p., 24 €

“Cher ami”… Les lettres secrètes de Gandhi à Hitler exhumées

Publié dans Articles de Presse

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