Polémique Pétain : quand Mélenchon se mélange les bâtons (de maréchaux)

Publié le par François Reynaert

Polémique Pétain : quand Mélenchon se mélange les bâtons (de maréchaux)

En 1918, le maréchal Joffre était en disgrâce. Pourquoi le leader de La France insoumise, suivi de son fidèle lieutenant Adrien Quatennens, tente-t-il d'en faire "le vainqueur de 14-18" ?

Les maréchaux Joffre et Foch côte à côte (FRANCE PRESSE)

Les maréchaux Joffre et Foch côte à côte (FRANCE PRESSE)

Ça doit être l'ambiance "tranchée" qui fait ça. Dès qu'on s'y aventure, on s'y embourbe. La journée de mercredi a retenti de la polémique créée par Emmanuel Macron à propos de Pétain, "grand soldat" "et-en-même-temps" (marque déposée) "funeste" crapule. Parmi le déluge de shrapnels qu'a reçu le président, le plus explosif, comme souvent, était celui de Jean-Luc Mélenchon. Son tweet se terminait ainsi :

"Pétain est un traître et un antisémite. Ses crimes et sa trahison sont imprescriptibles. Macron, cette fois-ci, c'est trop ! L'Histoire de France n'est pas votre jouet." Il commençait par cette autre formule, moins relevée : "Le maréchal Joffre est le vainqueur militaire de la guerre de 14-18".

Joffre le vainqueur de 14-18 ? Première nouvelle. De notre côté, on croyait avoir appris que le maréchal qui avait conduit le pays et ses alliés à la victoire était Foch.

Joffre, lui, est le commandant en chef du début de la guerre. C'est celui qui, après beaucoup de batailles sanglantes et de pertes inutiles, avait été "le vainqueur de la Marne", en septembre 1914. Certes, ce "miracle" avait bloqué l'avancée allemande, et permis d'éviter le désastre. Ça n'en fait pas "le vainqueur militaire de 14-18". Ce serait difficile, puisqu'il est limogé en décembre 1916 et qu'on lui confère alors son bâton de maréchal (le premier depuis 1870) dans le but de lui faire passer sa disgrâce.

Polémique Pétain : quand Mélenchon se mélange les bâtons (de maréchaux)

Ensuite, il est envoyé en mission officielle aux Etats-Unis. En février 1918, enfin, alors qu'il n'a plus grand-chose à faire, il se fait élire à l'Académie française. A notre connaissance, ce ne sont pas les Quarante, fussent-ils immortels, qui ont signé l'armistice. Jean-Luc Mélenchon aurait-il confondu le wagon de Rethondes et la cantine de la Coupole ?

Blague à part, on a le droit de se tromper. Le leader de La France insoumise s'est emmêlé les pinceaux dans les bâtons de maréchaux, ça arrive à tout le monde. En tout cas, c'est ce qu'on pensait mercredi après-midi.

Seulement ce jeudi matin, un des fameux lieutenants du généralissime de l'insoumission en a remis une couche. Invité au micro de la matinale de France-Inter, Adrien Quatennens, forcément indigné lui aussi par les propos d'Emmanuel Macron, affirme sans ciller :

""On sait que Clémenceau avait remplacé [Pétain] à la fin de la guerre par Joffre car il était défaitiste !""

Non, non, monsieur le député, on est désolé de vous contredire, mais on est formel. Même si votre admiré leader l'affirme, ça n'en fait pas une vérité. Pétain en mars 1918 n'a pas été remplacé par Joffre, mais par Foch.

Du coup, on s'interroge. Qu'est-ce qui fait donc, chez les mélenchonistes, qu'on veuille absolument gommer du tableau le second pour le remplacer par le premier ? Faut-il en revenir à ces vieilles rivalités d'il y a cent ans, qui voulaient que du côté des anticléricaux, on déteste Foch cordialement, parce qu'il avait le tort d'être catholique et on adulait Joffre, parce qu'il avait l'immense mérite d'être franc-maçon (comme l'est Jean-Luc Mélenchon) ? Ça doit être un hasard. On ne saurait croire qu'un homme qui affirme que "l'histoire de France n'est pas un jouet", ose la tripoter à sa guise, comme de la pâte à modeler.

Publié dans Articles de Presse

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