Jacqueline Duhem, sur les traces des crimes de guerre depuis mai 1940

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Jacqueline Duhem, sur les traces des crimes de guerre depuis mai 1940

Jacqueline Duhem, agrégée d’histoire, a recensé les crimes et criminels de guerre allemands dans le Nord - Pas-de-Calais depuis mai 1940 et a sorti un livre.

Jacqueline Duhem a écrit un ouvrage retraçant les crimes des guerre dans le Nord et le Pas-de-Calais depuis mai 1940.

Jacqueline Duhem a écrit un ouvrage retraçant les crimes des guerre dans le Nord et le Pas-de-Calais depuis mai 1940.

Déterminée. Un qualificatif que porte à merveille Jacqueline Duhem, agrégée d’histoire. Avec rigueur et sagacité, la Villeneuvoise a recensé les crimes et criminels de guerre allemands dans le Nord - Pas-de-Calais, depuis le massacre d’Aubigny-en-Artois, en passant par Oignies et Courrières. Sans oublier Ascq. Édifiant.

Pourquoi avez-vous entamé des recherches sur les crimes et criminels de guerre allemands depuis 1940 ?

Je suis historienne de formation. Après avoir obtenu mon agrégation en 1975, j’ai enseigné plus de trente ans au lycée Faidherbe de Lille. J’ai également dispensé des cours aux élèves en prépa Sciences Po et donné des conférences de méthodes d’histoire contemporaine à l’IEP (Institut d’Études politiques). Lorsque j’ai pris ma retraite en 2008, j’ai préparé des conférences pour l’Université du temps libre et ai rejoint la société historique de Villeneuve d’Ascq et du Mélantois. En préparant une intervention, j’ai commencé à fouiller les archives sur le massacre d’Ascq.

Pourquoi avoir écrit un livre sur le massacre d’Ascq ?

Il existait déjà plusieurs ouvrages, notamment du Docteur Mocq. Mais j’ai découvert d’autres éléments et ai pu consulter les archives départementales, celles de la SRPJ, de la justice militaire et celles du service de recherches des crimes de guerre ennemis (SRCGE). « Ascq 1944 » a été publié en mars 2014, alors qu’on commémorait le 60e anniversaire du massacre, considéré comme l’Oradour sur Glane du Nord. 86 habitants ont été tués par les Waffen SS de la division Hitlerjugend. L’affaire a d’ailleurs récemment rebondi puisqu’un membre de cette division a été interpellé en Allemagne.

Ces recherches vous ont donc mise sur la piste d’autres massacres dans Le Nord - Pas-de-Calais…

Oui, j’ai découvert des exactions dont je n’avais jamais entendu parler ! Le premier massacre de civils en France s’est déroulé les 21 et 22 mai 1940 à Aubigny-en-Artois. Il y a eu 92 personnes tuées lors du passage d’une colonne de SS. Puis les 22 et 23 mai, c’est à Berles-Monchel que des crimes ont été commis. On a dénombré 45 morts.

Par qui ont été commis ces crimes ?

Par des membres de la division Totenkopf lors de sa traversée de la région pour rejoindre le littoral et l’intérieur. La Totenkopf avait été formée pour garder les camps de concentration où les premiers opposants au régime hitlérien étaient emprisonnés. Commandée par Theodor Eicke, elle a participé à la guerre et a laissé son empreinte.

Quelles autres exactions avez-vous relevées ?

Il y en a eu énormément. Plus de 110 communes du Nord - Pas-de-Calais ont été concernées. Les massacres se sont déroulés selon la progression des troupes allemandes. Du 20 au 28 mai 1940, il y a eu toute une série de massacres, à Laventie, au Paradis à Lestrem…

Vous relatez aussi les crimes de la « poche d’Arras »…

Oui, ils ont été commis le 28 mai. C’était une poche de résistance qui comprenait plusieurs communes : Oignies, Courrières, Carvin, Libercourt, Ostricourt, Wahagnies, Emmerin, Haubourdin… Dans ce cas, les actes ont été perpétrés par la Wehrmacht. On a recensé, sur l’ensemble des villes, 140 morts. Il existait également une poche de résistance à Lille, Lomme et Lambersart mais les hommes ont dû déposer les armes, faute de munitions. En tant qu’historienne, j’avais su qu’il s’était déroulé des crimes dans ce secteur mais je n’avais jamais entendu parler d’Aubigny-en-Artois.

Pourquoi ces épisodes tragiques ne sont-ils pas plus connus ?

À la Libération, il ne fallait pas évoquer la défaite. Très vite est arrivée la guerre froide. Dès 1948, on ne demandait plus l’extradition des criminels allemands, il fallait tourner la page…

Pourtant Courrières, par exemple, a été durement frappée…

Oui, la ville a été incendiée à 85 % mais elle a été reconstruite après la guerre. Des gens sont morts brûlés vifs suite à des jets de bombes incendiaires. Il a fallu attendre 1964 pour qu’elle soit achevée. Les habitants ont vécu dans des caves, des abris de jardin, des habitats temporaires… Haubourdin aussi a été largement incendiée.

Quelle ampleur a atteint ce phénomène de massacres qui a touché toute la France ?

On estime à 20 000 le nombre de civils tués entre le 13 mai et le 5 juin 1940. Dans la région, les chiffres restent approximatifs car il y avait beaucoup de réfugiés belges et d’autres villes. Certaines personnes ont pu être comptées deux fois.

« Crimes et criminels de guerre allemands, de 1940 à nos jours dans le Nord-Pas-de-Calais », éditions Les Lumières de Lille, 19,90 euros. Pour contacter l’auteure : ascq1944lelivre@outlook.fr – Rendez-vous à Flers-en-Escrebieux ce samedi 4 juin dans la galerie Carrefour, à partir de 10h ; le 9 juin à la librairie VO de Lille, à partir de 19h et le 18 juin à partir de 10h au Furet du Nord de la galerie commerciale de Lomme.

Publié dans Articles de Presse

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