Handke Peter

Publié le par Mémoires de Guerre

Peter Handke, né le 6 décembre 1942 à Griffen (Carinthie), est un écrivain, dramaturge, scénariste, réalisateur et traducteur autrichien. Il est lauréat du prix Nobel de littérature 2019. 

Handke Peter

Jeunes années

Peter Handke est le fils d'une femme faisant partie de la minorité slovène autrichienne et d'un soldat allemand, employé de banque dans le civil, stationné en Carinthie. Peu avant sa naissance, sa mère épouse un soldat allemand, conducteur de tramway dans le civil. Le jeune Peter vit avec elle à Berlin-Est avant de retourner à Griffen. L'alcoolisme grandissant de son beau-père Bruno Handke, et l'étroitesse des conditions de vie sociale dans cette petite ville isolée le conduisent plus tard à se révolter continuellement contre les habitudes et les restrictions de la vie. En 1954, il est interne au lycée catholique d'études classiques de Tanzenberg qu'il décrit ainsi dans Le Recommencement : "Mes cinq ans d'internat ne méritent pas un récit. Les mots : mal du pays, répression, froid, réclusion collective suffisent. 

La prêtrise que nous étions tous censés avoir pour but ne m'envoya jamais le signe de la vocation [...] ; on enlevait ici du matin au soir son enchantement au mystère dont ce sacrement rayonnait encore à l'église du village." Il se plonge alors dans la lecture d'auteurs comme William Faulkner et Charles Dickens et est impressionné, à 15 ans, par Sous le soleil de Satan de Georges Bernanos qui « l'abreuve du sang noir du catholicisme ». Dans le journal de l'internat, Fackel (La Torche), il publie ses premiers textes. En 1959, il change d'internat et va à Klagenfurt où il obtient en 1961 la « maturité », diplôme qui sanctionne en Autriche la fin des études secondaires. Il entame alors des études de droit à Graz. 

Carrière littéraire

Après ses premiers succès littéraires, il rejoint le groupe Forum Stadtpark der Grazer Gruppe et abandonne ses études en 1965, pour se consacrer entièrement à l'écriture, après que l'éditeur Suhrkamp a accepté son manuscrit Die Hornissen (Les Frelons). À ses débuts, Peter Handke rejette les modèles dominants de la littérature et se lance dans une révolte langagière et narrative sous l'influence du théâtre de l'absurde et du nouveau roman. Il est également marqué par ses lectures de Franz Kafka, Samuel Beckett et William Faulkner qui l'amènent à réfuter avec violence le réalisme et à prôner une écriture expérimentale. Il se revendique aussi du Wiener Gruppe dont il partage les valeurs et les techniques stylistiques.

Cette influence transparaît dans ses romans (Le Colporteur, L'Angoisse du gardien de but au moment du penalty), ses pièces de théâtre (Gaspard, La Chevauchée sur le lac de Constance) et sa poésie, située entre rêve et évocation de la banalité quotidienne (L'Intérieur de l'extérieur de l'intérieur, Poème bleu). La thématique de ses textes se centre sur l'angoisse procurée par la société contemporaine, l'incommunicabilité et l'errance de l'être dans le monde comme dans le langage. L'auteur se montre soucieux de maîtriser ses effets et manifeste une grande retenue, mêlant un style inventif à des images marquantes. Son travail sur la langue se situe volontairement du côté de la culture moderne littéraire et philosophique autrichienne qui analyse le langage et le met à distance (Karl Kraus, Ludwig Wittgenstein, Fritz Mauthner). L'auteur déclare : « La littérature, c'est le langage devenu langage ; la langue qui s'incarne. J'écris avec la respiration, pour découvrir le sacré, celui de la vie. Je crois être un romantique décidé, qui rend grâce à la mémoire. »

En 1966, il réussit une intervention spectaculaire lors de la rencontre du Groupe 47 à Princeton, où il présente sa pièce provocante et avant-gardiste Publikumsbeschimpfung (Outrage au public). Lors de la réception du prix Gerhart Hauptmann en 1967, il exprime sa colère et sa tristesse au sujet de l'acquittement d'un policier qui causa le décès d'un étudiant. Handke est largement marqué par les événements de mai 1968. Il est le cofondateur de « l'édition de Francfort des auteurs » en 1969 et membre de l'assemblée des auteurs de Graz de 1973 à 1977. Dans La Courte Lettre pour un long adieu (Der kurze Brief zum langen Abschied), il évoque l'échec de son mariage à travers l'histoire d'un Autrichien qui erre dans toute l'Europe et les États-Unis à la recherche de son épouse. Il part un temps s'installer en région parisienne avant de revenir en Autriche. Ultérieurement, il revient vivre en France.

Handke entame une collaboration avec Wim Wenders. En 1978 sort son film en tant que réalisateur, La Femme gauchère. Dans les années 1980, il évolue vers une production littéraire plus conventionnelle, ce qui lui vaut des critiques lui reprochant d'être le « chantre d'un idéalisme néo-romantique ou néo-classique ». Il voyage alors en Alaska, au Japon et en Yougoslavie. Ses récits de voyage Eine winterliche Reise zu den Flüssen Donau, Save, Morawa und Drina oder Gerechtigkeit für Serbien (Un voyage hivernal vers le Danube, la Save, la Morava et la Drina), parus en 1996, où il présente les Serbes comme victimes de la guerre civileInterprétation abusive ?, soulèvent de violentes controverses qui perdurent encore jusqu'à ce jour. Yves Laplace développe notamment ce qu'il présente comme la « déroute » de Peter Handke à ce sujet dans son ouvrage Considérations salutaires sur le massacre de Srebrenica.

En 1999, Handke condamne les bombardements de l'OTAN sur la République serbe. En 2005, l'ex-président Slobodan Milošević, accusé de génocide et de crime contre l'humanité par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie de La Haye, cite Peter Handke comme témoin pour sa défense. Même si Handke refuse de répondre à cette demande, il écrit un essai s'intitulant Die Tablas von Daimiel (Les Tables de Daimiel) qui porte comme sous-titre Ein Umwegzeugenbericht zum Prozeß gegen Slobodan Milošević (Un rapport testimonial détourné pour le procès contre Slobodan Milošević). Il a traduit en allemand des œuvres d'Emmanuel Bove, Marguerite Duras, Georges-Arthur Goldschmidt, René Char, Francis Ponge, Patrick Modiano, Walker Percy et Shakespeare. Outre-Rhin, il a également contribué à faire connaître l'un des premiers romans de Julien Green. En 2012, il publie une pièce, Les Beaux Jours d’Aranjuez : un dialogue d'été, écrite directement en français. 

Engagement politique anti-interventionniste

Le prix Nobel de 2019 a toujours soutenu les politiques de non-interventionnisme à travers le monde : en Yougoslavie mais aussi en Irak, en Syrie, en Libye et ailleurs. Pour lui les États ne sont pas crédibles lorsqu'ils se réclament « protecteurs ou justiciers » et ne sont pas détenteur de la « vérité ». 

Vie privée

Peter Handke a vécu à Graz, Düsseldorf, Berlin, Paris, Kronberg in Taunus, aux États-Unis (1978-79), à Salzbourg (1979-88) et, depuis 1991, en bordure de la forêt de Meudon à Chaville près de Paris ; il retourne parfois à Salzbourg. 

Publié dans Ecrivains

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