La Norvège s'excuse auprès des «filles de boches»

Publié le par Coline Vazquez

La Norvège s'excuse auprès des «filles de boches»

La première ministre norvégienne, Erna Solberg, a présenté ses excuses aux femmes ayant eu des relations avec des soldats allemands pour les humiliations et discriminations qu'elles ont subies après la guerre.

Des Françaises, accusées d'avoir eu des relations avec des nazis, tondues et emmenées en garde-à-vue US ARMY SIGNAL CORPS/AFP

Des Françaises, accusées d'avoir eu des relations avec des nazis, tondues et emmenées en garde-à-vue US ARMY SIGNAL CORPS/AFP

Surnommée «filles de boches», les Norvégiennes ayant eu des relations intimes avec des soldats allemands pendant la Seconde Guerre mondiale ont obtenu des excuses officielles, ce mercredi. Pointées du doigt à la Libération, elles avaient été la cible de représailles et d'humiliations par les autorités. C'est à l'occasion du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme que la première ministre norvégienne, Erna Solberg, a présenté ses excuses auprès de ces femmes victimes, à l'époque, de tontes forcées, d'arrestations sans fondement légal, d'internements sans jugement, de licenciements, d'expulsions ou encore, de déchéances - inconstitutionnelles - de nationalité.

«Dans la période qui a suivi la Libération, de nombreuses jeunes filles et femmes norvégiennes qui avaient eu une relation avec des soldats allemands ou en étaient soupçonnées ont été victimes d'un traitement indigne», a déclaré Erna Solberg, ajoutant: «Aujourd'hui, je veux au nom du gouvernement présenter des excuses». Elles auraient été entre 30.000 et 50.000 à avoir entretenu des relations intimes avec des nazis sous l'occupation, selon une estimation «conservatrice» du Centre norvégien d'études sur l'Holocauste et les minorités religieuses. Pays neutre, la Norvège a été envahie par les Allemands le 9 avril 1940 et occupée par plus de 300.000 soldats.

«On ne peut dire des femmes qui ont eu des relations personnelles avec des Allemands qu'elles ont participé à l'effort de guerre allemand. Leur crime était d'avoir violé des règles non-écrites et des normes morales», a souligné l'historienne Guri Hjeltnes, qui dirige le Centre d'études sur l'Holocauste et les minorités religieuses. «Elles ont tout de même été punies beaucoup plus sévèrement que les profiteurs de guerre», a-t-elle précisé. L'historienne a également souligné qu'aucun des 28 Norvégiens s'étant mariés avec des Allemandes pendant la guerre n'a été expulsé ni déchu de sa nationalité.

«Les enfants de boches»

Ces excuses interviennent 73 ans après la fin de la guerre et alors que vraisemblablement très peu de ces femmes sont encore en vie. Surtout, elles n'ouvrent pas droit à des réparations financières aux familles concernées. Un dédommagement également réclamé par ceux nés de ces unions, surnommés les «tyskeungar», enfants d'Allemands en norvégien. Selon Le Monde , en Norvège, ils seraient entre 10.000 et 12.000, dont l'ancienne chanteuse du groupe Abba, Frida Lyndstad. Ils ont, pour beaucoup, été victimes de discriminations de la part de leurs familles mais aussi des autorités.

En cause, un rapport psychiatrique établi par un professeur de l'époque qui expliquait que les femmes ayant eu des relations avec des Allemands étaient «des attardées mentales», concluant que leur progéniture l'était donc aussi, relate Libération qui cite l'historien Kare Olsen: «Selon ses calculs, environ la moitié des mères d'enfants de la guerre étaient des attardées mentales. De plus, il a estimé que les soldats allemands qui s'étaient contentés de femmes débiles devaient eux-mêmes avoir un problème. Sur la base de ses connaissances sur l'hérédité, il en a conclu que plusieurs milliers de ces enfants de la guerre norvégiens devaient être mentalement attardés!» Or le professeur se basait seulement sur quelques cas de femmes qu'il avait pu observer dans son hôpital.

    «Elle avait neuf ou dix ans lorsqu'on lui grava avec les ongles une croix gammée sur le front» La Cour européenne des droits de l'homme, citant un exemple d'une «enfant de boche»

Dès lors, de nombreux «tyskeungar» ont été placés dans des hôpitaux psychiatriques et institutions, subissant mauvais traitements et discriminations. Ces victimes entendent maintenant obtenir justice auprès des autorités norvégiennes. En 2000, une association a interpellé le premier ministre Kjell Magne Bondevik qui a présenté des excuses publiques. Mais la demande d'indemnisation de l'association est restée lettre morte. 154 «enfants de Boches», Norvégiens, ont alors saisi la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH). Parmi eux, Harriet von Nickel, citée par un document de la Cour, qui a été «souvent enfermée et parfois attachée à une laisse par son père adoptif, qui la battait lorsqu'il regagnait son domicile. Elle avait neuf ou dix ans lorsqu'on lui grava avec les ongles une croix gammée sur le front». Mais en 2007, la CEDH a déclaré leur demande irrecevable en raison du délai de prescription dépassé au moment de leurs démarches.

Publié dans Articles de Presse

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