Montserrat Caballé, «La Superba» à jamais

Publié le par Rocco Zacheo

Montserrat Caballé, «La Superba» à jamais

Hommage La dernière diva du bel canto s’est éteinte à Barcelone samedi à 85 ans

Montserrat Caballé, ce fut une clarté inouïe du timbre, une grande pureté des suraigus et la délicatesse des pianissimi.

Montserrat Caballé, ce fut une clarté inouïe du timbre, une grande pureté des suraigus et la délicatesse des pianissimi.

Elle était issue d’une époque où l’opéra déchaînait les passions et avait encore cette faculté de générer au sein même des familles des clans d’admirateurs de cantatrices dont les avis demeuraient solidement inconciliables. C’était le temps où on était du côté de la Callas ou de celui de la Tebaldi; où on acceptait dans ce paysage fait de diatribes quelques autres rares divinités, comme la Sutherland. Un temps où le nom de ces divas, que les paparazzi ne lâchaient pas d’une semelle, était flanqué d’un «la», comme pour signifier une proximité affective du mélomane avec sa voix d’élection. Montserrat Caballé était de ce clan très restreint de mythologies. Depuis très longtemps, d’ailleurs, on l’évoquait par une épithète grandiloquente: «La Superba». Mais il n’y avait rien de volé dans cette étiquette.

L’éclosion par un imprévu

Une anecdote a servi très vite à placer le personnage dans le cercle des élues. En 1965, à la question qu’on lui pose sur la plus grande voix en circulation, Maria Callas, alors sur le déclin, répond d’un définitif «only Caballé». À ce moment de sa carrière, la Catalane, née le 12 avril 1933 à Barcelone, est devenue subitement, depuis quelques mois à peine, une incontournable que tout le monde s’arrache. Et comme souvent dans l’art de l’opéra, l’éclosion planétaire de son immense talent se produit grâce à un imprévu. On est en avril de la même année. Le Metropolitan Opera de New York doit présenter «Lucrèce Borgia» de Donizetti. Malade, la soprano Marilyn Horne se voit obligée de renoncer au spectacle. La jeune María Montserrat Bibiana Concepción i Floch – nom complet de la star en devenir – accepte de remplacer la souffrante au pied levé.

Ce fut le début d’un parcours légendaire. Le «New York Times» s’enflamme d’entrée: dans sa voix, le critique trouve la synthèse parfaite entre Callas et Tebaldi. Voilà qui parachève, en une soirée, des années de labeur têtu, durant lequel Caballé a souvent été tentée de tout arrêter. Issue d’un milieu modeste, la cantatrice parvient, grâce à une bourse d’études, à rejoindre le prestigieux Conservatoire del Liceu de Barcelone. Diplôme dans la besace, elle entame alors la dure vie de cantatrice de troupe, pour le compte de théâtres germaniques où les saisons se construisent sur un répertoire fixe où les œuvres à l’affiche varient tous les soirs. La jeune artiste enchaîne ainsi les rôles, fait ses armes et passe par tous les registres. Elle est trois ans durant à l’Opéra de Bâle (1956-1959), puis elle file à Brême pour d’autres aventures, jusqu’à 1962. «J’avais fait le tour du système de troupe, racontera bien plus tard à «Opéra Magazine». J’étais fatiguée. Imaginez qu’en six ans j’avais abordé quarante-deux rôles! J’avais parfois plus l’impression de d’aller à l’usine qu’à l’opéra.»

De Mozart à Richard Strauss

Il n’empêche, cette dure école de la scène lui permettra de maîtriser un vaste répertoire: de Mozart à Richard Strauss, de Donizetti à Bellini, des piliers du vérisme aux grandes œuvres de Verdi. Chez elle, tout le monde s’accorde pour souligner l’éclectisme et, surtout, pour célébrer la clarté inouïe du timbre, les longueurs de note dans les suraigus, la puissance du grave et l’extrême finesse avec laquelle elle glissait dans les pianissimi. Ces rôles inoubliables? On retiendra sans doute possible Norma, Salomé, Maria Stuart ou encore Elena (dans «La donna del lago de Donizetti»).

Ses grandes facultés vocales avaient enfin ceci de prodigieux qu’elles parvenaient à faire oublier un jeu d’actirce peu enthousiasmant. Montserrat Caballé n’avait pas la profondeur tragique de Callas. Mais elle laisse derrière elle un même sillon légendaire. Une trace profonde dans un âge d’or de l’art lyrique qui semble plus que jamais révolu avec sa disparition, samedi à Barcelone. «La Superba» était âgée de 85 ans. (TDG)

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