Robert Faurisson, dernière figure du négationnisme, est mort

Publié le par Mémoires de Guerre

Robert Faurisson, dernière figure du négationnisme, est mort

Connu pour ses thèses contestant le génocide des juifs et l’existence de chambres à gaz, il est mort à l’âge de 89 ans à son domicile de Vichy.

Robert Faurisson au tribunal de Paris, le 14 septembre 2000. JACK GUEZ / AFP

Robert Faurisson au tribunal de Paris, le 14 septembre 2000. JACK GUEZ / AFP

Le négationniste français Robert Faurisson, connu pour ses thèses contestant le génocide des juifs, est mort dimanche 21 octobre à l’âge de 89 ans à son domicile de Vichy, a annoncé sa famille et son éditeur. « Robert Faurisson revenait d’Angleterre quand il s’est écroulé dans son couloir dans sa maison de Vichy », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Mme Yvonne Schleiter, sa sœur.

L’ancien professeur de littérature de l’université de Lyon, où il est entré en 1973, avait fait face à une cascade de procès après que ses thèses eurent été publiées dans la presse, fin 1978, déclenchant de vives protestations chez les victimes de la Shoah et dans toute la société française et européenne. M. Faurisson soutenait que le génocide des juifs par les nazis durant la seconde guerre mondiale était un mensonge destiné à récolter des dommages de guerre et que les déportés sont morts de maladie et de malnutrition. Il contestait aussi l’authenticité du Journal de la jeune juive néerlandaise Anne Frank.

Premier condamné en vertu de la loi Gayssot

Dernière figure du négationnisme connue du grand public après le décès de Roger Garaudy en 2012, Robert Faurisson commence dès le début des années 1960 à se pencher sur l’histoire du génocide des Juifs. Sa thèse est d’affirmer que les chambres à gaz n’ont jamais été utilisées pour gazer les hommes, mais qu’elles servaient d’épouillage en temps de guerre. Il a été le premier justiciable français condamné en vertu de la loi Gayssot de 1990, qui interdit de contester les crimes contre l’humanité définis en 1946 par le statut du tribunal de Nuremberg.

Né le 25 janvier 1929 en Grande-Bretagne, d’une mère écossaise et d’un père français, il est agrégé de lettres et exerce d’abord dans le secondaire avant d’enseigner à l’université Paris III puis à partir de 1973 à l’université Lyon II. Celui qui se voulait « le maître à penser du négationnisme mondial », commence alors à diffuser ses idées dans les cercles universitaires puis dans les médias.

En 1978, Faurisson fait parler de lui en publiant dans Le Monde une lettre tribune intitulée « le problème des chambres à gaz ou la rumeur d’Auschwitz ». La polémique enfle, il ne peut plus exercer normalement ses cours et se consacre alors à l’enseignement à distance.

Il se proclame « anti-sioniste », une position qui lui vaudra le soutien de l’Iran, où il devient une figure intellectuelle. En 2012, il reçoit du président Mahmoud Ahmadinejad le premier prix honorant « le courage, la résistance et la combativité ».

« Prix de l’infréquentabilité »

Devenu une icône, en France, des théories niant l’existence d’un génocide des juifs, il a également perdu de nombreux procès pour diffamation, intentés contre ceux qui le décrivaient comme un « menteur » ou un « faussaire de l’histoire », comme ce fut le cas de Robert Badinter, lors d’une décision de justice rendue en 2007.

Robert Faurisson avait été condamné à trois reprises en 1981 pour diffamation à l’encontre d’un chercheur du CNRS et pour diffamation raciale après avoir nié le génocide des juifs au micro d’Europe 1.

Plus récemment, Robert Faurisson s’était vu remettre le « prix de l’infréquentabilité », en 2008, sur la scène du Zénith de Paris par l’humoriste français Dieudonné M’Bala M’Bala. Le polémiste a été condamné par la cour d’appel de Paris à 10 000 euros d’amende pour ce spectacle, au cours duquel il demandait au public d’applaudir Robert Faurisson, qui s’était vu remettre le prix par un comparse déguisé en déporté juif.

Au mois d’avril 2018, la cour d’appel de Paris a confirmé le jugement qui avait débouté M. Faurisson de sa plainte en diffamation contre Le Monde, suite à un article écrit en 2014 par la journaliste Ariane Chemin, dans lequel elle qualifiait la thèse de l’ancien professeur de « délirante ». Les magistrats avaient mis en avant, fait rare dans l’histoire du droit de la presse, une « exception de vérité », attestant du fait que Robert Faurisson pouvait être qualifié de « faussaire » par la journaliste.

Le jeudi 25 octobre, le tribunal correctionnel de Cusset (Alliers) devait rendre son jugement à l’encontre de Robert Faurisson, poursuivi pour contestation de crime contre l’humanité dans trois textes publiés en 2013 et 2014 sur son site internet.

« Involontairement, un grand service rendu »

Robert Faurisson, le 27 février 1998. AFP/MICHEL GANGNE

Robert Faurisson, le 27 février 1998. AFP/MICHEL GANGNE

L’historien de la déportation Serge Klarsfeld a réagi, lundi matin, à sa mort, qui, selon lui, a « rendu un grand service involontairement » en permettant que la Shoah soit « l’un des événements les mieux connus du monde ». « Il était un des pionniers du négationnisme. Ce qu’il écrivait était pour moi répulsif, agaçant, douloureux », a déclaré Serge Klarsfeld.

« Les négationnistes (…) ont fait comprendre au monde juif et au monde scientifique qu’il fallait un grand travail universitaire à travers le monde occidental pour pouvoir écrire chaque page de la Shoah d’une façon très précise », a ajouté le président de l’association Fils et filles des déportés juifs de France.

La ministre chargée des affaires européennes, Nathalie Loiseau, a souhaité lundi l’enterrement pour toujours du « négationnisme hideux », avec le décès du négationniste français Robert Faurisson.

« Robert Faurisson est mort aujourd’hui. Enterrons une fois pour toutes le négationnisme hideux. Sans fleurs ni couronnes », a tweeté la ministre, une des premières responsables politiques à réagir.

Le secrétaire d’État chargé de la fonction publique Olivier Dussopt a de son côté dit « pense [r] aux victimes de la Shoah dont la mémoire a été piétinée ».

Jean-Marie Le Pen, cofondateur du Front national – devenu Rassemblement national –, a jugé dans un communiqué lundi que le cas de Robert Faurisson était « emblématique du recul des libertés d’expression et d’opinion » en France. 

    « Je ne connaissais pas Robert Faurisson, mais les moyens considérables employés durant des décennies pour le réduire au silence me paraissent emblématiques du recul des libertés d’expression et d’opinion dans notre pays »

« Les lois dites mémorielles employées pour criminaliser les adversaires politiques de tous bords sont la marque d’un virage anti-démocratique dont les divers pouvoirs usent et abusent contre l’esprit patriotique et les rébellions identitaires des peuples », a ajouté l’ancien candidat à la présidentielle, lui même condamné en justice pour avoir affirmé, en 2015, que les chambres à gaz était « un détail » de l’histoire de la seconde guerre mondiale.

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