Karl Münter, bourreau nazi du massacre d’Ascq, est mort vendredi

Publié le par la Voix du Nord par Carine Bausière et Franck Bazin

Fin juillet, le parquet d’Hildesheim (Basse-Saxe) avait officiellement accusé Karl Münter d’incitation à la haine et de diffamation de victimes. L’ancien nazi, bourreau des 86 massacrés d’Ascq en 1944, échappe toutefois définitivement à la justice des hommes : il s’est éteint vendredi.

Karl Münter n’emportera pas ses regrets dans la tombe : il n’en avait aucun. Archives Panorama - Das Erste

Karl Münter n’emportera pas ses regrets dans la tombe : il n’en avait aucun. Archives Panorama - Das Erste

Gérard Caudron, maire de Villeneuve-d’Ascq, résume avec son franc-parler habituel l’annonce de la mort de l’ancien SS : « Ça fera une raison de plus pour moi de ne pas finir en enfer, pour ne pas l’y retrouver. »

Karl Münter, 97 ans, ancien de la division SS Hitlerjugend, condamné à mort par contumace pour sa participation au massacre d’Ascq, est mort vendredi. L’information nous a été transmise, ainsi qu’aux descendants des victimes ascquoises, par notre confrère allemand de la Hildesheimer Allgemeine Zeitung (HAZ), Tarek Abu-Ajamieh : « Je viens d’apprendre il y a quelques minutes que Karl Münter est mort hier. Sa santé était mauvaise ces dernières semaines et il a passé ses derniers jours à l’hôpital. »

    « Ça fera une raison de plus pour moi de ne pas finir en enfer, pour ne pas l’y retrouver. »

Et le journaliste de s’interroger : « Je ne sais pas vraiment si ce sont des bonnes nouvelles ou non… » Cette question, d’autres se la posent également, comme Sylvain Calonne, historien local. « Je ne vais pas le plaindre, souffle-t-il. Je trouvais dommage que le tribunal n’aille pas plus vite pour qu’un jugement moral soit rendu, sur la façon dont il s’est conduit en paroles après avoir fait les actes. »

Même fatalisme chez l’historienne Jacqueline Duhem : « Je m’y attendais. (…) Cette fois, tout est fini. C’est une grande déception. »

Ce décès prive les descendants des victimes, mais aussi l’histoire, de ce qui aurait probablement été le dernier procès d’un criminel nazi. S’il n’était plus possible de le juger pour ses crimes pendant la Seconde Guerre mondiale, de récents propos négationnistes permettaient d’espérer que justice soit faite. « Je l’ai espéré longtemps, déplore Marguerite-Marie Beghin, fille de massacré, très émue. Il restera un goût d’inachevé. Lors de ce procès, nous aurions pu nous exprimer, raviver la mémoire de tous les hommes morts lors du massacre. Nous, familles, sommes porteuses de ce message mais nous ne serons plus là dans quelques années. Nous aurions pu transmettre ce que nos papas ont vécu, toute la souffrance qui a suivi. »

Alexandre Delezenne, petit-fils d’une victime de cette terrible nuit des Rameaux, reste également marqué par la nouvelle. « S’il a échappé à la justice des hommes, espérons qu’il n’échappera pas à la justice divine, confie-t-il. La justice n’est pas la vengeance. Ce combat que j’ai mené est un combat pour l’honneur et les massacrés d’Ascq vivront toujours dans nos cœurs. »

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