Quel est le programme de Jair Bolsonaro, élu dimanche au Brésil ?

Publié le par Fanny Marlier

Quel est le programme de Jair Bolsonaro, élu dimanche au Brésil ?

Elu à la tête du Brésil ce dimanche 29 octobre, le candidat d'extrême-droite Jair Bolsonaro entend légaliser le port d'armes, privilégier les activités industrielles en Amazonie et mettre en place une éducation sans "endoctrinement ni sexualisation précoce". 

Quel est le programme de Jair Bolsonaro, élu dimanche au Brésil ?

Surnommé le "Trump tropical", le candidat d'extrême-droite brésilien est arrivé en tête du second tour de l'élection présidentielle avec environ 56 % des voix ce dimanche 28 octobre. Léger, flou, obscur... Son programme de seulement 81 pages est très peu détaillé. "C'est un choix assumé, Jair Bolsonaro et son équipe expliquent qu'ils ne voulaient pas être attaqués sur les détails par leurs adversaires donc ils n'ont pas souhaité le dévoiler en intégralité", indique à Franceinfo Maud Chirio, historienne spécialiste de l'histoire contemporaine du Brésil et maître de conférences à l'université de Paris-Est Marne-la-Vallée. Du coup les électeurs ont voté "sur des idées générales et sur une personne plutôt que sur un programme précis", insiste-t-elle.

Durant la campagne, Jair Bolsonaro a en tout cas promis de s'attaquer à trois axes phares qui chamboulent aujourd'hui le Brésil : la sécurité et la lutte contre la corruption, la santé et l'éducation, et enfin, l'économie. Cet ancien capitaine de l'armée nostalgique de la dictature militaire (1964-1985) a déclenché plusieurs polémiques à travers ses déclarations sexistes, homophobes et racistes. Son slogan ? "Le Brésil au-dessus de tout, Dieu au-dessus de tout". Une référence assumée à l'hymne nazi "L'Allemagne au-dessus de tout", selon plusieurs spécialistes.

Sécurité

En 2017, le Brésil est devenu l'un des pays les plus violents du monde, avec selon l'ONG Seguranca Publica un record atteint de 63 880 homicides en 2017, soit environ sept par heure. Pour faire face à ce fléau le nouveau président du Brésil souhaite libéraliser l'accès aux armes à feu afin de "garantir au citoyen son droit à sa légitime défense, à celle de sa famille, sa propriété et celle d'un tiers". Une étude de l'Institut de recherche économique appliquée (IPEA) (citée par Le Monde) de 2015 prouve pourtant que la loi de 2003 mettant fin au port d'armes "aurait sauvé 121 000 vies sur dix ans, en freinant l'ascension démesurée des homicides."

Il souhaite aussi investir massivement dans les forces de police. Jair Bolsonaro parle même de leur laisser "carte blanche". "Si un policier tue dix, quinze, vingt personnes, il doit être décoré, pas poursuivi", déclarait-il avant le premier tour. Et pour éviter toute condamnation potentielle des forces de l'ordre, il prévoit d'instaurer une protection juridique d’État. Le nouveau président désire également abaisser la majorité pénale de 18 à 17 ans.

Pour lutter contre la corruption, Jair Bolsonaro promet de lutter pour davantage de transparence dans les dépenses publiques en instaurant un système strict de budget et privatisant des entreprises publiques.

Éducation

Ce catholique de la première heure, soutenu par la communauté chrétienne brésilienne, prône un retour à la famille traditionnelle. Et pour se faire il souhaite modifier les programmes et les méthodes d'enseignement en privilégiant les mathématiques, les sciences et le portugais, "sans endoctrinement ni sexualisation précoce". Il a, à plusieurs reprises, dénoncé la prétendue existence d'un "endoctrinement" qui mettrait en avant une "sexualisation précoce", en référence à son adversaire du deuxième tour Fernando Hadad, qui en tant que ministre de l'éducation avait lancé en 2011 un projet de distribution de manuels scolaires visant à lutter contre l'homophobie. Et quitte à propager quelques petites fake news, Jair Bolsonaro avait dénoncé l'usage de "kits gay" dans les écoles, "une porte ouverte à la pédophilie", selon lui. Sur un plateau de télévision il avait alors brandi le Guide du zizi sexuel de Zep, en version portugaise. "Un manuel qui, en réalité, n'a jamais été distribué aux écoles", indique Le Monde.

Il propose aussi de privilégier l'investissement dans les écoles primaires, au détriment de l'enseignement supérieur. Et veut créer de nouveaux collèges militaires gérés par l'armée.

Économie

Le nouveau président du Brésil entend mener une politique ultralibérale et vente les mérites de l'entrepreneuriat. Pour redresser l'économie du pays, il prévoit de s'attaquer au déficit en privatisant ou en capitalisant de nombreuses entreprises publiques. "Même si tout est vendu, cela ne sera pas suffisant. Mais ça signifie une liquidation intégrale de l'ensemble de la participation de l’État à l'économique et la limitation de l’État à des fonctions régaliennes : armée, police, justice", note l'historienne Maud Chirio.

Il désire également ouvrir le pays à davantage d'échanges commerciaux avec l'international et préconise de réduire certains taux d'importation et de barrières non tarifaires tout en instaurant de nouveaux accords bilatéraux. Il envisage aussi une refonte de la fiscalité qui faciliterait la création d'entreprises, et de diminuer les droits des travailleurs.

Environnement

Aucune mention des grandes directives en matière environnementale ne sont inscrites dans son programme. Mais pendant la campagne à l'élection présidentielle, il a fait des déclarations plutôt inquiétantes pour l'avenir de la planète. Jair Bolsonaro a laissé entendre qu'il réfléchissait à sortir des accords de Paris sur le climat. Il prévoit aussi de faire fusionner les ministères de l'Agriculture et de l'Environnement.

Soutenu par le lobby de l'agrobusiness, sa priorité est avant tout l'exploitation des territoires autochtones. "Jair Bolsonaro ne cache pas son intention d'autoriser des projets industriels, hydrauliques et miniers dans les zones protégées", insiste RFI. Le 18 octobre dernier, Greenpeace et WWF, ainsi que plusieurs ONG, alertaient sur le grave danger que représente les velléités du président qui conduiraient à faire "exploser" la déforestation.

Société

Jair Bolsonaro entend mener une lutte active contre les communistes. Dans une vidéo publiée le 21 octobre, il a assuré qu'il allait "accélérer le grand nettoyage du pays des marginaux rouges, des hors-la-loi gauchistes" leur laissant le choix entre l'exil ou la prison.

Si son programme ne fait aucune mention du droit à l'avortement, le candidat d'extrême-droite a promis de lutter contre tout éventuel assouplissement de la loi. Dans le pays, l'IVG est autorisée seulement en cas de viol, de risque pour la santé de la mère ou de grave malformation du cerveau du fœtus. Concernant les droits LGBT, Jair Bolsonaro ne prévoit rien de spécial et a, à plusieurs reprises, fait des déclarations homophobes durant la campagne.

Publié dans Articles de Presse

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