Otto Skorzeny, des commandos d’Hitler aux opérations du Mossad

Publié le par Michel Gurfinkiel

Otto Skorzeny, des commandos d’Hitler aux opérations du Mossad

Histoire. Pourquoi le mythique baroudeur du IIIe Reich, qui enleva Mussolini au Gran Sasso, a-t-il travaillé pour Israël dans les années 1960 ?

Otto Skorzeny dans les années soixante. Il a quitté son uniforme de colonel, chef de commandos, depuis 1945... Il est recruté par le Mossad en 1962. Photo MAXPPP

Otto Skorzeny dans les années soixante. Il a quitté son uniforme de colonel, chef de commandos, depuis 1945... Il est recruté par le Mossad en 1962. Photo MAXPPP

Boulevard Malesherbes, à Paris. Un long soir de l’été 1962. Dans un petit immeuble XIXe siècle, qui sert alors d’ambassade au jeune État d’Israël, deux hommes présentent leur rapport à un troisième. Ce dernier, sourcils broussailleux, moustache épaisse — il s’appelle Yitzhak Shamir et sera un jour Premier ministre —, garde longtemps le silence. Avant de lancer à ses interlocuteurs : « Allez-y. » Ces mots suffisent : l’une des opérations les plus invraisemblables de l’après-guerre commence.

Objectif : les ingénieurs militaires allemands installés en Égypte. Et parmi eux, des spécialistes de ce que l’on appelait sous le IIIe Reich les « armes secrètes », les missiles balistiques. Les V1 et V2, en 1944 et en 1945, avaient fait plus de destructions à Londres que le Blitz de 1940. Si l’Égypte de Nasser met au point des missiles de puissance équivalente, elle peut raser Tel-Aviv. Enrayer ce programme, et pour cela éliminer les ingénieurs allemands, constitue pour le gouvernement de l’État hébreu une priorité stratégique absolue.

Skorzeny accepte d'aider les israéliens au cours d'une série d'opérations connue sous le nom de code Damoclès

Les services secrets israéliens ont tenté d’infiltrer le milieu allemand du Caire. Ils ne manquent pas d’agents nés et éduqués dans les pays germaniques et capables de se faire passer pour d’authentiques « Aryens ». Mais les experts en « armes spéciales » sont méfiants. Une partie de leurs collègues ont été capturés en 1945 par l’Armée rouge : on n’a jamais plus entendu parler d’eux, mais on se doute qu’ils ont dû collaborer aux programmes équivalents de l’Union soviétique, quelque part en Sibérie. D’autres, notamment le plus célèbre, Wernher von Braun, travaillent pour les Américains, tandis qu’Eugen Sänger et Wolfgang Pilz ont été recrutés par les Français pour leur propre programme balistique. Les experts qui ont pu gagner l’Égypte rêvent de préserver l’indépendance de la recherche militaire allemande et une éventuelle résurrection du Reich. Ils ont réduit au maximum leurs contacts avec le monde extérieur. Y compris avec les vétérans de la Wehrmacht. Ils ne font confiance qu’aux réseaux d’anciens SS, qu’aucun agent israélien n’a pu pénétrer.

Or, le temps presse. En 1960, Sänger a accepté de travailler pour Nasser. Cet ingénieur d’origine autrichienne, qu’une âpre rivalité a toujours opposé à von Braun, est tenu pour un génie en balistique et en aéronautique. En 1936, il a imaginé le Silbervogel (“Oiseau d’argent”) : un appareil qui combinerait les caractéristiques d’un avion et d’un missile et qui pourrait donc naviguer dans la stratosphère (Edgar P. Jacobs s’en est inspiré pour son Secret de l’Espadon, dans la série Blake et Mortimer). Brièvement employé par les Français après la guerre, Sänger a ensuite travaillé pour la recherche balistique ouest-allemande. Officiellement, sa mission en Égypte se borne à la mise sur pied d’une industrie aéronautique locale. Mais il est accompagné par Pilz, qui, lui, a travaillé avec les Français sur des projets de missiles jusqu’en 1958.

Un agent absolument indétectable

Pour les Israéliens, Nasser peut se doter à brève échéance d’engins opérationnels. Le tandem Sänger-Pilz aide l’Égypte à mettre au point et à tester, en 1962, les missiles Al-Qahir (« Conquérant ») et Al- Safir (« Vainqueur ») : “susceptibles d’atteindre Beyrouth”, c’est-à-dire a fortiori tout Israël. Des engins qui peuvent être dotés d’explosifs puissants, voire de charges chimiques ou bactériologiques.

Ce qui vient de se décider boulevard Malesherbes, c’est le recrutement d’un joker : un agent hors classe, absolument indétectable. Et pour cause ! Il s’agit du plus célèbre des baroudeurs du IIIe Reich : le SS-Obersturmbann-führer (lieutenant- colonel SS) Otto Skorzeny. D’origine viennoise, membre du parti national-socialiste autrichien dès 1931, il a d’abord fait partie de la garde personnelle de Hitler, avant de multiplier les faits d’armes tout au long de la Seconde Guerre mondiale. Le plus éclatant : la libération, le 12 septembre 1943, de Benito Mussolini, emprisonné au Gran Sasso, en haute montagne, depuis la chute du régime fasciste italien, quelques semaines plus tôt.

Publié dans Articles de Presse

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