Brésil: prudence du Venezuela après l'élection de Jair Bolsonaro

Publié le par Julien Gonzalez

Brésil: prudence du Venezuela après l'élection de Jair Bolsonaro

La victoire du candidat d'extrême droite à la présidentielle brésilienne pourrait avoir de lourdes conséquences sur les relations entre les deux pays.

Le président vénézuélien Nicolas Maduro, le 24 septembre 2018 à Caracas, lors d'une déclaration auprès de ses ministres. - Miraflores Palace/Handout via REUTERS

Le président vénézuélien Nicolas Maduro, le 24 septembre 2018 à Caracas, lors d'une déclaration auprès de ses ministres. - Miraflores Palace/Handout via REUTERS

Le communiqué du ministère vénézuélien des Affaires étrangères n'a pas tardé à tomber après l'annonce de la victoire de Jair Bolsonaro. Les autorités vénézuéliennes jouent la carte de la diplomatie et de l'apaisement dans leur première réaction. Caracas « félicite le peuple brésilien pour cette célébration civique de ce second tour » - une tournure de phrase qui évite de féliciter directement Jair Bolsonaro - avant d'exhorter cependant « le nouveau président élu à reprendre le chemin de relations diplomatiques de respect, d'harmonie, de progrès et d'intégration régionale ».

Les relations entre Michel Temer et Nicolas Maduro étaient pour le moins tendues et pour cette présidentielle, Nicolas Maduro comptait bien entendu sur un candidat : Lula. Il avait d'ailleurs dénoncé « un procès truqué et faux » contre l'ex-président brésilien qui n'a donc finalement pas pu se présenter.

Pas d'attaque directe

Quant à Jair Bolsonaro, Nicolas Maduro s'est bien gardé de toute attaque directe contre lui. En seul commentaire, au lendemain du premier tour de la présidentielle brésilienne, le chef de l'Etat vénézuélien avait assuré « qu'il était temps de réagir face à l'épidémie fasciste en Amérique Latine » sans en dire plus.

Jair Bolsonaro, lui, a été très critique du Venezuela de Nicolas Maduro. Le jour du premier tour de la présidentielle, il avait notamment déclaré que « les personnes de bien au Brésil veulent s'éloigner du socialisme et ne veulent pas un régime comme celui du Venezuela ». Des propos qui traduisent une de ses stratégies, celle de faire du Venezuela un repoussoir en parlant de la crise qui s'y déroule pour inciter les Brésiliens à ne pas voter pour Fernando Haddad, le candidat du Parti des travailleurs de Lula.

Après la victoire d'Ivan Duque en Colombie, l'arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro dans cet autre pays voisin du Venezuela risque d'accentuer encore un peu plus la pression à l'échelle régionale contre Nicolas Maduro.

L'épineuse question frontalière

Le Brésil et le Venezuela étant deux pays voisins, l'un des premiers sujets qui risque d'opposer Jair Bolsonaro et Nicolas Maduro devrait être la question de la frontière, compte tenu de la quantité de Vénézuéliens qui fuient leur pays. On parle de plus de 70 000 réfugiés vénézuéliens au Brésil, principalement dans l'Etat frontalier de Roraima, une des régions les plus pauvres du Brésil. Des exilés qui vivent dans des conditions précaires, dans des campements ou sous des tentes.

Un exode qui ne se fait pas sans tensions. En février dernier, le gouvernement brésilien avait déclaré l'état d'urgence humanitaire dans la région. Et il y a un peu plus de deux mois, des campements de migrants vénézuéliens avaient été attaqués et brûlés après qu'un commerçant brésilien eut été blessé - sa famille avait accusé un migrant vénézuélien de l’avoir agressé et volé.

Jair Bolsonaro s'est d'ailleurs un peu exprimé sur cette question frontalière. En mars puis août derniers, il avait notamment suggéré la création de « camps de réfugiés pour les Vénézuéliens ». Surtout, le candidat de son parti au poste de gouverneur dans l'Etat de Roraima a gagné ce dimanche. Or il avait affirmé pendant sa campagne qu'il chercherait à imposer « des restrictions » à l'entrée des Vénézuéliens. Les échanges sur ce dossier risquent donc d'être particulièrement tendus.

Un programme régional flou

Sylvain Souchaud, docteur en géographie et co-directeur de la revue Problèmes d'Amérique latine rappelle sur RFI que Jair Bolsonaro a annoncé qu'il prendrait peu en compte les accords commerciaux du Mercosur.

« Par ailleurs et de manière contradictoire, il a annoncé qu'il souhaitait se rapprocher du nouveau président paraguayen », ajoute le chercheur pour qui la politique régionale du nouveau président brésilien est assez peu lisible. Difficile donc d'envisager les relations entre Brasilia et ses voisins à court terme.

Publié dans Articles de Presse

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