Mort de Pierre Milza, l'historien qui a pensé le fascisme

Publié le par Hélène Combis-Schlumberger

Mort de Pierre Milza, l'historien qui a pensé le fascisme

Agrégé d'histoire, il était spécialiste du fascisme et de l'Italie contemporaine. Pierre Milza est mort ce 28 février. 

Pierre Milza en 2012

Pierre Milza en 2012

Il était venu à l'étude du fascisme par celle de l'Italie, le pays d'origine de sa famille (il était émigré de la seconde génération) et des relations internationales. L'historien Pierre Milza est mort ce 28 février à l'âge de 85 ans. Plusieurs générations d'étudiants avaient travaillé avec ses manuels d'Histoire de la France au XXe siècle, co-écrits avec son confrère Serge Berstein. Nous vous proposons de le réécouter à travers les archives de France Culture, témoignant de la manière dont il a tenté, sa vie durant, d'appréhender les contours flous du fascisme. A ce sujet, on doit notamment à Pierre Milza une biographie de Mussolini (Fayard, 1999), et L'Europe en chemise noire, dans lequel il analyse les extrêmes droites européennes depuis 1945. Et puis, et ce n'est pas sans rapport, sa biographie consacrée au compositeur Verdi (Perrin, 2001), acteur de l'indépendance italienne.

En 1988, c'est pour parler de son livre Le fascisme français, passé et présent qu'il était venu au micro des "Lundis de l'histoire", alors animés par Philippe Levillain sur France Culture. Un livre qu'il avait dédié à ses "compagnons de jeu et de travail du CM2 de la rue Ferdinand Berthoud, à Paris, disparus au cours de l'année scolaire 1942-1943" :

    Les choses étaient claires : j'ai été élève d'un cours moyen dans le quartier du Temple, dans le quartier de la République, dans le quartier du Marais, en 1942-1943. Ce qui veut dire que nous avons commencé l'année scolaire à 40, et que nous l'avons terminée à 23. Je ne sais pas ce que sont devenus les dix-sept autres, je ne les ai jamais revus. Certains étaient mes amis les plus chers.

Il expliquait alors avoir voulu démontrer dans son ouvrage la dangerosité idéologique (et bien réelle) du régime de Vichy... même si, selon lui, le seul régime autoritaire que la France avait connu depuis les débuts de la IIIe République n'avait pas été un régime fasciste :

    Le mal absolu ce n'est pas seulement le fascisme italien, ou le national-socialisme. Et à bien des égards, on peut même dire que le fascisme italien, au moins jusqu'en 1943, a peut être été moins redoutable et moins terrifiant que ce que nous avons connu. Et que s'il y a un danger de résurgence, moi je le vois plutôt dans cette direction-là, que dans ce qu'a pu être le fascisme français.

Pas de fascisme sans totalitarisme, et pas de totalitarisme sans guerre

En octobre 2014, toujours sur France Culture, Pierre Milza s'attelait à définir ce qu'était véritablement le fascisme. C'était au micro d'Alain Finkielkraut, dans l'émission Répliques, qui proposait un débat entre lui et le penseur politique israélien Zeev Sternhell à propos de l'histoire et de l'avenir du fascisme en France.

Lorsque le producteur demandait à Pierre Milza de définir ce qu'était le fascisme, celui-ci convoquait d'abord les mots du professeur d'histoire contemporaine Emilio Gentile dans son ouvrage Qu'est-ce que le fascisme (traduit chez Gallimard en 2004) :

    Le fascisme est un phénomène politique moderne, nationaliste et révolutionnaire, antilibéral et antimarxiste, organisé en parti-milice, avec une conception totalitaire de la politique et de l’État, avec une idéologie activiste et anti-théorique, avec des fondements mythiques, virilistes et anti-hédonistes, sacralisée comme une religion laïque, qui affirme le primat absolu de la nation.

Dans cette émission, Pierre Milza analysait la manière dont les historiens s'accordaient pour déterminer "ce qui était fasciste, et ce qui ne l'était pas". Lui-même estimait que le fascisme était tributaire du totalitarisme, et de la guerre, sans laquelle il ne pourrait pas exister. Ni sans "la volonté de formater l'individu, et même les groupes sociaux, sur une image, un projet politique, culturel" :

    Prenons le cas de l'Italie en 1916. On voit arriver par trains entiers à Rome, Milan, et ailleurs, des hommes qui sortent de la fournaise, qu'on emmène sur le terrain, et qui sont des blessés, des mutilés graves, des gens qui ont souffert de la guerre. Et où Mussolini va-t-il chercher ses troupes pour créer ce parti milice dont il a besoin pour prendre le pouvoir ? Il prend ces hommes-là. Et si vous prenez la liste des "races" fascistes, c'est à dire des petits chefaillons de ces provinces, ou bien on les trouve chez les commerçants, ou bien on les trouve dans cette catégorie de la population.

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