Seconde guerre mondiale à Paimpol : Richard Berrong a filmé de précieux témoignages

Publié le par Actu

Seconde guerre mondiale à Paimpol : Richard Berrong a filmé de précieux témoignages

L'Américain Richard Berrong a recueilli de nombreux témoignages oraux sur la période de la seconde guerre mondiale à Paimpol. Plusieurs documentaires sont en préparation.

Seconde guerre mondiale à Paimpol : Richard Berrong a filmé de précieux témoignages

Professeur de français aux USA, Richard Berrong est depuis longtemps un amoureux Paimpol et sa région. Passionné de Loti, il y séjourne depuis l’an 2000, 3 à 4 fois par an et s’y est fait de nombreux amis.

Il y a trois ans, il a entrepris d’étudier l’histoire de Paimpol durant la seconde guerre mondiale. Basé essentiellement sur des témoignages oraux, son travail a donné un premier film sur la libération de Paimpol, en août 1944, présenté cet été au Ciné-Breiz de Paimpol.

Deux autres documentaires sont en préparation et Richard est toujours à la recherche d’autres témoignages uniques…

Comment est née l’idée de ce film sur la libération de Paimpol ? Est-ce une idée pour travailler avec vos élèves ou une envie toute personnelle ?

Une envie toute personnelle. Depuis les 17 ans que je viens ici à Paimpol, j’ai souvent eu la chance de parler avec des gens qui y ont vécu la guerre. La Deuxième guerre mondiale m’intéresse depuis ma jeunesse. Alors, il y a trois ans, je me suis dit : « Il faut que quelqu’un préserve ces histoires. Je ne suis pas Steven Spielberg, mais j’ai quand même les compétences pour faire un film documentaire. Moi, je vais donc le faire. »

    Quand j’ai commencé, je n’ai pas envisagé l’envergure que ce projet allait prendre. J’avais imaginé faire des interviews avec cinq témoins. Jusqu’ici j’en ai interviewé plus de soixante.

Au départ avez-vous eu des difficultés à trouver des témoignages ?

Non. Des amis m’en ont trouvé une dizaine. Après, c’était de plus en plus facile. X me disait d’aller parler à Y, qui m’a dit de parler à Z, et ainsi de suite. Les articles dans la presse, les trois journaux, m’ont beaucoup aidé à trouver des témoins. Et puis le succès du film au Ciné Breiz en août, où on a fait deux salles complètes.

Comment avez-vous procédé pour réaliser tous les entretiens ?

Une fois qu’on m’a indiqué un témoin, j’ai téléphoné pour arranger l’interview. Moi, Américain, j’étais étonné que dans la plupart des cas des gens qui ne me connaissaient point m’ont invité chez eux pour faire l’interview. C’était vraiment l’hospitalité bretonne en action.

Comment faire un choix ensuite entre ce qu’on garde à l’écran ou pas ?

C’est vraiment difficile ! Il y a tant d’histoires intéressantes et bien racontées que je ne peux pas mettre dans mes films, faute de temps.

    Une maison d’édition bretonne spécialisée dans l’histoire de la Deuxième guerre mondiale m’a demandé d’en faire un livre. Cela me donnera la possibilité d’inclure toutes les histoires que je ne pouvais pas inclure dans mes films.

Vous intégrez des documents d’archives et de la musique avec vos films, comment sont-ils choisis ?

Je choisis ce qui peut intéresser mon public, ce qui peut enrichir les anecdotes racontées par mes témoins.

Qui réalise le montage final ?

Moi. Je n’ai pas de budget. Je fais tout à mes propres frais. Donc, je ne peux embaucher personne. Je dois faire tout le travail moi-même. Je passe ma vie devant l’écran de mon ordinateur !

L’occupation et la libération sont des périodes sensibles, comment expliquez-vous que les gens aient accepté de vous parler et vous parlent encore si facilement ?

C’est une question que je me pose souvent, surtout parce que je ne suis pas Paimpolais, ou même Français. Il y a des Français qui m’ont dit que mes témoins n’auraient pas parlé aussi ouvertement à un Français. Peut-être. J’ai l’avantage d’être neutre. Je n’ai pas de parti pris politique ici.

Vous avez déjà présenté un premier film sur la libération de Paimpol cet été, qu’elles ont été les réactions ?

Si je peux le dire, les réactions étaient très positives. On a fait deux salles complètes.

Quelle sera la suite ?

Il y en aura plusieurs. Je travaille maintenant un film sur les Étrangers dans le canton pendant la guerre : les Occupants, les Résistants, et les Refugiés. Il y aura ensuite un film sur la vie quotidienne pendant l’Occupation ? La privation, la diversion, l’école, Radio Londres, la peur ? 

    Il y aura enfin un film sur les femmes à la Libération, une question très délicate pour laquelle j’ai des témoignages remarquables.

Vous étiez à Paimpol en janvier, vous revenez en mars, encore pour des interviews ?

Oui, et en été. Je suis toujours à la recherche d’interviews, parce que chaque témoin apporte quelque chose de nouveau que je n’avais pas auparavant.

Que deviendront ces documentaires uniques sur l’histoire paimpolaise ?

Je ne sais pas encore. J’espère que le film sur la Libération de Paimpol fera désormais partie de la commémoration annuelle de la libération de la commune le 17 août, parce qu’il explique pourquoi on se réunit devant le monument rue de Penvern. Si les collèges veulent les utiliser pour enseigner la Deuxième guerre mondiale ici, je serais très honoré.

Vous êtes d’ailleurs invité à intervenir dans les collèges de Paimpol…

Oui, les deux, Saint-Jo et Chambard de Lauwe. Leurs élèves sont en train d’étudier la Deuxième guerre mondiale. Je vais inviter quelques-uns des témoins qu’on voit dans le film sur la Libération de la ville, pour que les élèves puissent leur poser des questions. À mon avis, c’est essentiel que les jeunes sachent comment leurs grands-parents ont vécu cette période. Aux USA, je suis sidéré par l’ignorance de mes étudiants à propos de la Deuxième guerre mondiale.

    Si je peux aider les Paimpolais à faire connaître et à préserver ce qu’ils ont vécu pour les générations à venir, je serai très honoré.

Qu’est-ce qui vous a surpris le plus dans tous ces témoignages sur cette époque ?

Tant de choses. Mais surtout que beaucoup de témoins voulaient me raconter leurs souvenirs des Allemands qui étaient bons. J’étais ébloui la première fois qu’on s’est mis à me parler de ça. Je ne pose jamais la question. Jamais. Mais très souvent mes témoins, qui ont connu des atrocités pendant la guerre, tiennent à me raconter quand même des histoires d’Allemands qui étaient gentils. Je ne peux pas vous dire comment je me sens humble devant l’humanité de mes témoins.

    Avoir vécu l’Occupation et insister pour me dire du bien des Allemands, ça me coupe le souffle.

Vous pouvez encore témoigner

Richard Berrong recherche toujours des témoins qui ont vécu cette période de l’histoire à Paimpol et sur le canton. Des habitants qui seraient prêts à raconter leurs impressions et leurs souvenirs de l’occupation et des mois qui suivirent la libération.

On peut donc encore le contacter : par mail dès maintenant, et sur son téléphone portable, uniquement lors de sa présence en France du 24 au 31 mars prochains, au 06 07 70 66 57.

Mail : richard@berrong.fr

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