Le combat quotidien des élus locaux contre les amalgames Vichy/Pétain

Publié le par Matthieu Perrinaud

Le combat quotidien des élus locaux contre les amalgames Vichy/Pétain

Dimanche 21 octobre, le négationniste Robert Faurisson est décédé à son domicile de Vichy. De quoi déchaîner un flot de raccourcis douteux sur les réseaux sociaux. Pour les élus locaux, la coupe est pleine depuis longtemps… 

A la sortie de l'hôtel du Parc-Majestic DR

A la sortie de l'hôtel du Parc-Majestic DR

Vichy ne pourra-t-elle donc jamais tourner la page de ses heures noires ? Alors que la ville, comme ses habitants, n’ont fait que subir le régime de Pétain, les raccourcis de cet épisode avec « Vichy » ou « régime de Vichy » restent ancrés dans le langage commun. Pour les élus locaux, il est essentiel de poursuivre la pédagogie sur ce sujet. Pas seulement pour la petite cité thermale de l’Allier. Mais pour la France.

Claude Malhuret, sénateur Agir de l’Allier
 

Le combat quotidien des élus locaux contre les amalgames Vichy/Pétain

" L’esprit humain a consubstantiellement besoin d’images et de symboles. Vichy est donc lié à l’Etat Français parce que c’est là que les faits se sont produits, de même que Gergovie et Alésia sont liés depuis 2000 ans aux victoires et aux défaites de la guerre des Gaules et Waterloo au désastre de 1815. Le problème n’est pas cette liaison, c’est l’amalgame entre le régime et la ville. Ayant été le maire de cette cité pendant 28 ans, je suis aujourd'hui persuadé qu’à part quelques idiots, toute personne sensée sait distinguer entre le gouvernement de Pétain et les vichyssois d’aujourd'hui (et ceux de l’époque, d’ailleurs).

Mieux vaut se boucher le nez 48 heures que plonger dans l’égout et supporter l’odeur deux fois plus longtemps

Les réseaux antisociaux : moitié fake news, moitié bullshit. J’ai cessé d’en tenir compte. Leur devise : « Je hais donc je suis ». S’ils n’existaient pas il ne faudrait pas les inventer. Je note en revanche qu’à l’occasion de la mort de Faurisson aucun media sérieux ne s’est livré à ces amalgames et que plusieurs ont défendu la ville contre les obscénités, ce qui est plutôt nouveau et encourageant.

Lutter contre le  blaguoscope en furie  de ces réseaux n’est ni nécessaire ni vain, c’est se tirer une balle dans le pied. La durée moyenne d’un « débat » sur ces supports est de 2 jours. En y répondant on la double. Mieux vaut se boucher le nez 48 heures que plonger dans l’égout et supporter l’odeur deux fois plus longtemps. De toutes façons, dans les deux cas, au bout de quelques jours il en reste à peu près ce qui reste d’un pigeon qui a traversé un ventilateur…. "

Bénédicte Peyrol, députée LREM de l’Allier

Le combat quotidien des élus locaux contre les amalgames Vichy/Pétain

" J’ai l’impression qu’on n’est pas très audible en fait, malgré tout le travail qu’on fait Gérard Charasse, mon prédécesseur et son ancien attaché parlementaire, Christophe Pommeray. La question que l’on doit se poser, c’est comment, au niveau national, on fait en sorte d’arrêter d’amalgamer Vichy et le régime de Pétain.

Ça doit se faire au plus au haut niveau. Le président de la République a fait un discours, l’année dernière, où il a lui-même utilisé « régime de Vichy ». Il faut absolument faire passer le message pour que, quand les pouvoirs publics s’expriment, et a fortiori le président ou les ministres, ils restent extrêmement vigilants sur le sujet. C’est un effort permanent.

On pourrait tout à fait organiser un colloque sur le sujet à l’Assemblée nationale

Et ce qui s’est passé avec la mort de Faurisson montre qu’il y a encore beaucoup à faire. Les réseaux sociaux nous permettent une communication de masse. Après, il faut peut-être imaginer une action plus collective. Ce qu’on veut, c’est que ça aille au-delà de l’Allier.

J’imagine cela en vous parlant, mais on pourrait tout à fait organiser un colloque sur le sujet à l’Assemblée nationale. Je pense aussi que la candidature de Vichy au patrimoine mondial de l’Unesco est un vecteur pour évoquer l’histoire local. Cela va permettre de recréer une histoire autour de Vichy, autre qu’uniquement celle de Pétain."

Frédéric Aguilera, maire LR de Vichy

Le combat quotidien des élus locaux contre les amalgames Vichy/Pétain

" D’une part, pour nous, il s’agit d’être exemplaires, d’assumer, de ne pas être dans le déni. Comme avec le projet de centre d’interprétation historique, qui traitera de toute l’histoire vichyssoise.

D’autre part, il faut renverser le discours. J’en suis assez convaincu : si une partie des Français utilisent plus facilement la notion de “Vichy”, c’est que, dans leur ensemble, ils sont un peu dans le déni. En substance, « ça n’était pas Paris, donc ça n’était pas la France ». C’est pour cela que je fais systématiquement référence au discours de Chirac en 95 : c’est l’Etat français. Il était peut-être à Vichy, mais c’est l’Etat français ! Il faut juste que les institutions, les médias acceptent cela. Tant qu’on sera dans ce déni, on aura l’impression que ça ne peut pas recommencer, puisque ça avait été une erreur d’un sous-groupuscule qui n’était pas l’Etat français.

Il y a un profond problème psychologique de non-acceptation de la part de la France

Je pense qu’il y a un profond problème psychologique de non-acceptation de la part de la France. Aujourd’hui il faut assumer qu’un Etat, quel qu’il soit, peut déraper. Et c’est d’ailleurs salutaire ! Je pense que pour ce travail-là, les médias sociaux sont un bon outil. Avant, quand on criait dans notre coin, dans notre commune de 25.000 habitants, ça n’avait aucun retentissement sur le plan national. On a une nouvelle « arme » pour faire entendre notre voix.

Aujourd’hui, je ne laisse plus passer un seul titre dans les médias sans faire un courrier. J’ai écrit ces dernières semaines au Nouvel Obs, à France 3, au Monde... Ce n’est pas simplement pour protéger notre image, mais pour qu’il y ait un tilt, à un moment ou à un autre, même si ça met 10 ans, sur le fait qu’on délocalise la responsabilité. Il faut arrêter de faire croire que ce n’était pas l’Etat français. "

Christophe Pommeray, conseiller municipal d’opposition Mouvement radical de Vichy

Christophe Pommeray est également secrétaire du Comité en l'honneur des 80 parlementaires qui refusèrent de voter les pleins pouvoirs à Pétain en 1940.

Christophe Pommeray est également secrétaire du Comité en l'honneur des 80 parlementaires qui refusèrent de voter les pleins pouvoirs à Pétain en 1940.

" Il y a un argument de fond qu’il faut continuer de développer, c’est que l’expression « Vichy » a été inventée par le régime lui-même. A l’été 1940, les journaux, et en particulier la presse américaine, qui essayaient de qualifier le régime, disaient « junte », « régime autoritaire ». Et c’est le régime, effrayé par ça, qui a commencé à dire « Vichy ». C’est de la communication. On a commencé à cacher l’histoire derrière la géographie. Si on dit aux journalistes : « L’expression que vous utilisez, c’est celle inventée par le régime lui-même pour cacher qu’il était une dictature », je pense qu’à terme ça peut porter.

Et il faut dire que c’est aussi le terme qui a été utilisé à la Libération. Parce que De Gaulle avait besoin, pour reconstruire la France, d’utiliser des fonctionnaires qui avaient travaillé sous Pétain. C’est donc inventé par Pétain, puis repris à la Libération pour ne pas dire ce qu’avait été le régime. On s’est caché derrière ça. » Le deuxième argument de fond, c’est de dire à ceux qui utilisent « Vichy » qu’ils ne disent rien, ni que c’était une dictature, ni que c’était Pétain...

C’est un terme inventé par Pétain, repris à la Libération pour ne pas dire ce qu’avait été le régime. On s’est caché derrière ça

Nous, (avec l’ancien député PRG Gérard Charasse, quand il était son attaché parlementaire, ndlr), on avait mis en place une veille systématique, pendant 20 ans. J’envoie aussi une lettre à chaque nouveau président de la République. Sarkozy avait dit « Vichy a trahi la France », mais ensuite une consigne a été donnée de dire « l’Etat français ». Hollande m’avait répondu à côté. Et je n’ai pas eu de réponse de Macron. Mais vous notez des grands changements. A l’Assemblée, vous ne voyez plus aucun président dire « Vichy ».

Donc ça avance. Ça revient par soubresauts, comme avec Faurisson, qui avait pourtant choisi Vichy bien avant d’être révisionniste. Il était venu en 1951 s’installer en Auvergne après son mariage avec une fille de Brassac-les-Mines, a été agrégé en 1956 et son premier poste, c’est tombé sur Vichy. Mais ses écrits révisionnistes datent de 1974.

Je pense aussi qu’au fond, l’actuel dessein de Frédéric Aguilera en matière d’histoire est le bon (de bâtir un centre d’interprétation historique, ndlr). Je ne vais pas vous dire le contraire, c’était le mien. Tout ça, c’est du long terme. Il faut redire les choses. Et je pense que si tout le monde s’y met, ça avance.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article