Seconde Guerre mondiale. Jean Chapdelaine se souvient de la mobilisation à Sougéal

Publié le par La Gazette de la Manche

Nous sommes dans les années 1938-1939. Jean Chapdelaine est âgé de 10 ans. Il se souvient de la mobilisation à Sougeal. 80 ans plus tard, il la raconte.

A 80 ans, Jean Chapdelaine de Sougéal (Ille-et-Vilaine) nous a confié ses souvenirs de la Seconde guerre mondiale dans le pays de Pleine-Fougères. (La Gazette de la Manche)

A 80 ans, Jean Chapdelaine de Sougéal (Ille-et-Vilaine) nous a confié ses souvenirs de la Seconde guerre mondiale dans le pays de Pleine-Fougères. (La Gazette de la Manche)

Nous sommes dans les années 1938-1939. Jean Chapdelaine est âgé de 10 ans. Il se souvient de la mobilisation à Sougeal. 80 ans plus tard, il la raconte.

    Les affiches annonçant la mobilisation générale ne se font pas attendre. Un peu partout, notamment au carrefour de « La Croix de la Selle » ou bien au café de la Guinguette, elles accrochent l’attention. On y apprend le départ imminent de certaines classes. La plupart des appelés sont là, lisant et relisant les injonctions placardées. Ils boivent encore, entonnent les chants patriotiques ; quelques-uns accablés, prennent garde de s’effondrer tandis que d’autres, plus optimistes, croient pouvoir liquider l’affaire en quelques semaines ».

Des scènes de liesse ou de désemparement

Des Poilus de 14-18, « forts de leur expérience et tels des sages, freinent les ardeurs, encouragent et tranquillisent, voire tancent les plus téméraires ou inconscients », rapporte-t-il.

« Malgré mon jeune âge, je suis frappé par la répétition de scènes pour le moins insolites : les nouvelles recrues en quête d’affectation, invitent les jeunes femmes qui passent sur la route à s’arrêter pour recevoir quelques bisous ou autres chaleureux au-revoir. Comme on peut s’en douter, la démarche n’est pas toujours bien comprise ni bien accueillie ».

Le désenchantement

Les jours suivants se révèlent les plus tristes.

Les fermes sont abandonnées, les familles livrées à leur sort…

« Le recteur de la paroisse se rend dans les maisons où il s’efforce de prodiguer des paroles lénifiantes. Quant aux conscrits, dont le service militaire était en cours, ils ont vu leur permission suspendue depuis longtemps déjà. À l’aube d’un conflit qui n’est encore « qu’une drôle de guerre », ils se laissent abuser par le calme régnant sur l’ensemble du front : les nouvelles rassurantes qu’ils envoient, à une population avide en témoignent ».

Interprétations trop rapides

La crainte de l’aviation allemande fait naître des interprétations hâtives.

« Par un brumeux après-midi d’hiver, un habitant de la commune raconte avoir vu quelque chose tomber d’un avion et l’on pense aussi à un parachutiste. Tous les chasseurs du coin, armés de leur fusil, battent le marais et les champs alentour sans rien y trouver ».

    « Peu à peu, les soldats mobilisés reviennent de leur permission : certains d’entre eux sont très pessimistes, d’autres au contraire prétendent que la ligne Maginot est infranchissable et que les Allemands ne passeront pas.

Mi-mai 1940 l’armée allemande attaque la Belgique […] Le Maréchal Pétain arrive au pouvoir : c’est la reddition.

    L’Appel du 18 juin 1940 prononcé par le général de Gaulle passe presque inaperçu. La France est partiellement occupée. Les lumières s’éteignent, les libertés aussi. Quatre années seront encore nécessaires pour que nous puissions les retrouver ».

Le lourd tribut de Sougéal

Les Sougealais ont payé leur tribut : cinq d’entre eux sont morts au combat ; deux d’entre eux y ont été gravement blessés.

« On en compte une trentaine parmi les prisonniers de guerre. Trois hommes, enfin, perdront plus tard la vie dans des circonstances liées à la guerre. Un lourd tribut en vérité », conclut Jean Chapdelaine.

Publié dans Articles de Presse

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