Administration Gerald Ford

Publié le par Mémoires de Guerre

La présidence de Gerald Ford débuta le 9 août 1974, date de l'investiture de Gerald Ford en tant que 38e président des États-Unis à la suite de la démission du président Richard Nixon, et prit fin le 20 janvier 1977. Membre du Parti républicain, Ford avait précédemment été nommé vice-président des États-Unis le 6 décembre 1973 en remplacement de Spiro Agnew, également démissionnaire. Il est ainsi la seule personne à ce jour à avoir été à la fois vice-président et président des États-Unis sans avoir été élu à l'un ou l'autre poste. Il quitta le pouvoir après sa défaite à l'élection présidentielle de 1976 face au candidat démocrate Jimmy Carter.

Administration Gerald Ford

Historique

Ford entra en fonction à la suite du scandale du Watergate, qui avait accentué la méfiance de la population américaine à l'égard de ses institutions politiques. Son premier acte important, et aussi l'un de ses plus controversés, fut d'accorder la grâce présidentielle au président Richard Nixon pour son implication dans le scandale du Watergate. Sur le plan intérieur, Ford eut à gérer la pire économie depuis la Grande Dépression caractérisée par une inflation galopante et une récession durant son mandat. Après s'être montré initialement favorable à une augmentation des impôts destinée à lutter contre l'inflation, il plaida en faveur d'une réduction des taxes afin de stimuler l'économie et ratifia deux lois qui allaient dans ce sens. Sous la présidence de Ford, la politique étrangère fut caractérisée par un rôle toujours plus grand du Congrès dans les prises de décision et une réduction des pouvoirs du président en la matière. Avec la chute de Saïgon et l'annexion du Sud-Vietnam par le Nord-Vietnam neuf mois après son accession à la présidence, l'implication des États-Unis au Vietnam prit définitivement fin. Ford signa également les accords d'Helsinki, marquant un mouvement vers la détente dans la guerre froide.

Durant les primaires du parti républicain de 1976, Ford battit l'ancien gouverneur de la Californie Ronald Reagan pour l'investiture républicaine. Cependant, il perdit de justesse l'élection présidentielle de 1976 face à son rival démocrate, ancien gouverneur de la Géorgie, Jimmy Carter. Ford est généralement considéré par les historiens et les politologues comme un président moyen voire inférieur à la moyenne. À la suite de la démission du vice-président Spiro Agnew en octobre 1973, Gerald Ford fut nommé vice-président des États-Unis le 6 décembre 1973 par le président Richard Nixon. Dans les mois qui suivirent son accession à la vice-présidence, Ford plaida l'innocence de Nixon dans le scandale du Watergate, bien que des éléments de l'enquête démontraient à présent avec certitude que la Maison-Blanche avait ordonné l'effraction et tenté ensuite d'étouffer l'affaire. En juillet 1974, après que la Cour suprême ait demandé au président la restitution des enregistrements de certaines de ses conversations dans le Bureau ovale, le Comité judiciaire de la Chambre des représentants lança une procédure d'impeachment contre Nixon. Les bandes furent rendues publiques et révélèrent clairement l'implication du président dans l'affaire du Watergate. Nixon convoqua Ford dans le Bureau ovale le 8 août pour l'informer qu'il comptait donner sa démission. Nixon quitta officiellement ses fonctions le lendemain, faisant de Ford le premier vice-président et président des États-Unis à n'avoir jamais été élu.

Immédiatement après avoir prêté serment dans l’East Room de la Maison-Blanche, Ford s'adressa à la nation américaine dans un discours retransmis en direct à la télévision. Devant le caractère inhabituel de sa situation, il déclara : « je suis parfaitement conscient que vous ne m'avez pas élu président par vos bulletins de vote, et je vous demande donc de me confirmer comme tel par vos prières ». Il ajouta : « Je n'ai pas cherché cette énorme responsabilité, mais je ne m'y déroberais pas. Ceux qui m'ont proposé et confirmé en tant que vice-président étaient mes amis et le restent. Ils étaient des deux partis, élus par le peuple et agissant en leur nom en vertu de la Constitution. Il est donc juste aujourd'hui pour moi de promettre, à eux et à vous, que je serai un président pour tous. » Une fois entré en fonctions, Ford décida de maintenir en place le cabinet de l'administration précédente et les plus hauts conseillers. Il devait également choisir son propre vice-président. Le 20 août, Nelson Rockefeller, chef de l'aile libérale du parti, fut sélectionné pour le poste. Rockefeller fut longuement auditionné par le Congrès ce qui créa une situation embarrassante lorsqu'il fut révélé qu'il avait accordé des dons importants à des membres hauts placés de l'administration, dont Henry Kissinger. Bien que les républicains conservateurs n'étaient pas enthousiasmés à l'idée de nommer Rockefeller, la plupart d'entre eux, à l'exception de quelques-uns comme Barry Goldwater, confirmèrent sa nomination qui fut ratifiée par le Sénat et la Chambre des représentants. Ford promit de donner à Rockefeller un rôle important dans l'élaboration de la politique intérieure de l'administration, mais ce dernier fut rapidement marginalisé par certains membres influents du cabinet, à l'instar de Donald Rumsfeld

De l'administration précédente, Ford ne garda que deux hommes, Henry Kissinger au poste de secrétaire d'État et William E. Simon au Trésor. Il nomma William Coleman aux Transports, qui devint alors le deuxième Afro-Américain à entrer dans un cabinet présidentiel. Il choisit George H. W. Bush comme ambassadeur en Chine en 1974 puis comme directeur de la CIA à la fin de 1975. Il fit de Donald Rumsfeld son chef de cabinet de la Maison-Blanche, puis son secrétaire à la Défense en 1975 : il fut remplacé par Dick Cheney, un jeune politicien du Wyoming. Rumsfeld et Cheney devinrent rapidement les membres les plus influents de l'administration Ford. Alexander Haig occupa le poste de chef de cabinet pendant 18 mois avant d'être nommé commandant de l'OTAN en Europe. Ford nomma également Edward H. Levi au poste de procureur général, avec pour mission de « nettoyer » le département de la Justice qui avait été politisé à des niveaux encore jamais atteints sous la présidence de Richard Nixon. Ford remania profondément son cabinet à l'automne 1975, en plaçant des hommes plus conservateurs à plusieurs postes-clés : ces changements furent surnommés le « massacre d'Halloween » (Halloween Massacre) par les journalistes politiques. Ford diminua de 10 % les effectifs de la Maison-Blanche, qui passèrent de 540 employés à 485. Le 18 décembre 1975, le président nomma John Paul Stevens à la Cour suprême en remplacement de William O. Douglas parti à la retraite. Tous ces changements avaient pour but de renforcer Ford sur son aile droite face à la montée de son principal concurrent au sein du Parti républicain, le gouverneur de Californie Ronald Reagan. Le président entendait par ailleurs mettre fin au conflit interne entre Kissinger et le secrétaire à la Défense James Schlesinger. Kissinger fut maintenu comme secrétaire d'État mais Brent Scowcroft le remplaça en tant que conseiller à la sécurité nationale

Grâce de Nixon

Le 8 septembre 1974, Ford publia la proclamation 4311 qui accordait à Nixon un pardon complet et inconditionnel pour tous les crimes qu’il aurait pu commettre envers le pays en tant que président,. Lors d’une émission télévisée, il mit en avant la situation médicale de l'ex-président et son désir de réconcilier tous les Américains pour motiver sa décision : « leur tragédie [celle de Nixon et de sa famille] est une tragédie nationale dans laquelle nous avons tous joué un rôle. Cela pourrait continuer comme ça pendant longtemps, à moins que quelqu’un n’y mette un terme. J’en suis arrivé à la conclusion que je suis le seul habilité à prendre cette décision, et que si je peux le faire, je le ferais ». La grâce de Nixon souleva de nombreuses réactions. Les sondages Gallup montrèrent que la cote d’approbation de Ford avait chutée de 71 % avant le pardon à 50 % immédiatement après. Le geste du président fut tourné en dérision et les critiques affirmèrent qu’un « marché corrompu » avait été passé entre les deux hommes, affirmant que la décision de Ford de gracier Nixon avait été obtenu en échange de la démission de ce dernier, afin de permettre à Ford d’accéder à la présidence. L’attaché de presse et ami de Ford, Jerald terHorst, donna sa démission en signe de protestation. 

Selon Bob Woodward, Alexander Haig, le chef de cabinet de Nixon, aurait suggéré à Ford de gracier l’ancien président, mais ce dernier aurait par la suite accepté le marché pour d’autres motifs, principalement en raison de l’amitié qu’il portait à son prédécesseur. Les historiens, ainsi que Ford lui-même, estiment que cette controverse a été l’une des principales causes de la défaite de Ford à l’élection de 1976. Un éditorial du New York Times déclarait à l’époque que pardonner Nixon avait été « un acte profondément imprudent, clivant et injuste » et que cela avait détruit la crédibilité du nouveau président « en tant qu’homme de jugement, de franchise et de compétence ». La grâce accordée à Nixon constitua un fardeau pour le reste de la présidence de Ford et elle détériora les relations entre le président et les membres du Congrès. Contre l'avis de la plupart de ses conseillers, Ford accepta de comparaître devant un sous-comité de la Chambre des représentants qui voulait en savoir plus sur les raisons qui avaient motivé le choix du pardon. Le 17 octobre 1974, Ford fut le premier président américain à témoigner devant le Congrès depuis Abraham Lincoln. En 2001, la bibliothèque présidentielle John F. Kennedy décerna à Ford le Profile in Courage Award pour sa décision de gracier Nixon. En remettant le prix à Ford, le sénateur Ted Kennedy déclara qu’il s’était lui-même initialement opposé à la grâce de Nixon, mais que l’histoire avait montré que Ford avait fait le bon choix. 

Amnistie conditionnelle

Durant la guerre du Viêt Nam, environ 1 % des Américains éligibles à la conscription n'avaient pas été enrôlés et environ 1 % de ceux qui avaient été convoqués avaient refusé de servir. Ces derniers furent brocardés comme « réfractaires » et un grand nombre décida de partir pour le Canada, certains préférant malgré tout rester aux États-Unis. Ford s'était opposé au Congrès à toute forme d'amnistie pour les réfractaires, mais une fois arrivé à la présidence, ses conseillers le persuadèrent qu'un programme de clémence aiderait à résoudre un problème litigieux et améliorerait son image auprès du public. Le 16 septembre 1974, peu après avoir annoncé sa décision de gracier Nixon, Ford décida d'amnistier sous conditions les déserteurs et les « planqués » de la guerre du Viêt Nam. Les conditions de l'amnistie exigeaient une réaffirmation d'allégeance aux États-Unis et deux années de travail dans un secteur de la fonction publique. Dans le cadre du programme intitulé « Pour le retour des réfractaires à la conscription et des déserteurs militaires du temps de la guerre du Viêt Nam », un comité de clémence fut créé afin d'examiner les dossiers et faire des recommandations en vue de l'obtention d'une grâce présidentielle et d'une modification du statut de la décharge militaire. La politique de clémence initiée par Ford fut approuvée par la plupart des conservateurs, mais fut en revanche attaquée par la gauche qui réclamait une amnistie totale. 

Politique économique et budgétaire

L'économie fut l'une des grandes préoccupations de l'administration Ford. Les États-Unis traversaient alors une période de stagflation que les économistes attribuaient, entre autres, au choc pétrolier de 1973 et la concurrence croissante de pays comme le Japon. La fin du boom économique de l'après-guerre remettaient en question le bien-fondé des théories keynésiennes et les partisans du laissez-faire, comme Alan Greenspan, acquirent de plus en plus d'influence au sein du gouvernement. L'un des premiers actes de Ford en tant que président concernait l'économie avec la création, par ordre exécutif du 30 septembre 1974, d'un « Conseil à la politique économique » (Economic Policy Board). En octobre 1974, en réponse à la hausse de l'inflation, Ford demanda au peuple américain de « donner un coup de torchon le plus vite possible sur l'inflation » (les initiales de l'expression américaine donnaient l'acronyme WIN qui signifie « gagner » en anglais). Il recommanda même à ses concitoyens, dans une partie de son programme, de porter des badges « WIN ». 

À cette époque, l'inflation était considéré comme la principale menace pour l'économie et les autorités pensaient qu'un contrôle de l'inflation permettrait de résorber le chômage. Pour mettre un frein à la hausse des prix, le gouvernement encouragea les Américains à limiter leurs dépenses et leur consommation, notamment en essence. Ford espérait que la population répondrait à cet appel à la retenue, comme cela avait été le cas pour le président Franklin Delano Roosevelt lors de la Seconde Guerre mondiale, mais le public accueillit « WIN » avec scepticisme et en définitive, le programme eut peu d'impact. Parallèlement à cette action, Ford proposa un programme économique en dix points dont la principale mesure consistait en une augmentation d'impôts pour les entreprises et les hauts salaires. Le président estimait que cela ralentirait l'inflation tout en réduisant le déficit budgétaire du gouvernement, mais la situation économique continua d'empirer et Ford dut se résoudre à abandonner sa proposition. 

La focalisation sur l'économie évolua quand le pays entra dans une récession modeste. Le taux de chômage s'éleva de 6,5 % en novembre 1974 à 9,1 % en 1976. En janvier 1975, Ford proposa une réduction d'impôt de 16 milliards de dollars sur un an afin de stimuler la croissance économique ainsi qu'une diminution des dépenses pour éviter une hausse de l'inflation. Ford fut largement critiqué pour sa décision de baisser les impôts après s'être longtemps montré favorable à leur augmentation. À l'issue des débats au Congrès, le montant des dégrèvements fut réévalué à 22,8 milliards de dollars sans pour autant que les dépenses fédérales soient sensiblement affectées. Cette remise sur l'imposition (Tax Reduction Act) fut avalisée sous forme de loi par le Congrès et ratifiée par le président Ford en mars 1975. Cela porta le déficit du budget fédéral à environ 53 milliards de dollars pour l'année fiscale 1975 et jusqu'à 73,7 milliards pour l'année 1976. Il tenta de convaincre les parlementaires de lever le contrôle des prix du pétrole américain décidé par Nixon et qui contribua au choc pétrolier de 1973 ; mais il n'obtint pas gain de cause avant décembre 1975 (Omnibus Energy Bill prévoyant une baisse des prix du pétrole américain et la levée temporaire du contrôle des prix).

Le budget fédéral fut constamment en déficit sous la présidence de Ford. Bien qu'il s'inquiétât de la façon dont le programme serait financé eu égard à la politique de restriction budgétaire mise en œuvre, le président signa l’Education for All Handicapped Children Act of 1975, qui prévoyait un enseignement spécial pour les enfants handicapés aux États-Unis. Ford, dans un communiqué de presse publié à l'occasion de la ratification de la loi, adressa son « fervent soutien à toutes les opportunités d'éducation pour nos enfants atteints de handicaps ». Au moment de la banqueroute de la municipalité de New York en octobre 1975, le maire Abraham Beame ne réussit pas à obtenir l'aide de l'État fédéral. La une du Daily News titra le 30 octobre « Ford à la ville : Crevez ! » (Ford to City: Drop Dead). Ford changea finalement d'avis à la fin de l'année en autorisant un prêt de 2,3 milliards de dollars à la ville de New York, ce qui permit d'écarter le risque de faillite. 

La commission Rockefeller

Avant l'accession de Ford à la présidence, la CIA avait constitué, en dehors de toute procédure légale, des dossiers sur des groupes de dissidents américains opposés à la guerre du Viêt Nam. À la suite du scandale du Watergate, le directeur de la CIA William Colby fit rédiger un rapport sur l'ensemble des activités nationales de l'agence. Une grande partie du rapport fut rendue publique et le journaliste d'investigation Seymour Hersh publia un article à son sujet en décembre 1974. Les révélations suscitèrent l'indignation du public et des membres du Congrès. En réponse aux demandes de plus en plus pressantes de mettre fin à ces pratiques, Ford chargea une commission présidentielle dirigée par le vice-président Nelson Rockefeller de mener une enquête. La commission Rockefeller marqua un précédent puisque c'était la première fois qu'une commission présidentielle était créée pour enquêter sur l'appareil de sécurité nationale. Le rapport de la commission, présenté en juin 1975, était plutôt favorable à la CIA, mais notait cependant que « la CIA s'est engagée dans certaines activités critiquables et qui ne devraient plus être autorisées à l'avenir ». La presse attaqua vivement la commission pour ne pas avoir inclus dans son rapport un chapitre sur les projets d'assassinats fomentés par la CIA

Une commission sénatoriale dirigée par le sénateur Frank Church commença elle aussi à enquêter sur les abus de l'agence de renseignement américaine. Ford craignait que la commission Church ne soit utilisé à des fins partisanes et refusa de remettre certains documents classifiés, mais Colby coopéra néanmoins avec la commission. Tirant les conclusions du rapport de la commission Church, les deux chambres du Congrès établirent des comités spéciaux chargés de surveiller les agissements des services de renseignement. Selon des documents internes de la Maison-Blanche et de la commission révélés en février 2016 par les archives de la sécurité nationale, l'administration Ford aurait significativement édulcoré le rapport final de la commission Rockefeller publié en 1975, sur les objections de certains de ses hauts responsables. Les modifications comprenaient la suppression d'un chapitre complet de 86 pages portant sur les complots et tentatives d'assassinats intentés par la CIA ainsi que diverses corrections apportées au rapport par le chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche, Dick Cheney

Affaires sociétales

En 1975, Ford, qui était un partisan déclaré de l’Equal Rights Amendment, publia une proclamation dans laquelle il statuait : « Sur cette terre des hommes libres, il est juste, et cela doit l'être par nature, que tous les hommes et toutes les femmes soient égaux devant la loi. En conséquence, moi, Gerald R. Ford, président des États-Unis d'Amérique, afin de rappeler à tous les Américains qu'il est juste et approprié de ratifier l'amendement pour l'égalité des droits voté par le Congrès des États-Unis d'Amérique, de manière à garantir l'égalité devant la justice pour tous, hommes et femmes, je désigne et proclame le 26 août 1975 comme la journée de l'égalité des femmes. »

Sur l'avortement, Ford était sous sa présidence personnellement favorable à « un amendement constitutionnel fédéral qui permettrait à chacun des 50 États de faire le choix en la matière ». Cela avait également été sa position en tant que chef de la minorité à la Chambre face à l'arrêt Roe v. Wade rendu par la Cour suprême en 1973, auquel il s'était opposé. Ford fut critiqué pour une interview que sa femme Betty avait accordée à l'émission 60 Minutes en 1975, dans laquelle elle avait déclaré que l'arrêt Roe v. Wade était « vraiment une super décision ». Plus tard dans sa vie, Ford s'identifia comme pro-choix.

Ford fut également confronté à une épidémie de grippe porcine en 1976. Au début des années 1970, une souche grippale H1N1 s'était transformée en une grippe particulièrement virulente contre les cochons avant de se transmettre aux hommes. Le 5 février 1976, un soldat mourut dans des conditions mystérieuses à Fort Dix et quatre de ses camarades furent hospitalisés. Les médecins dépêchés sur place conclurent à une infection de grippe porcine. Face au risque de pandémie, l'administration américaine lança un vaste programme de vaccination. Malgré des difficultés en matière de délais et de relations publiques, environ 25 % de la population était vaccinée lorsque le programme fut arrêté en décembre 1976. Le vaccin fut accusé d'être à l'origine de vingt-cinq décès, soit plus que la grippe porcine elle-même. 

Gerald Ford et Jimmy Carter lors du premier débat télévisé le 23 septembre 1976.

Gerald Ford et Jimmy Carter lors du premier débat télévisé le 23 septembre 1976.

Guerre froide

Ford poursuivit la politique de détente initiée par le président Nixon avec l'Union soviétique et la République populaire de Chine, contribuant à apaiser les tensions de la guerre froide. Ce faisant, il dut surmonter l'opposition du Congrès qui tendait au début des années 1970 à jouer un rôle croissant dans le domaine de la politique étrangère. Cette opposition était incarnée par le sénateur Henry M. Jackson, qui était parvenu à saboter un accord commercial entre les États-Unis et l'URSS en faisant adopter l'amendement Jackson-Vanik. Le renouement du dialogue avec la sphère communiste, marqué par la visite du président Nixon en Chine en 1972, fut renforcé par une autre visite présidentielle en décembre 1975. Nixon avait négocié avec les Soviétiques la ratification du traité SALT I sur la réduction des arsenaux nucléaires des deux principales puissances. Ford, dans la continuité de son prédécesseur, rencontra Léonid Brejnev à Vladivostok le 24 novembre 1974 et signa avec lui un accord portant sur le traité SALT. 

Les deux dirigeants se réunirent à nouveau en juillet 1975 à la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe. Cette conférence déboucha sur les accords d'Helsinki qui furent ratifiés le 1er août par les États-Unis, le Canada et presque tous les pays européens ; par ces accords, les signataires s'engageaient notamment à reconnaître les droits inhérents à la souveraineté des peuples et à faire respecter les droits de l'homme. Ford voulait aussi faire avancer les pourparlers autour du traité SALT II, mais il ne parvint pas à s'entendre avec Brejnev et les discussions furent reprises sous l'administration Carter. Ford fut critiqué pour avoir implicitement reconnu la domination soviétique en Europe de l'Est, mais l'importance accordée aux droits de l'homme lors des négociations contribuerait pour une part non négligeable à l'affaiblissement du bloc de l'Est dans les années 1980. 

Viêt Nam

L'un des grands enjeux de l'administration Ford fut de gérer la poursuite de la guerre du Viêt Nam. Les offensives américaines contre le Nord-Viêt Nam avaient pris fin avec la signature des accords de paix de Paris le 27 janvier 1973. Un cessez-le-feu fut proclamé sur tout le territoire vietnamien, au Nord comme au Sud, et les prisonniers de guerre américains furent libérés. L'intégrité territoriale du Viêt Nam devait être préservée et, comme pour les accords de Genève de 1954, des élections nationales devaient être organisées au Nord et au Sud-Viêt Nam. Par ailleurs, les accords prévoyaient le retrait des forces terrestres américaines dans un délai de 60 jours. Les accords furent négociés par Henry Kissinger, conseiller à la sécurité nationale de Richard Nixon, et par Lê Đức Thọ, membre du bureau politique nord-vietnamien. Le président sud-vietnamien, Nguyễn Văn Thiệu, ne fut pas impliqué dans la phase finale des négociations et critiqua publiquement le traité. Cependant, l'impopularité de la guerre aux États-Unis contraignit Nixon et Kissinger à faire pression sur Thiệu pour qu'il signe l'accord et permettre ainsi le retrait du contingent américain. Nixon tenta de rassurer Thiệu en lui promettant l'assistance des États-Unis dans le cas où les Nord-Vietnamiens violeraient les accords.

En décembre 1974, quelques mois après l'entrée en fonction de Ford, les forces nord-vietnamiennes envahirent la province de Phuoc Long. Face à l'urgence de la situation, Ford demanda une aide de 722 millions de dollars pour le Sud-Viêt Nam mais le Congrès rejeta cette proposition à une large majorité. Le sénateur Jacob K. Javits se déclarait notamment prêt à offrir « des sommes importantes pour l'évacuation, mais pas un sou pour l'aide militaire ». Le président Thiệu démissionna le 21 avril 1975 en dénonçant publiquement le manque de soutien des États-Unis. Deux jours plus tard, le 23 avril, Ford prononça un discours à l'université Tulane où il annonça que la guerre du Viêt Nam était terminée « en ce qui concerne l'Amérique ». Cette déclaration fut accueillie par un tonnerre d'applaudissements.

Alors que les forces nord-vietnamiennes progressaient en direction de Saïgon, la capitale du Sud-Viêt Nam, Ford ordonna l'évacuation du personnel américain, tout en permettant aux forces américaines d'aider ceux qui souhaitaient échapper à l'avancée communiste. 40 000 citoyens américains et sud-vietnamiens furent évacués par avion jusqu'à ce que les attaques ennemies rendent la chose impossible. Dans la phase finale de l'évacuation, connue sous le nom d'opération Frequent Wind, des hélicoptères de l'armée et de la compagnie Air America transportèrent pendant 24 heures, du 29 au 30 avril 1975, un grand nombre de personnes à bord des bâtiments de l'US Navy stationnés au large des côtes, juste avant la chute de Saïgon. Au cours de l'opération, le nombre d'hélicoptères sud-vietnamiens atterrissant à bord des navires américains était si grand que plusieurs furent précipités par-dessus bord afin de libérer de la place pour les réfugiés. D'autres appareils, n'étant plus en mesure d'atterrir, se jetèrent délibérément à la mer après avoir déposé leurs passagers près des navires, leurs pilotes s'éjectant au dernier moment pour être ensuite pris en charge par des bateaux de sauvetage.

La guerre du Viêt Nam, qui faisait rage depuis les années 1950, prit définitivement fin avec la chute de Saïgon, et le Viêt Nam fut réunifié en tant qu'un seul et même pays. La plupart des réfugiés vietnamiens furent autorisés à se rendre aux États-Unis grâce à l’Indochina Migration and Refugee Assistance Act. Cette loi prévoyait également une aide financière à hauteur de 455 millions de dollars pour couvrir les frais d'installation des réfugiés indochinois. Au total, plus de 130 000 réfugiés vietnamiens arrivèrent aux États-Unis durant l'année 1975. Des milliers d'autres, ayant fui leur pays natal, débarquèrent à leur tour sur le sol américain dans les années suivantes. Avec la fin de la guerre, Ford étendit l'embargo en vigueur contre le Nord-Viêt Nam au Viêt Nam tout entier, bloqua l'adhésion du Viêt Nam aux Nations unies et refusa de normaliser les relations diplomatiques avec ce pays. 

Incidents du Mayagüez et de Panmunjeom

La victoire du Nord-Viêt Nam sur le Sud entraîna un bouleversement de la situation géopolitique en Asie et l'administration Ford s'inquiéta de la baisse de l'influence américaine dans la région. Dans ses mémoires, Gerald Ford confessa qu'il fut alors très préoccupé par la dégradation de la situation en Indochine. Ainsi, il dut affronter une crise internationale lors de l'incident du Mayagüez. En mai 1975, un peu après la prise du pouvoir par les Khmers rouges au Cambodge, ces derniers s'emparèrent d'un navire marchand américain, le Mayagüez, dans les eaux internationales du golfe de Thaïlande. Ford envoya, sans consulter le Congrès, des Marines pour sauver l'équipage que l'on croyait retenu sur l'île de Koh Tang mais les soldats rencontrèrent une résistance inattendue ; pendant l'opération, les marins du Mayagüez qui avaient été relâchés, furent récupérés par les forces américaines. Durant les combats de Koh Tang, quinze Américains furent tués et cinquante furent blessés, les pertes khmères étant estimées à une soixantaine sur un total de trois cents combattants. En dépit des pertes américaines, l'opération fut perçue comme un succès aux États-Unis et Ford vit sa cote de popularité augmenter de 11 points à la suite de cet événement. Le président américain demanda également une aide financière de 222 millions de dollars pour le Cambodge, qui fut repoussée par le Congrès. Certains historiens ont estimé que l'administration Ford s'était senti obligée de répondre avec force à cet incident parce qu'elle croyait qu'il s'agissait d'un complot monté par les Soviétiques. Toutefois, les travaux d'Andrew Gawthorpe, publiés en 2009, et basés sur une analyse des discussions internes de l'administration, ont montré que les conseillers à la sécurité nationale de Ford avaient compris que la saisie du navire était une provocation locale et peut-être accidentelle due à l'immaturité du gouvernement khmer, mais qu'une réaction rapide et forte s'imposait à leurs yeux pour éviter d'autres provocations de ce type de la part des pays communistes asiatiques. 

La seconde crise, communément désignée sous le nom d'« incident du peuplier », se déroula à Panmunjeom, un village situé dans la zone démilitarisée entre les deux Corées. C'était à l'époque le seul espace de la zone démilitarisée où les forces du Nord et du Sud étaient occasionnellement en contact. Encouragée par les difficultés américaines au Viêt Nam, la Corée du Nord orchestra une campagne de pression diplomatique et de harcèlement militaire limité afin d'inciter les États-Unis à se retirer de Corée de Sud. En août 1976, des soldats nord-coréens tuèrent deux officiers américains et blessèrent plusieurs gardes-frontières sud-coréens qui étaient en train de découper un arbre dans la zone de sécurité commune de Panmunjeom. L'attaque coïncida avec la réunion des pays non-alignés à Colombo, au Sri Lanka, où Kim Jong-il, le fils du dirigeant nord-coréen Kim Il-sung, tenta de faire passer l'incident pour une agression des États-Unis et aida à l'adoption d'une motion appelant à un retrait des forces américaines de Corée. Lors des réunions de cabinet, Kissinger convainquit le président qu'une absence de réaction américaine ferait passer les États-Unis pour « les tigres de papier de Saïgon » aux yeux de la Corée du Nord. Après avoir réfléchi à diverses solutions, Ford décida de répliquer par une démonstration de force à grande échelle. Un contingent important des forces terrestres fut envoyé abattre l'arbre tandis que des bombardiers B-52 furent déployés au-dessus de Panmunjeom. Le gouvernement nord-coréen fit machine arrière en autorisant le découpage de l'arbre et formula par la suite des excuses publiques. 

Moyen-Orient

Au Moyen-Orient et en Méditerranée occidentale, deux différends internationaux dégénérèrent rapidement en crise sous la présidence de Ford. L'invasion turque de Chypre provoqua de fortes tensions au sein de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN). La Turquie avait envahi Chypre à la suite du coup d'État de 1974 soutenu par les colonels grecs, ce qui mettait les États-Unis dans une position difficile car la Grèce et la Turquie étaient toutes les deux membres de l'OTAN. À la mi-août, le gouvernement grec retira la Grèce du commandement intégré de l'OTAN, et à la mi-septembre, le Sénat et la Chambre des représentants votèrent massivement le retrait du soutien militaire à la Turquie. Ford, préoccupé à la fois par l'impact qu'aurait cette décision sur les relations turco-américaines et par la détérioration de la sécurité sur le front de l'Est de l'OTAN, mit son veto au projet de loi. Un deuxième projet de loi fut ensuite adopté par le Congrès, auquel Ford mit également son veto, bien qu'un compromis eut été trouvé pour poursuivre le soutien militaire à la Turquie jusqu'à la fin de l'année 1974.

Dans le cadre du conflit israélo-arabe, malgré la proclamation d'un cessez-le-feu destiné dans l'immédiat à mettre un terme à la guerre du Kippour, la « diplomatie de la navette » mise en œuvre par Kissinger n'avait pas fait de réels progrès. En 1973, l'Égypte et la Syrie avaient lancé une attaque surprise concertée contre Israël afin de récupérer les territoires perdus durant la guerre des Six-Jours en 1967. Les premiers succès arabes se transformèrent cependant assez vite en une victoire militaire israélienne et Ford chercha à instaurer la paix entre les belligérants. Ford n'aimait pas ce qu'il estimait être un « blocage » des Israéliens sur la résolution d'un accord de paix, et il écrivit : « leurs tactiques [aux Israéliens] ont frustré les Égyptiens et me mettent dans une rage folle ». Lors du voyage de Kissinger en Israël au début du mois de mars 1975, une volte-face de dernière minute des Israéliens dans la conduite des négociations incita Ford à adresser un télégramme au Premier ministre Yitzhak Rabin, qui comprenait les passages suivants : « Je souhaiterai exprimer ma profonde déception face à l'attitude d'Israël lors des négociations […]. L'échec de la négociation va peser très lourdement sur la région et sur nos relations. J'ai donné des instructions pour une réévaluation de la politique des États-Unis dans la région, y compris nos relations avec Israël, dans le but d'assurer la protection des intérêts américains […] dans leur ensemble. Vous serez informé de notre décision. »

Le 24 mars, Ford informa les dirigeants des deux partis au Congrès de la réévaluation de la politique américaine au Moyen-Orient. La « réévaluation », en termes pratiques, signifiait l'annulation ou la suspension de l'assistance militaire à Israël. Rabin note qu'il s'agissait là d'« un terme innocent qui annonçait pourtant l'une des pires périodes des relations américano-israéliennes ». Les changements annoncés bouleversèrent la communauté juive américaine et les sympathisants d'Israël au Congrès. Le 21 mai 1975, Ford « éprouva un véritable choc » lorsque soixante-seize sénateurs américains lui écrivirent une lettre en l'invitant à « répondre » à la demande d'Israël d'une aide économique et militaire de 2,59 milliards de dollars. Ford était ennuyé et pensa que les chances d'arriver à un accord de paix étaient compromises. Depuis l'interdiction des ventes d'armes à la Turquie en septembre 1974, ce fut la deuxième grande ingérence du Congrès dans les prérogatives du président en matière de politique étrangère. L'été suivant fut décrit par Ford comme une « guerre de nerfs » ou un « test de volonté » entre les États-Unis et Israël. Le 4 septembre 1975, les autorités américaines signèrent l'accord sur le Sinaï en vue de renforcer les relations avec l'Égypte et Israël. 

Invasion du Timor oriental par l'Indonésie

À la suite de la révolution des œillets, le Portugal se retira de sa colonie du Timor oriental. Ce dernier proclama son indépendance en 1975 mais fut envahi la même année par l'Indonésie, pays voisin. Cherchant à rester en bons termes avec le président indonésien Suharto, Ford n'émit aucune objection lorsque Suharto l'informa du déclenchement imminent de l'invasion. Le Timor oriental resta sous contrôle indonésien jusqu'en 1999. Sous la présidence de Ford, les États-Unis commencèrent à vendre des armes au régime de Suharto peu avant le début de l'invasion. En 1977, un ex-conseiller juridique adjoint du département d'État, George H. Aldrich, estima que les armes équipant les forces indonésiennes lors de l'invasion du Timor étaient d'origine américaine à « près de 90 % ». Après l'occupation du Timor oriental, l'assistance militaire des États-Unis au gouvernement indonésien engendra un bénéfice de 30 millions de dollars par an en moyenne jusqu'à la fin de la présidence de Ford. Les ventes d'armes augmentèrent de façon exponentielle sous l'administration Carter et se poursuivirent jusqu'en 1999. 

Tentatives d'assassinat

Ford essuya deux tentatives d'assassinat au cours de sa présidence. Alors qu'il était en déplacement à Sacramento en Californie le 5 septembre 1975, Lynette Fromme, une adepte de la secte de Charles Manson, pointa son arme sur Gerald Ford ; mais Larry Buendorf, l'agent du Secret Service chargé de sa protection, empêcha le coup de partir. Fromme fut arrêtée et condamnée à la prison à vie ; elle purgea trente-quatre ans de prison avant d'être placée en liberté conditionnelle le 14 août 2009.

En réaction à cette tentative d'assassinat, le Secret Service décida de maintenir le président à distance des foules, ce qui lui sauva probablement la vie deux semaines plus tard. Le 22 septembre 1975, Sara Jane Moore essaya également de tuer le président à San Francisco, mais sa tentative fut déjouée par un spectateur nommé Oliver Sipple. Une balle alla s'encastrer dans un mur à environ six pouces au-dessus de la tête de Ford, avant de ricocher et de blesser légèrement un chauffeur de taxi. Moore fut également condamnée à la prison à vie.

Élection présidentielle de 1976

Au milieu de l'année 1975, Ford prit sa première décision importante en tant que candidat à sa réélection lorsqu'il choisit Bo Callaway pour diriger sa campagne. La grâce accordée à Nixon et les désastreuses élections de mi-mandat en 1974 avaient affaibli la position de Ford au sein du parti et la primaire républicaine qui allait s'ouvrir promettait d'être acharnée. Les critiques internes au parti à l'encontre du président provenaient de l'aile conservatrice dont un certain nombre de représentants estimaient que Ford ne s'était pas montré suffisamment proche de leur ligne politique au cours de sa carrière. Les républicains conservateurs reprochaient également à Ford la désignation de Rockefeller au poste de vice-président, la chute de Saïgon, l'amnistie pour les déserteurs et les « planqués » de la guerre du Viêt Nam et la poursuite d'une politique de détente avec l'URSS. Ronald Reagan, chef de file des conservateurs, lança sa campagne à l'automne 1975. 

Espérant apaiser l'aile droite du parti et saper la dynamique de campagne de son adversaire, Ford convainquit Rockefeller de ne pas chercher à se représenter sur le ticket présidentiel. Ford s'imposa contre Reagan au New Hampshire, en Floride et dans l'Illinois mais Reagan rentra dans la course en remportant la primaire de Caroline du Nord en mars 1976. À l'ouverture de la convention nationale républicaine, les deux hommes étaient ainsi au coude à coude dans le nombre de délégués obtenus. Ayant réussi à rassembler suffisamment de délégués autour de sa candidature, Ford parvint finalement à remporter la nomination de son parti à l'élection présidentielle. Le sénateur Bob Dole du Kansas fut désigné comme colistier. 

Avec les controverses successives provoquées par la guerre du Viêt Nam et le scandale du Watergate, Ford dut faire campagne dans un pays qui ne faisait plus confiance à ses institutions politiques. Ford adopta la stratégie dite de la « roseraie » en restant à Washington afin de mettre en avant son profil présidentiel. La campagne électorale coïncida avec les célébrations du bicentenaire de la Révolution américaine. Ford présida au grand feu d'artifice du 4 juillet 1976, et trois jours plus tard, il reçut à la Maison-Blanche la reine Élisabeth II et le prince Philip du Royaume-Uni : le dîner fut retransmis à la télévision. Le 19 avril 1975, il condamna le développement de la bureaucratie et plaida pour le retour aux valeurs traditionnelles de l'Amérique, dans un discours prononcé dans le New Hampshire. Le jour du bicentenaire des batailles de Lexington et Concord marquant le début de la guerre d'indépendance américaine, il rappela l'importance de la réconciliation et de la reconstruction. 

Le candidat démocrate et ancien gouverneur de la Géorgie, Jimmy Carter, se présenta de son côté comme un réformiste, étranger aux scandales politiques de Washington. Il rallia à lui les électeurs qui avaient été consternés par le scandale du Watergate et par la grâce présidentielle octroyée par Ford à Nixon. À la sortie de la convention démocrate, Carter bénéficiait d'une avance de 33 points sur Ford dans les sondages. Cependant, à l'approche de l'élection, l'avance de Carter sur Ford se réduisit comme peau de chagrin. L'écart était tellement resserré qu'aucun institut ne pouvait plus prédire qui serait le gagnant. Ce resserrement fut imputé à des fautes stratégiques de Carter, comme sa promesse d'amnistier les déserteurs de la guerre du Viêt Nam, une interview de Carter au magazine Playboy dans laquelle Carter admettait avoir des penchants sentimentaux pour des femmes autres que la sienne, et enfin sa prestation médiocre lors de son premier débat télévisé avec le président Ford.

Cependant, lors du second débat, Ford commit une bourde en déclarant que « l'influence soviétique est inexistante en Europe de l'Est » et qu'elle le resterait s'il était élu. Ford déclara plus tard qu'il avait voulu dire que les Soviétiques ne parviendraient jamais à vaincre l'esprit des peuples de l'Europe de l'Est en quête d'indépendance. Toutefois, la formulation était si maladroite que le journaliste Max Frankel en resta visiblement interloqué. À la suite de cette gaffe, la remontée de Ford stagna et Carter put maintenir une légère avance dans les sondages. L'élection eut lieu le 2 novembre 1976. Jimmy Carter l'emporta avec 50,1 % des voix contre 48 % pour le président sortant, 297 grands électeurs et la victoire dans 23 États contre 240 grands électeurs et 27 États à Ford. Malgré la défaite, Ford était parvenu en trois mois à réduire l'avance de Carter dans les sondages de 33 points à 2. 

Dans les enquêtes d'opinions effectuées auprès des historiens et des politologues, Ford est généralement évalué comme un président moyen. Un sondage réalisé en 2018 auprès de la section de l’American Political Science Association consacrée aux présidents et aux politiques exécutives le situe à la 25e place parmi les présidents américains. Lors d'un sondage C-SPAN mené en 2017 auprès d'historiens, Ford termine également en 25e position. L'historien John Robert Greene écrit que « Ford eut des difficultés à naviguer au sein d'un environnement politique exigeant ». Il note toutefois que « les Américains, en général, pensaient que Gerald Ford était un homme naturellement bon et honnête et qu'il allait faire (et faisait) honneur à la Maison-Blanche. Même si ce sentiment ne s'est pas révélé assez puissant pour mener Ford à la victoire en 1976, c'est une évaluation que la plupart des Américains et des universitaires trouvent encore valable des années après la fin de sa présidence ». 

Cabinet Ford

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