VIDEO. Décès de Marianne Mako: «Une femme qui parle de foot, c’était le sens de l’histoire»

Publié le par B.V.

VIDEO. Décès de Marianne Mako: «Une femme qui parle de foot, c’était le sens de l’histoire»

INTERVIEW Didier Roustan, qui a lancé la carrière de la première femme à parler foot à la télé, raconte les débuts de la journaliste à TF1… 

Marianne Mako, première femme à parler foot à la télé française, est décédée à 54 ans, le 1er octobre 2018. — ROCHE/TF1/SIPA

Marianne Mako, première femme à parler foot à la télé française, est décédée à 54 ans, le 1er octobre 2018. — ROCHE/TF1/SIPA

La première, c’était elle. Chroniqueuse pour Téléfoot dans les années 1990, Marianne Mako, décédée lundi, a défriché un univers dans lequel la femme n’était alors pas admise : le journalisme sportif. Celui qui l’a recrutée à l’époque, Didier Roustan, nous raconte les débuts de la première femme à avoir parlé foot à la télé française.

Depuis hier, Marianne Mako est considérée comme une pionnière. Etait-elle vraiment la première journaliste sportive à la télévision ?

Non, elle n’est pas la pionnière en matière de télé pour le sport. Marie-Christine Debourse a été la première femme journaliste sportive à TF1 à partir de 1978, mais elle arrivait avec son statut d’ancienne championne de saut en hauteur. Il y a eu aussi Christine Paris, à qui Antenne 2 avait eu la délicatesse d’offrir un poste au sein de l’émission Stade 2 après le décès de son mari Dominique Duvauchelle, qui travaillait au service des sports de la chaîne. En revanche, Marianne était la première en football et le foot, c’est plus dur. Le public peut y être plus primaire, plus bas du front. En 1987, quand elle arrive, le football féminin n’est synonyme que des clichés de garçons manqués ou de femmes fortes.

Avez-vous eu du mal à la recruter ?

La première difficulté a été de la convaincre. Je la connaissais depuis plusieurs mois et quand je lui ai proposé de faire de la télé elle était inquiète. Par crainte d’être mal reçue ou de ne pas être à la hauteur. Il a fallu que je la pousse un peu car il n’y avait pas de femme à l’époque et elle avait peur que ça ne marche pas. Ensuite, ça n’a pas été facile de convaincre les dirigeants de TF1, il a fallu que je sois tenace, persuasif, que je m’engage personnellement. On m’a dit « OK Didier, on la prend, mais c’est ta responsabilité si ça merde » ou « une fille qui parle de foot, t’es bien gentil Didier mais ce n’est pas évident, c’est un risque, on ne sait pas comment les gens vont le percevoir ». Ce n’était pas tant de la misogynie, mais plus de l’inconnu.

Comment Marianne Mako a-t-elle été reçue à TF1 ?

A l’intérieur du service, à partir du moment où elle était sous mon aile et qu’elle avait ma protection, tout s’est bien passé. A Téléfoot on était une famille. J’étais vigilant et elle a été très bien accueillie. Elle n’est pas arrivée dans un univers désagréable, dangereux, et c’était le sens de l’histoire qu’une femme parle de football. De mémoire, les footballeurs et le milieu du football ont été très gentils. Qu’il y ait des spectateurs qui chantent des trucs quand elle passe, bon… C’est de la facilité. Il fallait qu’elle soit courageuse, qu’elle affronte ça, mais elle avait une forme d’autodérision qui lui permettait de prendre de la hauteur. De temps en temps, elle était touchée, mais les réseaux sociaux n’existaient pas à l’époque et, heureusement, quand je vois les horreurs que reçoivent certaines de mes consœurs aujourd’hui…

La suite s’est moins bien passée pour elle…

Quand je suis parti, en 1990, elle n’avait plus la même protection mais elle faisait partie de l’équipe. La connerie ça a été la réflexion de Thierry Roland [dans sa biographie parue en 1995, l’ancien commentateur star de TF1 avait écrit « Le foot se joue avec du poil aux pattes et au menton. Il n’est pas prévu pour les femmes journalistes »]. S’il l’a dit c’est qu’il le pensait, mais ça n’engageait que lui. Le problème, c’est que ça a fragilisé Marianne au sein de TF1 et à l’extérieur : si Thierry Roland dit ça, ça cautionne ces idées-là et les gens qui pensent du mal d’une femme journaliste sportive, ils ont leur caution aussi. Thierry n’était pas quelqu’un de méchant et il n’a pas réalisé la portée de ses propos, au mal qu’il pouvait lui faire. Mais forcément comme c’était une femme, la légitimité de Marianne restait fragile. Elle était plus livrée à elle-même, alors qu’elle était acceptée et qu’elle travaillait bien.

Comment a-t-elle vécu ces propos de Thierry Roland ?

Elle a été touchée. Elle s’est forcément sentie en danger alors qu’elle n’emmerdait personne et qu’elle bossait bien.

Dans « L’Equipe » de ce mardi, une journaliste historique du quotidien racontait avoir trouvé, dans les années 1990, à l’entrée de la rubrique une pancarte « Les femmes sont interdites dans ce campement ». C’était quoi être une journaliste sportive à l’époque ?

C’était sans doute plus dur dans les rédactions de presse écrite. Marie-Christine Debourse a été protégée au début, mais c’était une championne de saut en hauteur, traitée d’égal à égal et Marianne l’était aussi. Pour la distribution des sujets, il n’y avait pas de préférence entre les hommes et Marianne. Les gens étaient délicats, gentils. Marianne était une bonne collègue, discrète, qui se fondait tranquillement dans le collectif. Il fallait aussi la couver car elle pouvait être un peu tête en l’air, parce qu’elle allait à son rythme…

Quel caractère faut-il pour s’en sortir dans un univers si masculin ?

Si un homme se plante, bon, bah, il s’est planté. Mais si une femme se plante, évidemment, c’est parce qu’elle est une femme. Peut-être que certaines femmes dans certaines rédactions devaient, pour s’en sortir, avoir un caractère très fort. Marianne, elle, était plutôt souple et sa force était de ne pas être entrée en guerre. Elle avait une forme de fraîcheur qui faisait qu’à mon sens qu’elle s’est fondue dans l’équipe tranquillement. Malgré tout, je sentais qu’il y avait une petite vulnérabilité et si certains osaient je recadrais très vite.

Marianne Mako a-t-elle subi des formes de harcèlement ? Des remarques sur son physique ?

Jamais, à ma connaissance, il n’y a jamais eu la moindre ambiguïté ou le moindre machisme, des choses un peu lourdingues. C’était très famille, à l’époque. Peut-être qu’on était un village en dehors du temps, mais c’est vrai qu’il n’y a pas eu de tout ça, elle était bien considérée par tout le monde.

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