Les cinq pires provocs de Viktor Orbán

Publié le par Aude Massiot

Les cinq pires provocs de Viktor Orbán

Le Premier ministre hongrois est un habitué des coups d'éclat. Dernier en date : l'annonce mardi d'un référendum sur le plan européen de répartition des réfugiés. Retour sur une stratégie d'isolement qui fonctionne très bien.

Un masque à l'effigie de Viktor Orbán lors d'une manifestation en Belgique en septembre. Photo Yves Herman.Reuters

Un masque à l'effigie de Viktor Orbán lors d'une manifestation en Belgique en septembre. Photo Yves Herman.Reuters

Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois connu pour son nationalisme virulent, surfe maintenant sur la vague de référendums que connaissent les pays européens. Et alimente à nouveau le climat anti-migrants déjà prégnant en Hongrie. Historique de ses derniers coups médiatiques.

1) Le référendum sur les réfugiés

«Voulez-vous que l’Union européenne décrète une relocalisation obligatoire de citoyens non-hongrois en Hongrie sans l’approbation du Parlement hongrois ?» Voici la question à laquelle devront répondre les citoyens hongrois le 2 octobre. Ce référendum, demandé par le Premier ministre Viktor Orbán du parti de droite Fidesz (Union civique hongroise), est son dernier coup porté aux institutions européennes. Martin Schulz, le président social-démocrate du Parlement européen, n’a pas tardé à réagir : «Viktor Orbán ne va pas prendre de réfugiés dans le pays, avec ou sans référendum. C’est un acte pour justifier une politique qu’il a déjà appliquée depuis plus d’un an.» Selon ce dernier, les quotas européens d’accueil de réfugiés, que refuse Viktor Orbán, prévoiraient 1 290 personnes à accueillir en Hongrie. Un chiffre dérisoire au vu des 18 675 personnes déjà arrivées dans le pays en 2014, selon le Haut Commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR). Pour Martin Schulz, cela ne fait aucun doute, «il s’agit de propagande».

2) 900 «no-go zones» en Europe, vraiment?

Après la chaîne américaine Fox News au moment des attentats à Charlie Hebdo et à l’Hyper Cacher, Viktor Orbán s’est emparé des «no-go zones». Dans son mouvement de recul vis-à-vis de l’Union européenne (sans envisager d’en sortir), le gouvernement conservateur a revendiqué, sur un site internet fustigeant la politique migratoire de l’UE, l’existence de «900 no-go zones» en Suède, Danemark, Allemagne, Angleterre, Pays-Bas et surtout en France, des espaces sur lesquels les autorités n’arriveraient pas à garder le contrôle.

La carte publiée sur le site kvota.kormany.hu du gouvernement, contre la politique européenne de quotas de réfugiés.

La carte publiée sur le site kvota.kormany.hu du gouvernement, contre la politique européenne de quotas de réfugiés.

3) Les questionnaires «immigration et terrorisme» 

Le geste n’a pas été apprécié par tout le monde. Le matin du 2 mai 2015, les citoyens hongrois ont reçu un questionnaire du gouvernement dans leur boîte aux lettres, intitulé «Consultation nationale sur l’immigration et le terrorisme». Le sondage était accompagné d'une lettre du Premier ministre où l’on pouvait lire : «Puisque Bruxelles a échoué à résoudre la question de l’immigration, la Hongrie doit suivre sa propre voie. Nous ne laisserons pas les immigrés économiques mettre en danger l’emploi des Hongrois et leur gagne-pain […]. Je compte sur votre opinion.» Pour signifier leur désaccord contre ce texte, des habitants de Budapest ont transformé leur questionnaire en bateau en papier pour les lancer sur le Danube. Ils refusaient de répondre à des questions aussi orientées. Extrait : «Etes-vous d’accord avec le fait que les migrants menacent l’existence et l’emploi des Hongrois ?»

4) Et si on rétablissait la peine de mort ?

Comme si de rien n’était, Viktor Orbán a annoncé le 28 avril 2015 vouloir «remettre la peine de mort à l’ordre du jour en Hongrie», 15 ans après son abolition. Faut-il préciser que cette mesure punitive est interdite par la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ? Son abrogation est d’ailleurs une condition pour intégrer le club des 28. Après avoir reçu un coup de fil express de Martin Schulz, Viktor Orbán s’est rétracté. Cette sortie était un moyen pour le Premier ministre de marcher, un peu plus, sur les plates-bandes du parti d’extrême droite Jobbik, de plus en plus populaire auprès de l’électorat hongrois. Le parti avait remporté 20,5% des suffrages aux élections législatives de 2014.

5) La chrétienté contre «le nid de guêpes» musulman

Depuis son retour au pouvoir en 2010 après huit ans d’opposition, Viktor Orbán se présente comme le défenseur de «l’identité chrétienne en Europe». Peu après son accession au pouvoir, une photo de sa femme et lui en train de prier dans son bureau a ainsi circulé dans le pays. Son argumentaire s’est encore accentué avec l’augmentation de l’afflux de migrants que connaît le pays depuis deux ans. Ainsi, dans un discours pour célébrer l’insurrection de 1848 contre les Habsbourg, le 18 mars 2015, le Premier ministre n’a pas hésité à lancer : «Au sud, nous pouvons voir le peuple du croissant dans ses multitudes, le bourdonnement et l’agitation incessants de ce nid de guêpes.» Quelques mois plus tard, dans un entretien avec le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, il désignait les «musulmans dans leur majorité» comme une menace pour l’identité chrétienne européenne.

Publié dans Articles de Presse

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