Le maréchal Pétain, de Verdun à Vichy

Publié le par Le Point

Le maréchal Pétain, de Verdun à Vichy

VIDÉO. Pour Emmanuel Macron, le maréchal Pétain a été « un grand soldat » malgré ses « choix funestes ».

Le maréchal Pétain, de Verdun à Vichy

Après avoir évoqué un hommage aux Invalides pour le maréchal Pétain, Emmanuel Macron s'est justifié en disant : « Je ne pardonne rien, mais je ne gomme rien de notre histoire. » Pour le chef de l'État, Pétain a été un « un grand soldat » en 1914-1918 avant de faire des « choix funestes » entre 1940 et 1945.

En août 1914, le colonel Pétain a 58 ans et est tout près de la retraite. Devenu général l'année suivante, il va imposer lors de la terrible bataille de Verdun en 1916. Sa conception de la guerre : reculs tactiques, emploi massif de l'artillerie, refus des offensives inutiles. En mai 1917, il est nommé commandant en chef des armées françaises et sait redonner confiance aux troupes grâce à quelques succès et à sa prudence.

Faire fusiller « pour l'exemple »

L'historienne Bénédicte Vergez-Chaignon, auteure d'une biographie de Pétain (éditions Perrin, 2014), écorne cependant le mythe du héros et du « plus humain des chefs ». Si Pétain économise la vie des soldats, explique-t-elle en substance, ce n'est ni par humanisme ni par compassion, mais parce qu'il dispose de ressources humaines limitées. Pour mater les mutineries de 1917, il améliorera le quotidien du poilu, mais continuera de faire fusiller « pour l'exemple ».

Au sortir de la guerre, en novembre 1918, il est maréchal de France et auréolé d'un immense prestige. En juin 1940, alors que la défaite sur le sol français est inévitable, le maréchal Pétain est nommé à la tête du gouvernement et, refusant de poursuivre le combat à partir de l'Afrique du Nord, il signe un armistice avec l'Allemagne. L'Assemblée nationale lui vote les pleins pouvoirs le 10 juillet. Devenu chef de l'État, il instaure un régime autoritaire, qui s'installe à Vichy, dans la « zone libre », non occupée par les Allemands.

Devançant la demande des nazis, le nouveau pouvoir publie dès le mois d'août les premiers décrets contre les juifs. Dans un premier temps, désireux de bonnes relations avec l'Allemagne nazie, il rencontre Adolf Hitler à Montoire en octobre 1940, il s'efforce cependant de garder le contact avec la Grande-Bretagne et les États-Unis. En décembre 1940, il renvoie le chef du gouvernement Pierre Laval, qui défend une collaboration sans limites avec les nazis, et le remplace par l'amiral François Darlan. Mais il ne peut tenir tête longtemps aux pressions des nazis et, sur leur ordre, rappelle Laval en avril 1942. En novembre 1942, les Allemands pénètrent en zone libre et occupent toute la France. Ne disposant plus de la moindre marge de manœuvre, il laisse se livrer aux pires exactions la milice du régime et déporter, sans protester, des dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, juifs en grande majorité.

Enlevé par les Allemands

En août 1944, il est enlevé par les Allemands, qui l'installent à Sigmaringen (Allemagne). En avril 1945, il passe en Suisse et se rend à la justice française pour être jugé. Condamné à mort, il voit sa peine commuée en détention perpétuelle et meurt en prison à l'île d'Yeu en 1951, à 95 ans.

Le général de Gaulle, qui avait servi sous les ordres de Pétain avant la Première Guerre, devient son ennemi quand il se dresse contre la capitulation en juin 1940. Chef du gouvernement à la Libération, il le graciera en 1945. Président de la République, il refusera le transfert de ses cendres à Verdun, mais fera fleurir sa tombe à l'île d'Yeu le 11 novembre 1968, à l'occasion du cinquantenaire de la fin de la Première Guerre mondiale.

Un geste que renouvellera chaque année, de 1986 à 1992, un de ses successeurs, François Mitterrand, qui avait reçu en 1943 la francisque, décoration du régime de Vichy, au moment où, paradoxalement, il rejoignait la Résistance. Au-delà de leur attitude envers Pétain lui-même, les présidents de Gaulle et Mitterrand se retrouveront pour refuser toute légitimité historique au régime de Vichy, qui pour eux ne représentait en rien la France de l'époque. Une attitude avec laquelle rompra Jacques Chirac en 1995 en reconnaissant la responsabilité de « l'État français » dans les déportations de juifs. François Hollande ira plus loin en parlant en 2012 d'un « crime commis par la France ».

Publié dans Articles de Presse

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