La découverte de deux os humains relance l'affaire Seznec

Publié le par Guillaume Descours

La découverte de deux os humains relance l'affaire Seznec

VIDÉO - Un siècle après la disparition de Pierre Quémeneur, ces découvertes amorcées par des fouilles privées pourraient rouvrir le dossier. Sans preuves et sans aveux, Guillaume Seznec avait été condamné en 1924 pour son meurtre qu'il a toujours nié.

La découverte de deux os humains relance l'affaire Seznec

Les fouilles pour retrouver le corps de Pierre Quémeneur près d'un siècle après sa disparition en 1923 continuent de porter du fruit. Un second fragment d'os a été retrouvé dimanche, cette fois par les enquêteurs de la police qui ont pris le relais après la découverte d'un premier os lors de fouilles privées menées dans l'ancienne maison de la famille Seznec. La PJ de Rennes a été saisie de l'enquête. Avant de repartir vers 16h dimanche, les enquêteurs ont mis des scellés sur la maison avec les mentions: «lieu de recherche des causes de la mort» et «découverte de deux fragments d'os et une pipe».

Après plusieurs heures de fouilles samedi, un premier os avait été retrouvé. «Ca pourrait être un os humain, peut-être une tête de fémur», a précisé le procureur arrivé sur les lieux plusieurs heures après le début de fouilles, ajoutant qu'«une photo en a été prise» et «a été transmise au médecin légiste». Un morceau de pipe a été également retrouvé.

La découverte de deux os humains relance l'affaire Seznec

La police et la justice ont alors repris le contrôle du chantier. «La police scientifique est sur les lieux aujourd'hui», a déclaré un des initiateurs des fouilles, Bertrand Vilain, auteur d'un livre sur l'affaire. «Il y aura d'autres choses. On s'attendait à faire des découvertes à un mètre de profondeur et on trouve à la surface», a-t-il précisé. «On avait une information solide, un témoignage précieux. On n'a pas creusé au hasard», a-t-il ajouté.

Pierre Quémeneur aurait disparu au cours d'un voyage d'affaire entre la Bretagne et Paris. Un déplacement qu'il faisait avec Guillaume Seznec. Étant le dernier à l'avoir vu en vie, ce dernier devient rapidement le principal suspect. Parmi les preuves le désignant, une machine à écrire retrouvée dans sa scierie. C'est celle-ci qui aurait servi à fabriquer une fausse promesse de vente en sa faveur pour une propriété de Pierre Quémeneur à Plouvirio, dans les Côtes-d'Armor.

Guillaume Seznec a été condamné en 1924 au bagne à perpétuité pour le meurtre de Pierre Quémeneur. Pourtant, ce dernier n'a jamais avoué, même après sa condamnation. Il sera finalement gracié par le Général de Gaulle en 1946 puis libéré en mai 1947. Mais, même après sa mort en 1954, sa famille continuera de se battre pour le réhabiliter. Finalement, l'affaire sera clôturée en 2006 par la justice. À l'époque, la Cour de cassation a estimé qu'il n'existait aucun élément nouveau permettant de faire douter la culpabilité de Guillaume Seznec.

Des fouilles «privées»...

L'initiative de ces fouilles n'est pas venue de la justice. «Il s'agit de fouilles privées», avait précisé Denis Langlois, avocat entre 1976 et 1990 de la famille de Guillaume Seznec. Une dizaine de bénévoles ont participé aux opérations, avec l'aide d'une tractopelle. La propriétaire de la maison, actuellement inoccupée, a donné son autorisation pour que des fouilles soient menées dans l'ancienne cave et l'ancien cellier, selon les initiateurs des travaux. «On peut ne rien trouver, trouver des objets ou trouver des ossements», explique Bertrand Vilain.

Ces nouvelles recherches ont été motivées par la révélation, dans un ouvrage paru en 2015, du témoignage inédit d'un des enfants du couple Seznec, âgé de 11 ans au moment des faits. Il a été enregistré en 1978 par l'un de ses neveux. En ce jour de mai 1923, «Petit-Guillaume» raconte avoir entendu sa mère repousser les avances d'un certain «Pierre», puis avoir vu Quémeneur par terre et sa mère debout devant lui. «Je crois qu'elle a dû se défendre et le frapper à la tête», racontait-il, selon le récit qu'en a fait Denis Langlois dans Pour en finir avec l'affaire Seznec.

Et controversées

En 2015, Denis Langlois avait demandé au procureur de Brest de faire procéder à des investigations dans l'ancienne maison familiale pour savoir si le corps y était enfoui. Le procureur avait rejeté cette demande, estimant qu'elle ne pouvait émaner que du condamné, de ses descendants ou des autorités judiciaires compétentes. «Si des ossements ou des objets concernant l'affaire Seznec sont découverts, nous avertirons la gendarmerie et le procureur», a indiqué Denis Langlois. «Une procédure de révision du procès de Seznec serait alors certainement mise en route», avait-il ajouté.

Ces fouilles n'ont pas reçu le soutien de Denis Seznec, 71 ans, petit-fils de Guillaume Seznec, qui se bat depuis des années pour faire reconnaître l'innocence de son grand-père. «C'est absurde, je n'y crois pas du tout», a déclaré Denis Seznec. «Cette piste est faite pour nous nuire. Le témoignage (de «Petit-Guillaume», ndlr), c'est une invention pure de Langlois», a-t-il avancé. «Qu'ils creusent, qu'ils fouillent, qu'ils détruisent, je m'en fous, c'est ridicule», a-t-il ajouté.

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