Dérives autoritaires en Croatie

Publié le par Jean-Arnault Dérens

Dérives autoritaires en Croatie

Comme tous les 22 avril, la Croatie commémore ce vendredi 22 avril l’insurrection du camp de concentration oustachi de Jasenovac, où des dizaines de milliers de Serbes, de Juifs, de Roms et de partisans communistes furent massacrés durant la Seconde guerre mondiale. Cette année les organisations juives et serbes de Croatie boycottent les cérémonies officielles et dénoncent la réhabilitation en cours du régime oustachi.  Qui étaient donc ces oustachis ?

Monument aux victimes du camp d'extermination de Jasenovac en Croatie. Petar Milošević/wikimedia.org

Monument aux victimes du camp d'extermination de Jasenovac en Croatie. Petar Milošević/wikimedia.org

Les oustachis formaient un groupe ultra-nationaliste croate très marginal dans la Yougoslavie de l’entre-deux-guerres. En 1941, les nazis leur permirent de créer un vaste « Etat indépendant de Croatie », qui englobait même une bonne part de la Bosnie. Ce régime ultra-collaborationniste mit en place un programme systématique d’expulsion et de massacre des populations serbes, roms et juives, avant d’être finalement détruit par les partisans communistes de Tito en 1945.

Une réhabilitation de ce régime est-elle en cours en Croatie ?

Le nouveau gouvernement de droite, formé début janvier, a multiplié les provocations. Ainsi, le ministre de la Culture, Zlatko Hasanbegovic est-il un historien qui défend des positions ouvertement révisionnistes. Il y a quelques semaines, lors d’un match amical de football Croatie/Israël, une partie des tribunes ont scandé « Sieg Heil », ainsi que le cri des ralliements des oustachis, « Za dom spremni ! », sans aucune réaction des autorités, alors même que la présidente de la République assistait au match…

Le 8 avril dernier, le chanteur ultra-nationaliste Thomson était invité à donner une « conférence » dans une école de la ville de Sisak, l’occasion d’entonner avec les collégiens sa chanson « Cavoglava », appelant à massacrer les Serbes. Thomson est notamment connu pour une autre chanson, à la gloire de Vjekoslav Ljuburic, le commandant du camp de concentration et d’extermination de Jasenovac. Dans le même temps, les autorités de Zagreb s’attaquent directement à l’indépendance des médias et poursuivent une politique d’éradication de l’héritage yougoslave et communiste, en rebaptisant des places et des rues ou en supprimant les monuments et toutes les références visibles du mouvement des partisans qui a, justement permis la libération de la Croatie, en 1945.

C’est dans ce contexte qu’interviennent les commémorations de l’insurrection des internés du camp de Jasenovac, le 22 avril 1945, qui se sont soulevés à mains nues contre leurs gardiens. Cette année, le Conseil national serbe de Croatie, les organisations juives et roms du pays, mais aussi les associations d’anciens combattants antifascistes ont décidé de boycotter les cérémonies officielles. Ces organisations ont organisé des commémorations « alternatives » vendredi dernier, tandis qu’un autre rassemblement antifasciste est prévu dimanche.

La Croatie est membre de l’Union européenne depuis juillet 2013. Comment réagissent les partenaires européens du pays ?

Pour l’instant, les réactions ont été fort discrètes. Le gouvernement croate, qui prône également une politique de fermeté à l’égard des réfugiés qui traversent les Balkans, a également su se trouver des alliés, en se rapprochant de pays comme la Hongrie ou la Pologne. Toutefois, les ambassadeurs d’Autriche, d’Allemagne, de Grande-Bretagne, des Pays-Bas et des Etats-Unis viennent d’exprimer publiquement leur « inquiétude » face aux violations des libertés de la presse…

Publié dans Articles de Presse

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