Áñez Jeanine

Publié le par Mémoires de Guerre

Jeanine Áñez, née le 13 août 1967 à Trinidad (département de Beni), est une femme d'État bolivienne. Élue seconde vice-présidente de la Chambre des sénateurs en 2015, elle assure en tant que telle l'intérim à la présidence de l'État à partir du 12 novembre 2019, à la suite de la démission controversée d'Evo Morales

Áñez Jeanine
Áñez Jeanine

Jeunesse et vie privée

Née le 13 août 1967 à la Trinidad, elle est titulaire d'une licence de droit. Elle est directrice de la chaîne Totalvision. Divorcée, elle est mère de deux enfants. Elle est mariée à Héctor Hernando Hincapié Carvajal, un homme politique colombien qui a des liens historiques avec des groupes paramilitaires colombiens.

Parlementaire

Membre du Mouvement social démocrate, formation de centre droit, elle est membre de l'Assemblée constituante de 2006 à 2009, puis élue sénatrice pour le département de Beni aux élections de 2009 et réélue à celles de 2014. Elle devient seconde vice-présidente de la Chambre des sénateurs le 19 janvier 2015. Elle est très critique à l'égard du président Evo Morales. Elle se fait régulièrement remarquer par des déclarations discriminantes, voire teintées de racisme, envers les Indigènes. En 2013, elle écrit sur Twitter : « Je rêve d'une Bolivie libérée des rites sataniques autochtones, la ville n'est pas aux Indiens, ils feraient mieux d'aller dans les hauts plateaux ou à El Chaco ». Elle qualifie également Evo Morales de « pauvre Indien accroché au pouvoir ». 

Présidente de l'État par intérim

Investiture

Elle accède par intérim à la présidence de l'État après la démission du président Evo Morales, du vice-président Álvaro García Linera, et du président de la Chambre des députés Víctor Borda. Le premier vice-président de la Chambre des sénateurs, Rubén Medinace, démissionne également. Le successeur d'Evo Morales est donc Jeanine Áñez, seconde vice-présidente de la chambre. La présidente du Sénat Adriana Salvatierra, troisième dans l'ordre de succession, affirme cependant ne pas avoir démissionné et avoir été empêchée d’accéder au Parlement.

Le 11 novembre 2019, elle annonce la convocation prochaine d'une nouvelle élection présidentielle, de façon à ce qu'un nouveau président prenne ses fonctions d'ici le 22 janvier 2020, comme prévu. La séance parlementaire destinée à fixer la date de la présidentielle a lieu le 12 novembre. La séance étant suspendue pour cause de quorum non atteint par le boycott des parlementaires du Mouvement vers le socialisme (MAS), conformément à la Constitution plurinationale. Elle se déclare en charge de l'intérim de la présidence de l'État, arguant de la nécessité de ne pas laisser le pays sans gouvernement et la nécessité de pacifier le pays. Evo Morales dénonce alors « le coup d'État le plus astucieux et le plus odieux de l'histoire ».

Le Tribunal constitutionnel plurinational valide l'accession de Jeanine Áñez à la présidence de l'État par intérim dans un communiqué publié le 12 novembre, en s'appuyant sur la jurisprudence de 2001 relative à la démission d'Hugo Banzer Suárez. Son accession au pouvoir est cependant contestée, des spécialistes estimant que les deux chambres parlementaires auraient dû élire leurs nouveaux présidents, et que la séance de ratification de la démission ne peut pas se tenir sans quorum. Cependant, la Constitution est floue et ne précise pas si une démission doit être acceptée par le Parlement pour devenir effective.

Jeanine Áñez entre dans le palais présidentiel en tenant une Bible, déclarant : « La Bible est de retour dans le palais », puis prête serment dans la foulée. L'Assemblée législative plurinationale, où le MAS détient la majorité parlementaire, tente d'invalider son investiture. Elle reçoit également le soutien des opposants Carlos Mesa et Luis Fernando Camacho. Elle devient la deuxième femme à la tête du pays, après Lidia Gueiler. 

Premières mesures

Elle se montre favorable à l'usage du Wiphala comme emblème national, mesure instituée par Evo Morales. Elle promet ensuite un gouvernement de transition et déclare que les élections auront lieu lorsque les conditions seraient réunies. Le 13 novembre, elle change le chef de l'armée. Elle forme un nouveau gouvernement, limité aux fonctions régaliennes, notamment des Finances, de l'Intérieur et de la Défense. La composition de ce gouvernement, dont les membres ont, à l'instar de la présidente, prêté serment sur la Bible, alors qu'Evo Morales a fait du pays un État laïc en 2009, ne comprend pas de ministre indigène, alors que le ministère des Affaires étrangères leur est traditionnellement dévolu.

Elle déclare ensuite qu'en cas de retour dans le pays, son prédécesseur serait poursuivi pour fraudes électorales et pour corruption. Elle a auparavant déclaré que celui-ci n'était pas éligible à un quatrième mandat. Elle met par ailleurs en doute la possibilité pour le Mouvement vers le socialisme (MAS) de participer aux prochaines élections. Par la suite, des ministres émettent le souhait de réformer le pays, avant de convoquer de nouvelles élections. Le 20 novembre, elle annonce la convocation prochaines de nouvelles élections générales. Pour ce faire, elle présente au Parlement un projet de loi destiné à annuler les résultats des élections législatives et présidentielle, et à renouveler la composition du Tribunal suprême électoral, qui devra fixer la date des élections. 

Le 23 novembre, le Sénat approuve cette mesure et l'interdiction pour un individu ayant déjà effectué un deuxième mandat d’en faire un troisième, ainsi qu'une loi d'amnistie pour Morales — contre qui le gouvernement provisoire a porté plainte la veille pour « sédition » et « terrorisme » —, une dernière mesure que la présidente par intérim rejette. La Chambre des députés adopte quelques heures plus tard ce projet de loi. Jeanine Áñez promulgue le texte le 24 novembre. Celui-ci prévoit que le scrutin puisse se tenir d'ici juin 2020.

Politique étrangère

Après sa prise de fonction, elle reçoit la reconnaissance des États-Unis et de la Russie, qui qualifie cependant son accession au pouvoir de « coup d'État ». De son côté, son gouvernement reconnaît l'opposant vénézuélien Juan Guaidó comme président du Venezuela. Elle décide ensuite de l'expulsion du personnel vénézuélien de l'ambassade du Venezuela à La Paz. Elle annonce également le retrait de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA). Plus de 700 membres de la mission de coopération médicale cubaine en Bolivie sont invités à quitter le pays dans les plus brefs délais.

Gestion des manifestations

Un décret est pris le 15 novembre, après la mort de neuf producteurs de coca, pour autoriser l'armée à intervenir lors des manifestations et exonérer de responsabilité pénale les policiers et militaires participant à ces opérations. Dans les cinq jours qui suivent la constitution de son gouvernement, 24 manifestants sont tués. Le gouvernement bolivien est critiqué par la Commission interaméricaine des droits de l'homme, qui lui reproche d'avoir « ignoré les normes internationales relatives aux droits de l'homme » et d'avoir « encouragé la répression violente ». 

L'Organisation des Nations unies dénonce de son côté l'« usage disproportionné de la force ». Amnesty International appelle la présidente par intérim à abroger le décret. Celui-ci est finalement suspendu le 25 novembre, après un accord avec les manifestants, qui acceptent de mettre fin à leur mouvement en échange du retrait des forces de l'ordre. Le 14 novembre, la ministre de la Communication du gouvernement intérimaire annonce que sera utilisé un article du Code pénal pour interdire la diffusion de nouvelles pouvant pousser à la sédition. 

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